Démographie 2e partie

DÉMOGRAPHIE DU CANTON DE L’OISANS 2e PARTIE Voici la deuxième partie de l’article publié le Jeudi 15 avril 2010 (Lien pour la 1ère partie). Vingt autres articles plus complets (un par village [dans un format plus adapté à internet]) sont en cours de réalisation, pour chacun d’eux, j’essaierai de mettre en corrélation les événements propres à l’histoire locale et le diagramme démographique sur une période de plus de 200 ans avec plus de 30 dates clefs accompagnées de textes et d’illustrations. Dans cette série, le village d’Auris-en-Oisans couvrira une période de plus de 700 ans grâce au travail de recherche de M. Denis Veyrat. Voici donc le deuxième cahier démographique des vingt villages qui forment le canton de l’Oisans. Ce travail a été réalisé grâce aux documents suivants : Le remarquable texte intitulé « La population du canton du Bourg-d'Oisans de 1846 à 1936 », de Pierre Fourchy, article tiré de la « Revue de géographie alpine » de 1943 disponible sur le site Persée ainsi que 
Dictionnaire complet de tous les lieux de la France et de ses colonies, par P.-M. Barbichon, volume 1.
 Dictionnaire complet des communes de France, par A. Janin consultable sur Google Book , ainsi qu’à la collaboration active de Denis, Brigitte, Denise et Paula de La Balme, Maurice Lucie et Agnès. Remarques : Le développement ci-dessous n’est sans doute pas entièrement juste. Il comporte certainement des erreurs et oublis. Merci pour vos remarques futures qui, je n’en doute pas, enrichiront cet article et ceux à venir. J’ai écarté ou survolé volontairement dans cette analyse les contextes sociaux professionnels et économiques nationaux, à l’exception de la Première Guerre mondiale et de la désertification pour me concentrer exclusivement sur les caractéristiques attachées à notre région et leurs impacts directs et indirects sur la démographie du Canton de l’Oisans. REGARD SUR 200 ANS DE DÉMOGRAPHIE DU CANTON DE L’OISANS Observation : Le déclin démographique n’est pas soudain, il fait partie d’un processus long et s’installe sur plusieurs décennies. Le schéma est presque toujours identique, le fléchissement le plus significatif apparaît après la moitié du XIXe siècle. Quelques sursauts ponctuent la courbe, mais, celle-ci descend avec la même régularité durant un siècle puis diverge suivant les communes, en fonction de leur évolution industrielle ou touristique. Les courbes dessinent souvent le même profil en « dos de poisson » pour un nombre important de villages. Seules trois communes se démarquent :
  • Livet et Gavet, qui bénéficient « d’un bassin industriel », dessinent une courbe inverse à tous les autres villages ;
  • Huez qui affiche une relative stabilité et un pic démographique exceptionel dès la création de la station ;
  • Le Bourg d’Oisans avec une courbe en dents de scie.
Nota : Le dessin de la courbe est, comme le fait remarquer, M. Fourchy, le même à l’échelle du canton, du village et des hameaux qui composent le village. Cela confirme que la courbe démographique dessinée par le canton de l’Oisans, n’est pas un épiphénomène propre à la désertification des villages de montagne, mais est un mécanisme plus global, conséquence de facteurs simples ou complexes qui déclenchent, entretiennent, stabilisent ou enrayent la croissance démographique dans notre canton. 
Nous allons essayer d’analyser ces facteurs. Sur tous les documents consultés, le milieu du XIX siècle et plus particulièrement le recensement de 1851 affiche pour 10 communes la plus forte démographie. Après le chargement, je vous invite à tourner les pages en cliquant sur les coins inférieurs gauche et droit et à découvrir les résultats pour chaque commune et en toute fin de cahier du canton. Facteurs généraux défavorables à une démographie positive LA ROUTE La difficulté d’accès et l’éloignement du lieu de résidence au lieu de travail (ou d’un pôle d’échange comme pouvait l’être le Bourg d’Oisans) semblent être les facteurs les plus constants à l’exode du village. Si à cela il s’ajoute une distance importante au chef-lieu du Bourg-d’Oisans et de ses commerces, vous retrouvez les chutes démographiques les plus significatives des années 1900 à 1980. LA CHUTE DE LA NATALITÉ La baisse des naissances par foyer et un facteur important. Si au début du siècle dernier, il n’est pas exceptionnel de rencontrer une fratrie de plus de 5 frères et sœurs dans nos montagnes, voire, pour certaines familles de plus 10 enfants (20 bras pour les travaux des champs) les familles nombreuses deviennent beaucoup plus rares au milieu du siècle. LES PETITS HAMEAUX La taille des hameaux qui forment le village est aussi un facteur déterminant dans un processus de baisse démographique. Moins il y a de maisons par hameau, plus le départ d’une famille incitera les autres à l’exode. Cet abandon du hameau peut se faire par étape, le hameau permanent devient d’abord hameau d’estive puis disparaît. 
Dès le début du XXe siècle, ces petits hameaux vont disparaître progressivement comme ceux de La Combe, La Rivoire, la Ponsonnière, Le Cerisier, Laffrayte sur la commune de Venosc.
