1434 les origines de l’hospice du Lautaret

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Hospice du Lautaret, Carte postale début du XXe, Archives départementales des Hautes-Alpes.

1434 LES ORIGINES DE L’HOSPICE DU LAUTARET
Source : Bulletin de l’Académie delphinale
Auteur du texte : André Allix
Édition : 1923

L’HOSPICE DU LAUTARET

Il a existé trois hôpitaux qui, à des époques diverses et en des lieux différents, ont eu quelque rapport avec le passage du Col du Lautaret, Fauché-Prunelle les a énumérés d’après les vestiges qu’il en connaissait (1 , ce sont :
1o l’hospice du Villard de La Madeleine, près Saint-Chaffrey en Briançonnais ;
2o l’hospice de La Madeleine du Col du Lautaret, situé dans l’ancien hameau de La Madeleine, aujourd’hui groupe de chalets, sur le territoire du Monêtier-de-Briançon, à trois kilomètres au sud-ouest du Col en ligne droite, à cinq kilomètres par la route actuelle, et à 215 mètres d’altitude en dessous ;
3o l’hospice du Col du Lautaret proprement dit, sur le col même, c’est-à-dire sur le territoire du Villard-d’Arène. Ce dernier est le seul, par conséquent, qui se trouve en Oisans. Il est le seul aussi sur l’emplacement duquel on continue aujourd’hui d’héberger les voyageurs.
On ne trouve dans les textes aucune mention de ces établissements avant le XIIIe siècle. Six textes du Cartulaire d’Oulx mentionnent le Col du Lautaret comme une simple limite territoriale, en 1095, 1120, 1148, 1158, 1173 et 1183 ; il ne s’y trouve alors aucun hospice, aucune chapelle, aucun édifice d’aucune sorte consacré à un intérêt public (2. Miss Vaughan, qui suit Florian Vallentin, qui suit Honoré Pallias (3, attribue au Dauphin André, en 1202, la fondation de l’hospice du Col du Lautaret ainsi que de plusieurs autres ; il ne reste de cet épisode aucune trace contemporaine ou simplement médiévale. Marcellier lui-même, au début du XVIIIe siècle, n’a vu, dans les Archives des Dauphins alors plus complètes qu’à présent, aucun texte s’y rapportant. En ce qui concerne précisément l’hospice du Col du Lautaret, nous verrons bientôt que sa fondation n’est pas antérieure au XVe siècle.
Si la date de 1202 répond à quelque chose de réel, ce ne peut être qu’à la fondation de l’hospice du Villard, ou de sa filiale l’hospice de La Madeleine.
C’est en 1228 que l’on trouve les premiers documents réels sur les hôpitaux du Villard et de La Madeleine. Il en résulte d’ailleurs qu’à cette date les deux établissements existaient depuis quelque temps. J. Roman a signalé ces textes (4 et en a donné l’analyse. Les deux établissements sont gérés par les frères de Sainte-Marie-Magdeleine et rattachés à l’abbaye d’Oulx, malgré une tentative de scission qui nous vaut le document de 1228 et à laquelle le Dauphin mit bon ordre dès 1229. D’ailleurs, si la fondation de ces hospices est antérieure à 1228, elle est probablement postérieure à 1221 ; car, à cette date, une propriétaire briançonnaise, Pétronille fille de Girard de Paris, investit le prévôt d’Oulx de ses droits entre le col du Lautaret et Briançon, sans faire la moindre mention des hospices (5. Il n’est pas trop hardi de supposer que la fondation de ces hospices pourrait être consécutive à cette donation.
Plus tard, à une date inconnue, mais apparemment au début, du XIVe siècle, l’hospice du Villard disparaît, ruiné par les intempéries et peut-être démoli par une avalanche. C’est le de La Madeleine qui devient la maison principale, et on lui transfère les biens que le du Villard possédait au Villard et autres lieux (6. Sans doute, plus voisin du col, est-il plus directement utile à la circulation. C’est à partir de ce moment une maison relativement importante. Nous savons, par la nomination d’un recteur en 1315, qu’il s’y trouve alors quatre frères. Plus tard, nous possédons un certain nombre d’inventaires de son matériel et de ses biens (7. L’établissement possède au XVe siècle huit à neuf religieux hospitaliers, une chapelle, une maison vaste et suffisamment garnie ; bref, il constitue un organisme complet (d’une importance comparable à celle du Saint-Bernard) qui fonctionna ensuite pendant très longtemps et dont les restes subsistent encore. Il est tout à fait naturel que cette maison soit l’hospice principal. En contrebas du col, elle est abritée du vent et des tourmentes. Le col étant, un obstacle à franchir, il est peu tentant de s’arrêter juste au sommet, lorsqu’on peut faire autrement ; on préfère le sauter d’une étape, et faire halte avant et après. D’ailleurs, on sait déjà que, entre 1343 et 1423, des guides spéciaux ou « marrons » font franchir le col, en toute saison, d’un versant à l’autre et sans arrêt au sommet. Aussi, jusqu’au milieu du XVe siècle, il n’y a rien sur le col même. L’évêque Jean de Chissé, en 1339, fait étape d’une traite, le 3 septembre, entre Oulx et le Villard-d’Arène ; son escorte va même coucher à La Grave ; et il n’a rien à voir sur le col, qui est pourtant l’entrée de son diocèse (8. En 1410, son successeur Aimon de Chissé, qui ne sort pas de l’Oisans, envoie, de La Grave, Guigues Ollier visiter le Villard-d’Arène ; il signale à cette occasion que le diocèse va « jusqu’au sommet du Col du Lautaret », mais rien ne s’y trouve qui motive une visite (9. En 1414, le Compte de Châtellenie mentionne des prés et des terres au Col, sans parler de maison. De même en 1434 (10. Mais, en 1454, apparaît pour la première fois, en Oisans, sur le territoire du Villard-d’Arène, une « maison du Col du Lautaret » (11. L’année suivante, la visite de l’évêque Siboud Allemand nous vaut une longue description de cette maison « nouvellement construite », « à la limite du diocèse », et qui est, à la vérité, plutôt un refuge qu’un hospice (12, 59 v). La fondation est confiée aux soins d’un laïc du Villard-d’Arène. Elle a quelques biens, les uns sur le col ou sur le versant de la Romanche (12, les autres dans la vallée de la Guisane. La maison est relativement vaste, mais mal meublée ; elle sert plus aux bergers estivants et à leurs moutons qu’aux voyageurs et pèlerins ; il ne s’y trouve que deux lits. L’évêque prend des dispositions pour accroître la prospérité de l’établissement, y attirer les voyageurs par des concessions d’indulgences, et y faire construire une chapelle attenante. Ce dernier détail suffirait, s’il en était besoin, pour achever de rendre impossible toute confusion avec l’hospice de la Madeleine. Trois ans plus tard, nous retrouvons cette maison dans la Révision de Feux du Villard-d’Arène (11, 333 v). En 1488, l’évêque Laurent Allemand la visite à nouveau (13, 68). Enfin, en 1490, nous trouvons dans un cadastre du Villard-d’Arène une mention qui semble bien s’y appliquer (13, et c’est elle qui est citée dans le pouillé de Grenoble de 1497 sous le nom d’hospice du Villard-d’Arène (14.

