Du rififi à la mairie de Venosc

DU RIFIFI À LA MAIRIE DE VENOSC ET À BOURG D'OISANS

Voici un petit article qui relate les mésaventures des maires de Venosc et Bourg-d'Oisans. Cela se passe à la fin du 19e siècle. Le Casimir Périer dont il est question dans cette histoire n'est pas le 6e Président de la République française élu en 1894 (Jean Casimir-Perier), mais de son père, “héritier du nom illustre”… désigné comme cela en début de séance. Le prénom n'est jamais cité, mais il est sans doute fait allusion à Auguste Casimir Perier, fils de Casimir Perier.
Auguste Casimir Perier était un homme politique d'importance relative, ancien député. L'histoire est relatée dans les anales du Sénat, certains volumes sont accessibles via Google Book ©.
Dans le château de Vizille (Musée de la Révolution française), qui fut acheté par Claude Perier (père de Casimir Perier, grand-père d'Auguste) en 1780, deux salles sont consacrées à la famille Perier, vous y trouverez une généalogie simplifiée ainsi que beaucoup d'autres informations, portraits et bustes…

Annales du Sénat et du Corps législatif, Volume 3 édité en 1864, page 400

SÉANCE DU 30 NOVEMBRE 1863.

PRÉSIDENCE DE S. EXC. M. LE DUC DE MORNY.

Eh bien, il l'a fait ! On lit dans l'Impartial dauphinois du 31 mai: «M. Gardin, maire de Venosc, s'est permis, le dimanche 24 mai, dans un lieu public, devant le cimetière de la commune, d'arracher les affiches de M. Casimir Périer et de les fouler aux pieds...

« Une poursuite devant les tribunaux est intentée par M. Casimir Périer contre M. Gardin, maire de Venosc, pour le faire condamner, en réparation de dommage causé, au paiement d'une somme de 2,000 francs, destinée par M. Casimir Périer au bureau de bienfaisance de la commune de Venosc. C'est demain 30 mai que M. Gardin va être assigné par huissier pour l'audience la plus rapprochée. »

Ainsi, voilà un journal qui sait que l'huissier agira le lendemain ; il annonce les poursuites, et le numéro est répandu à 20,000 exemplaires dans la circonscription électorale. On voulait effrayer les maires, agir sur eux par cette voie d'intimidation du papier timbré dont on vous a si souvent parlé, et toujours avec raison. Le lendemain, même nouvelle concernant le maire de Bourg-d'Oisans publiée dans le même journal et livrée à une immense publicité.

Quelle a été l'issue de ces procès intentés avec bruit ? Ils ont été perdus en silence. Les deux maires, l'instituteur et l'afficheur, ont été renvoyés de la poursuite. M. Casimir Périer. qui avait publié les poursuites, s'est bien gardé de publier les jugements. Tout le monde sait que ces maires ont été accusés, traduits en justice ; personne ne sait qu'ils ont été acquittés.

Voilà la guerre qu'on faisait, dans le camp de l'opposition, aux maires qui soutenaient la candidature officielle. Or, le maire de Venosc, accusé d'avoir déchiré une affiche, savez-vous ce qu'il a répondu ? Il a établi que cette affiche avait été apposée dans un endroit réservé aux affiches communales et qu'on n'avait pas le droit de l'y placer. Il a ajouté que dans la commune de Venosc, où il y a quarante-quatre maisons et deux cents habitants, il y avait trois cents placards au nom de M. Périer. (On rit.)

Un autre procès était intenté contre le maire de Bourg-d'Oisans. Ce maire avait cru avoir le droit de placer sur une affiche de M. Casimir Perier, apposée sur sa porte, une affiche de M. Royer. M. Casimir Périer le traduit en police correctionnelle d'abord, ensuite il retire l'assignation en police correctionnelle et la convertit en une assignation civile; il a soin de l'annoncer dans son journal, et puis le tribunal juge ainsi :

« Attendu que le maire de Bourg-d'Oisans a usé de son droit et qu'il en a même usé avec modération (vous allez le voir), puisqu'il est établi au procès que la façade de sa maison sortait trois affiches de M. Casimir Périer et deux affiches de M. Royer... » (On rit.) Je ne parle pas des deux autres procès; ils ont eu le même sort, et ils avaient le même fondement.

Mais, dit-on, l'annonce des poursuites dirigées contre M. Casimir Périer était d'autant plus blâmable que ces poursuites n'étaient pas fondées ; la cour devant laquelle M. Périer et le gérant du journal ont été ultérieurement traduits les a renvoyés tous les deux de la plainte dont ils avaient été l'objet. […]

 

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