 Les familles transitent parfois par le village quand cela est possible avant de quitter définitivement le pays. Les accès à ces lieux de vie éloignés du cœur du village, chemins souvent escarpés et difficiles, ont également accéléré leur désertion. LES CATASTROPHES NATURELLES Les incendies, avalanches, inondations sont des événements dont un village a du mal à se remettre. Au XIXe siècle, dans une région aussi pauvre que l’Oisans, la seule attache au pays reste les terres et surtout la maison, si cette dernière est détruite plus rien ne retient, les terres sont alors vendues et le départ est inéluctable. LES GUERRES Les villages les plus touchés verront presque 8% de leur population disparaître durant la Première Guerre mondiale. SUCCESSION Dès le XXe siècle, seuls restent au pays les parents, la succession ne semble pas intéresser les nouvelles générations qui se détournent des campagnes pour habiter les villes. Le labeur était pénible et éreintant pour une trop maigre récolte. VIEILLISSEMENT La population des villages est vieillissante. Elle ne se renouvelle pas, la pyramide des âges devient un tube ou s’inverse. PROGRÈS ET CHOIX DE VIE Tout au long du siècle dernier, la modernisation, l’industrialisation, les usines ont attiré les nouvelles générations vers une vie « meilleure et moins difficile ». Ce phénomène de désertification est très difficile à endiguer, les premiers partis aspirent les autres dans leur sillage. (Un parallèle troublant pourrait être établi avec la disparition des peuples nomades du monde entier aspiré (ou écrasé) par un progrès qui n’a pas de place pour eux et qui charme par l’image idyllique et superficielle qu’elle renvoie.) Facteur particulier défavorable à une démographie positive dans nos villages de montagnes LA MORT DES COMMERCES DE PROXIMITÉ ET D'UNE VIE SOCIALE C’est un facteur non négligeable au désintéressement d’un choix de vie dans nos villages. 
Progressivement depuis les années 50, les commerces, quittent les villages, ferment leur porte pour diverses raisons. 
L’absence de ces commerces ou services de proximité, comme une école, n’incite pas à demeurer dans nos charmants villages devenus parfois dortoirs. Facteur favorable à une démographie stable : LE COLPORTAGE Incontestablement le colportage et toutes les formes de migrations temporaires des travailleurs ont été un moyen pour les familles de rester vivre au pays. LES CHANTIERS L’implantation de chantier important, comme le barrage du Chambon entre 1928 et 1935, bien sûr, mais aussi celui de Grand Maison de 1978 à 1988, mais bien avant les percements, de tunnels, tracés de routes ont donné l’opportunité aux gens du pays d’avoir, pour une période parfois assez longue, une rémunération assurée aux portes des villages. Ces chantiers implantés provisoirement dans les villages amènent aussi une importante main-d’œuvre étrangère. Ces ouvriers, simples manœuvres ou spécialisés, célibataires ou en famille, ralentissaient, pour un temps, le déficit démographique de nos villages. Quelques ouvriers sont restés au pays et ont fondé une famille. LES MINES ET CARRIÈRES Les ressources naturelles, cristal de roche, ardoise, charbon, or, argent… un travail souvent pénible et dangereux, mais une rémunération assurée pour les hommes des villages. SPÉCIALISATION AU MILIEU Jadis les passeurs de col, les ouvreurs de route, les voituriers, les Guides de haute montagne de Saint Christophe et plus proche, de nous les moniteurs de ski, conducteurs de machines, pisteurs, agents d’exploitation, hôteliers… Autant de professions adaptées au milieu répondant à la demande des étrangers, voyageurs ou touristes tout au long de notre histoire. TOURISME Les populations des « villages-stations »  sont en progression ou en légère baisse, mais en règle générale affiche actuellement une meilleure "santé démographique" que autres villages « non-stations ». Facteur favorable à une démographie positive LA TAILLE DU VILLAGE ET DE SES HAMEAUX Les villages et hameaux les plus importants ont mieux résisté à la débâcle démographique du siècle dernier. LA ROUTE NATIONALE Les villages et hameaux sur le tracé de la RN ont mieux supporté la chute démographique. Ces caractéristiques d’accès semblent être encore un critère de choix pour le lieu de résidence. Aujourd’hui, les villages desservis par une route « difficile » sont les moins peuplés du canton (exception faite des villages-stations). LA HOUILLE BLANCHE Cette énergie fabuleuse qui coule littéralement des montagnes a permis à l’Oisans, l’implantation d’industries très variées (gauchoir, papeterie, électrométallurgie…), créatrice d’emplois pour les locaux, injecte un grand nombre de travailleurs étrangers, principalement pour le village Livet et Gavet qui verra sa courbe démographique s’envoler dès la mise en service du barrage-réservoir du Chambon. TOURISME Qui ose imaginer un Oisans sans tourisme ? Les stations embauchent chaque année des centaines de saisonniers dans notre canton. Si ces nouveaux arrivants sont le plus souvent de passage, un nombre non négligeable repeuple lentement chaque année d’une manière définitive nos villages. LE MAINTIEN DES SERVICES DE PROXIMITÉ La réouverture ou la présence d’un commerce, d’une école, d’un point postal à défaut d’une poste… Autant de points attrayants pour une vie de village.
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