En résumé, l’hospice du Villard de La Madeleine, près Saint-Chaffrey, fondé après 1183 et probablement entre 1221 et 1228, a duré environ un siècle ; ses rapports avec le Lautaret viennent de ce que la maison suivante semble être au début une de ses dépendances.
L’hospice de La Madeleine du Col, fondé apparemment à la même date, existe encore comme un établissement important au début du XVIe siècle.
L’hospice du Col proprement dit, le seul qui se trouve en Oisans, fondé entre 1434 et 1454, est un refuge de moindre importance qui existait encore à la fin du XVe siècle et s’est, sous des formes diverses, perpétué jusqu’à nos jours.

1 Fauché-Prunelle, Recherches, p. 305.
2 Références aux Cartulaires d’Oulx, autre texte : Les limites.
3 Vaughan, p. 18 ; Florian Vallentin, Voie Romaine, p. 273 ; Honoré Pallias, Lautaret, pp. 11 et 24. Albert, Embrun, t. II, pp. 412-413, a confondu 2 et 3 (qu’il appelle « La Magdeleine du Villars d’Aranes »).
4 Roman, Confrérie. V. aussi Tableau Historique, I, pp. 1o, 13, 67 ; II, pp. 61, 64, 93, 160, 167 ; et Dictionnaire topographique, p. XXXIV.
5 Rivautella, no 170 ; Collino, No 245.
6 B-2993, ff. 626-631 ; Inv. VI, f. 241 v-244.
7 Mêmes références. En outre, Inv. VI, ff. 167 v-158 ; 219 v ; 241 v-245 ; B-2951, ff. 333-334 v ; B-2960, ff. V c LXX et vo ; B-2993, ff. 629 v-63o ; et Arch. Isère, Inventaire (très incomplet), no g4.
8 Arch. Isère, Visites pastorales G 1 ; publié par U. Chevalier, Visites, p. 3. En 14o5, il n’y a sur le col qu’une croix (1, 210).
9 Ibid., G 5 ; Chevalier, Visites, p. 117.
10 C. Ch., no 289, ff. 79 v-80 ; no 308, ff. 444-468.
11 C. Ch., no 318 f. non numéroté intercalaire entre 132 et 133.
12 C. Ch., 318 ff. 444.468.
13 Arch. Hautes-Alpes, 8-E 4862 :
« Domus Collis Altareti tailhatur in censibus advena mutonibus et in tallia comitali sive augusti tantum… VII sest. IX cy. » (Document obligeamment signalé par M. de Manteyer).
14 Marion, Cartulaires, pp. 308, 381. Ch. Rabot (Ancien Texte), à la suite de Roman, a confondu les hospices de La Madeleine et du Col du Lautaret et supposé à tort un hospice dans le village même du Villard-d’Arène. Cette confusion est rendue impossible par la lecture de la p. 3o8, où François du Puy, rédacteur du pouillé, indique avec toute la précision désirable, après la description du Villard-d’Arène, qu’« il y a aussi, sur le territoire de la paroisse dudit lieu, un hôpital au sommet de la montée, en allant vers Briançon, lieu où se termine de ce côté le présent diocèse [de Grenoble] ».
« Est eciam, infra parrochiam dictiloci, unum hospitale in summitate montis, tendendo apud Briançonum, ubi ab illa parte terminatur presens diocesis ».
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