Église Saint-Arey du Freney d’Oisans

EgliseSaintAreyL’ÉGLISE SAINT-AREY DU FRENEY-D’OISANS
Cet été, dans la salle du Syndicat d’Initiative du Freney-d’Oisans, était présentée une exposition sur le thème des chapelles, oratoires et saints patrons de notre village. 
Après le premier module consacré aux croix du village, voici un deuxième article où il est question de l’église Saint-Arey.

ÉGLISE SAINT-AREY 
(Paroisse sous le vocable depuis 1076(1))

Selon Henri Ferrand, dans « Le lac Saint-Laurent, son histoire (Archives départementales de l’Isère, Cote BIB_D8°3013 édité en 1909(2)), la paroisse de Saint-Arey apparait nominativement dans un texte datant du 12 août 1076(1) où il est fait mention d’une concession accordée par l’évêque Pons de Grenoble, des églises de Saint-Julien à Abriès (d’Auris), de Saint-Arey au Freney, et de Sainte-Marie « de lento » (Mont-de-Lans) à l’abbaye d’Oulx.

Un peu plus loin, dans le même texte, M. Ferrand propose une autre date, 15 avril 1080, issue d’une archive connue sous le nom de « Cartulaire de Saint Hugues », par laquelle Hugues de Châteauneuf (plus connu en temps que saint Hugues) évêque de Grenoble, propose à la juridiction de l’abbaye d’Oulx seize paroisses de son diocèse : de Arenis superioribus (Villard d’Arène), de Arenis subterioribus (la Grave), de Becis (Besse), de Clavaone (Clavans), de Misoen (Mizoen), de Lento (Mont-de-Lans), de Fraxineto (le Freney), de Abrus (Auris), de Ueso (Huez), de Fageto (Brandes ?), de Voliano (Vaujany)…

Une remarque est ajoutée en fin de chapitre :
« Dans l’organisation ecclésiastique, ces translations n’étaient valables qu’après approbation du chef suprême de l’église. Cette approbation ou confirmation fut donnée par un acte du pape Urbain II, en date du 20 mars 1095, où nous lisons la désignation suivante : « ... et in Oysentio omnes ecclesias quæ sunt sitæ a lacu usque ad collem qui diditur Altareolum.» (En Oisans, toutes les paroisses qui sont situées depuis le lac jusqu’au col dit l’Autaret.) »

Une interrogation me taraude :
La situation géographique de notre église n’est-elle pas à l’origine du nom de la paroisse qui donnera le nom de notre village ?
Comme l’explique Pierre Barnola dans « Noms de Lieux, quelle histoire ! », Fraxinus veut dire frêne en latin. Freney vient donc des forêts de frênes qui abondent autour du village.  En Oisans, les forêts et les arbres sont à l’origine d’autres toponymes, Besse, Ornon. Sans doute parce que le nom indiquait aux pèlerins, par l’identification de l’essence, la direction à suivre pour arriver au-dit village. Mais d’autres caractéristiques géographiques ou géologiques auraient pu être inspiratrices d’un autre nom : le passage de la rivière Romanche en bordure du Village (« De là le pont » ancien nom du hameau situé sous l’école), les Puys (point de vue sur la vallée), le verrou rocheux à l’amont du village (porte minérale naturelle utilisée pour l’implantation du barrage du Chambon). Des caractéristiques sans doute moins visibles que les forêts de frênes qui encerclent notre village.
J’avance cette hypothèse avec beaucoup de prudence, mais le nom latin « Sancti Arigii in Fraxineto » peut, selon certaines transcriptions, être interprété de cette façon, « l'église Saint-Arey dans le bois de frênes », ce qui, si la position de notre église est la même depuis dix siècles, peut correspondre à cette désignation comme l’église Saint-Arey qui est située dans le bois de Frêne, qui au fil des évolutions toponymiques (comme celles soulignées par Louis Cortès dans « Oisans Recherches historiques ») peut amener au toponyme du Freney-d’Oisans.

Dans le pouillé de Dupuy de 1497, il est indiqué que l’église de Saint-Arey est sous le patronage du Prieuré de Lagarde dont elle dépend et qu’elle verse un revenu (dîme ecclésiastique relevée par un décimateur) de 15 florins.

