Dans la montagne, la moisson, un dur labeur !

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Mulet chargé sur la route d’Huez. H. Muller, collection Musée Dauphinois.

DANS LA MONTAGNE, LA MOISSON, UN DUR LABEUR !
Le travail des femmes de l’Oisans durant la moisson, quand les hommes sont partis.  

De l’envoyé spécial du journal le Matin !
22 août 1918

Huez-en-Oisans, août.

En plein Dauphiné, sur un versant de l’Alpe d’Huez, s’accroche un petit village de 80 feux, Huez-en-Oisans.
La région est rude et escarpée, néanmoins à force de travail et d’industrie, les 250 habitants d’Huez sont parvenus à tirer des 3 000 hectares de terrains communaux un parti extraordinaire.
Champs de blé, d’orge, d’avoine et de seigle se détachaient en rectangles jaunes sur le vert des où pousse une herbe drue, courte et parfumée, qui nourrit pendant saison d’été 25 000 moutons et 3 600 vaches, venus de la plaine, et que l’on appelle ici « transhumants ».
Également nombreux sont les carrés de pommes de terre.
Actuellement on fait la moisson des « stérées » de blé, et ce n’est point, je vous prie de le croire, une mince besogne.
Sur les terrains d’une déclivité effroyable — presque à pic — les femmes agenouillées, une petite faucille à la main, coupe les épis. Elles n’en coupent pas lourd à la fois. J’imagine sans peine que le moissonneur normand ou beauceron, habitué aux larges entailles des grandes faux, serait éberlué de ce travail de fourmi.

Après des jours d’effort, voici en gerbes le tout petit champ.
Commence alors le dur travail de l’engrangement.
Aucun chariot n’est possible. Tout ou à peu près dois se faire à dos de mulet.
Dans une sorte de grand filet, le « bouta », on place quelques gerbes — ho ! pas beaucoup — quatre au maximum. Sur le bât du mulet, on arrime le « bouta » et en route pour la descente ou une montée qui, par des sentes en lacets, dure quelques fois une heure.
Il y a des endroits ou le mulet lui-même ne peut accéder, alors, la descente ou la montée se fait à dos d’homme ou de femme… tout simplement.
Imaginez-vous un instant, la somme de labeur que représente une récolte faite de pareilles conditions.
De l’aube naissante à la nuit tombée, on aperçoit, disparaissant presque sous leur chargement, les mulets aux jambes fines dévaler les pentes d’un sabot précautionneux. Un enfant les guide, une femme suit, toute préoccupée de maintenir en équilibre l’instable « bouta ».
Et quand c’est fini, on recommence.
Et comme je m’étonne de ce travail prodigieux, accompli en grande partie par une main-d’œuvre féminine, une vieille montagnarde me répond :
— Les hommes sont occupés ailleurs, il faut tout de même bien que le travail se fasse.
Avant-guerre, sitôt la moisson terminée, dès les premières neiges, ils quittaient leur montagne, laissant aux femmes le soin de garder la maison et de veiller sur le bétail.
Et s’improvisant « porte-balles », ils partaient — le maire en tête — pour un tour de France, venant de-ci, de-là, des lunettes, de la mercerie, de la bijouterie, etc.

À la belle saison, ils revenaient, l’escarcelle le plus souvent bien garnie.
D’autre, plus hardis, ou plus industrieux n’hésitaient point à s’embarquer pour de lointaines contrées, porteurs d’albums ou était soigneusement rassemblées la flore des Alpes.
Aux riches amateurs, ils vendaient les graines des fleurs ainsi présentées, et nombres de jardins américains, Chinois, Nippon et siamois s’enorgueillissent ainsi des fleurs rares des hauts sommets.
Le plus célèbre de ces jardiniers-globe-trotters est un habitant de Venosc commune toute proche qui vendit à la reine victoria, moyennant la bagatelle de 30 000 francs, la rose blanche des Alpes.
Mais que « la tournée » ait été bonne ou mauvaise, tous, au printemps, revenaient fidèlement vers la montagne chérie, prêts aux plus durs travaux.

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