1924, les ardoisiers de Venosc fêtent Sainte-Barbe.

Venosc, hameau du Courtil, Carte postale GEP, vers 1930.

1924, LES ARDOISIERS DE VENOSC FÊTENT LA SAINTE BARBES
Archives Freneytique : Journal « Le Petit Dauphinois », édition du 24 décembre 1924

Sur le même sujet : Les ardoises de l’OisansSainte Barbe 

Contexte : Dans les années 1920, l’ardoisière de Venosc employait environ 120 ouvriers, la plupart, des hommes du pays et aussi de nombreux étrangers.
En juin 1923, les ouvriers, tous solidaires, entament une grève pour protester sur leurs conditions de travail et demander une augmentation de salaire. Soutenue par les syndicats, cette grève, très dure, s’installera plusieurs mois (avec quelques tentatives de reprises infructueuses).
Le 4 décembre 1924, les ardoisiers de Venosc peuvent enfin savourer leur victoire !

Les ouvriers de l’ardoisière de Venosc qui par leur indéfectible union, se sont enfin libérés il y a un mois du joug qui est pesé sur eux, pour fêter cette année la Sainte-Barbe avec un enthousiasme sans précédent. Dès la veille au soir, des rafales de détonations annonçaient à la population l’heureux jour qu’il leur était enfin permis. Dans la matinée, nos braves mineurs ardoisiers, parés de leurs plus beaux habits et ayant à leur tête de leurs estimés directeurs et contremaîtres au fait la traditionnelle tournée des cafés de la localité. À midi, un succulent repas les attendait à l’hôtel (château) de la Muselle, dont l’éloges n’est plus à faire. La plus saine camaraderie de franche cordialité non cessée de régner au cours du repas. Au dessert, le citoyen Giraud, mère, invité au banquet, a prononcé l’allocution suivante qui fut fort applaudie :
« Si vous avez pensé me faire plaisir en m’invitant à votre fête du travail, vous ne vous êtes pas trompés ; en effet, si parfois j’ai dû, dans notre intérêt à tous, assister à des banquets officiels, je n’avais pas cette satisfaction que j’éprouve aujourd’hui d’être parmi des compatriotes, des amis, des travailleurs. Aussi, c’est de tout cœur que je vous adresse mes sincères remerciements pour votre aimable invitation. Puisque tous, hélas ! ne somment pas nés avec des rentes et que nous sommes obligés de travailler pour vivre, ne le regrettons pas trop, car ce n’est pas dans le travail que nous oublions les petitesses, les injustices et les misères de la vie, n’est-ce pas par son travail que l’homme s’est affranchi, par le travail qui fait le vrai mérite, l’homme est honorable en tous lieux, n’est-ce pas enfin le travail que nous donna la liberté. Quand le soir après une journée de labeur, nous rentrons au foyer et que nous y trouvons l’affection des nôtres, ceux-là ne nous fait-il pas oublier les dures fatigues de la journée ! Et quand, réunis fraternellement comme aujourd’hui, ne sommes-nous pas fiers d’être des travailleurs ? Mais si mes chers amis cela vaut mieux que les corvées de nos ancêtres, dont la Révolution nous a heureusement libérés ; cela vaut mieux que les guerres ou vainqueurs et vaincus se retrouvent meurtris et appauvris, oui ces réunions amicales valent mieux que la haine.

Excusez-moi donc chers camarades, d’avoir interrompu un instant vos conversations et laissez-moi encore lever mon verre à la santé de Le Bras et Bouget, vos chefs justes est bons, à votre santé à vous, à celle de vos familles et pour terminer buvons tous ensemble à la république des humbles et des travailleurs de la paix à la fraternité.

Puis ce fut le tour des chanteurs, on sentait que c’était réellement le chant du cœur.
Les bonnes œuvres ne furent pas non plus oubliées ; une quête pour le Sou des écoles faite par le comptable Daudet Marceau produisit la somme de 36 francs, versée au trésorier. Puis la fête continua par un bal endiablé ou danseurs et aimables danseuses s’en donnèrent à cœur joie, ce n’est que l’aurore et encore trop vite venue qui les sépara. En résumé, très bonne journée sans la moindre note discordante.

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