L’église que nous connaissons aujourd’hui, quant à elle, a été construite en 1840. Au-dessus du portail est inscrit : 18 D.O.M. 40. L’abréviation « D.O.M. » signifiant : Deo Optimo Maximo (qui peut être traduit par : « À Dieu, très bon, très grand » ou « Au Dieu tout puissant et très grand »).
Sa première pierre bénite par l’évêque, fut posée le 11 mai de la même année et placée « au levant à six mètres environ de l’angle du mur de la façade » par Pierre Fleur, fils de feu Claude et Françoise Reymond.
Lorsque la consécration de l’église elle-même fut achevée, on plaça dans le tombeau du maître-autel, une boite en plomb scellée aux armes de l’Évêque, et contenant des reliques de plusieurs saints. Le maître-autel ne fut pas consacré. L’église ancienne avait été placée sous le vocable de Saint-Arey, et c’est le même saint qui est demeuré le patron de la nouvelle église.(3)

Peu de temps après sa construction, en 1878, l’église a été visitée. Un texte, dont l’auteur m’est inconnu, raconte cette visite :
« L' église, isolée sur un rocher à plusieurs étages qui domine la Romanche, est à 982 mètres d'altitude ; elle a été reconstruite en 1841 ; elle a la forme d'une croix latine de style ogival. On a conservé le vieux clocher très régulièrement bâti, mais en style roman du XIe Siècle. La sonnerie est très jolie, bien que les cloches n'aient pas un poids très considérable. Le portail de l'église est très remarquable ; il a été construit avec une espèce de porphyre à gros grains, pierre rare, trouvée dans le pays. L'intérieur de l'église est très simple, sans décors et sans vitraux ; l'autel est en marbre blanc et assez élégant. Quelques tableaux d'un certain mérite ornent le sanctuaire ; ils représentent Saint-Arey, patron de la paroisse, dans une entrevue avec Saint-Grégoire VII, pape. »

L’histoire de saint Arey.
SAINT AREY,  VIIe SIÈCLE (autres dénominations : Aridius, ou Aregius, ou encore Érige et Arige) ÉVÊQUE DE GAP de 579 à 614(4).
Issu d’une noble famille gallo-Romaine, il fut ordonné prêtre, puis devint évêque de Grenoble et continua son sacerdoce dans le Triève, puis à Gap.
Plusieurs légendes ponctuent la vie du saint homme. La plus célèbre est celle de l’ours :
Revenant de Rome en l’an 605, Arey passa le col du Montgenèvre pour se rendre à Gap en passant par Briançon. Dans les bois, son attelage se trouva face à un ours, qui fit fuir l’un des bœufs attelés.
Arey ordonna alors à l’ours (ou fit un pacte selon les différentes versions) de prendre sous le joug la place du bœuf disparu. L’animal soumis se laissa harnacher, et, c’est ainsi accompagné d’un attelage des plus originaux que l’évêque arriva à Gap.
L’ours fut libéré et partit se réfugier dans les bois voisins. La légende raconte qu’il ne ressortit que le jour de l’enterrement de l’évêque en 614.

Sa représentation :
Les représentations sont rares, il existerait quelques peintures murales.
L’église d’Auron (dans les Alpes-Maritimes) dispose d’une fresque montrant les différentes étapes de la vie de saint Arige (Arey), jusqu’à sa mort où l’on peut voir, dans le dernier panneau, le saint porté en terre sur un char tiré par un bœuf et un ours.
Il est intéressant de noter que la légende de saint Arey comporte un grand nombre de similitudes avec celles de saint Jacques-de-Tarentaise.

(1) Dans Églises et vie religieuse des paroisses d’Oisans, un complément d’information est donné : « Auris, Le Freney, Mont-de-Lans se retrouvent dans les archives dès 1073, trois ans plus tard leurs vocables : Saint-Julien, Saint-Arey, et Sainte-Marie.
(2)Une autre archive propose un texte identique dans « Archéologie Alpine n° 165 A.D.I. BIB_D8°609
(3) Avec l’aimable autorisation de M. Gérard Dionnet
(4) Rousset le rattache à l’archevêque de Lyon, saint Aregius, dit aussi Arigius, décédé en 620. (à ce sujet, un prochain article est en cours de rédaction).

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