La première visite du Père Noël à Oulles !

« LA PREMIÈRE VISITE DU PÈRE NOËL À OULLES EN 1952 (!?) »
Un article, paru en février 1952 dans la revue « Vie et Bonté » éditée par la Croix Rouge Française.

Une grande première de la Bonté

OPÉRATION PÈRE NOËL

Peut-on encore imaginer que des gosses de France n'aient jamais vu de jouets de leur vie? C'était pourtant, jusqu'à cette dernière semaine, le cas des enfants d'un de nos plus extraordinaires villages alpins, Oulles-en-Oisans, où le Père Noël vient de réaliser, par le truchement des Secouristes de l'Isère, la plus mémorable de toutes ses « premières » montagnardes.

Voici, par l'image, le récit de cette émouvante aventure :

Avec ses 63 habitants encore accrochés aux derniers murs d'ardoise épargnés par l'érosion et l'avalanche cyclique, Oulles-en-Oisans est l'un des plus déshérités parmi les quelque 150 « villages qui meurent » visités en cette fin d'année par les Secouristes de l'Isère, qui ont chargé sur leurs solides épaules un havresac transformé en hotte par la générosité des bienfaiteurs du département.

En tout cas, c'est bien le plus difficilement accessible. Car, non seulement Oulles ignore l'électricité, mais il est dépourvu de route d'accès. C'est le pays « sans roues » comme on l'a surnommé, auquel on n'accède que par un invraisemblable sentier délabré, taillé à même le schiste ardoisier « pourri » et sur lequel les mulets eux-mêmes ont depuis longtemps cessé d'aventurer le sabot le plus circonspect.

Oulles n'a plus aujourd'hui qu'un seul visiteur : le facteur !
Et encore, le brave fonctionnaire ne monte-t-il qu'une fois par semaine ! Cependant, notre photographe, qui accompagnait les secouristes -dans leur expédition, a eu la chance de rencontrer le facteur au moment où celui-ci, rejoignant la caravane, franchissait l'un des plus impressionnants lacets du chemin, une sorte de « vire » artificielle construite par les habitants d'Oulles à l'aide de plaques d'ardoise au-dessus d'un à-pic de près de quatre cents mètres.

Aussi conçoit-on facilement que le Père Noël ait si longtemps oublié dans sa tournée les enfants d'Oulles-en-Oisans

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L'OPÉRATION PÈRE NOËL

Le but approche, et l'on souffle un peu.
Jeanne Folcher, Directrice départementale des Secouristes de la Croix-Rouge de « l'Opération Père Noël » enfile sa veste d'uniforme par-dessus la chemise à carreaux.

Ce n'est pas tant pour faire une arrivée «officielle » que pour mieux se protéger du froid qui commence à mordre sérieusement, car la neige sera sous les pas dans quelques minutes.

On l'excusera mieux encore, le Vieux Bonhomme Noël, lorsqu'on saura qu'Oulles-en-Oisans est le seul pays du monde auquel on accède… par une échelle!

En effet, l'avalanche du printemps dernier a emporté toute une portion du sentier, qui n'a pu être reconstruite faute d'assez de bras d'hommes au village. Aussi a-t-on dû installer « provisoirement » une longue échelle de bois pour relier les deux tronçons du chemin séparés par l'éboulement.

On distingue sur notre document l'un des secouristes en action sur la fameuse échelle. (Chose surprenante, on remarquera qu'il porte au-dessus de son sac, une branche de sapin. En effet, par un curieux paradoxe, Oulles-en-Oisans s'élève sur les flancs pelés du Mont Taillefer… dont le nom est toute une explication. Plus de forêt à cette altitude. Aussi, les Secouristes prévoyants ont-ils dû emporter dans leur bagage un sapin de Noël en pièces détachées!)

L’échelle d’Oulles

L'extase.
Dès l'arrivée des Secouristes, repérés longtemps à l'avance par les bergers, on a fait sortir de la classe les sept garçons et l'unique petite fille composant tout l'effectif actuel de l'école
d'Oulles. Et l'on a « monté » l'Arbre merveilleux.

Puis les gosses ont été rappelés.
Huit petits visages farouches, pétrifiés par la surprise, que les Secouristes ont eu l'inappréciable satisfaction de voir s'allumer peu à peu d'une joie religieuse, extraordinairement poignante dans la simplicité de son expression.

Et voici le miracle.
Reliés au monde par le seul lien fragile d'une échelle — et d'une échelle que la plupart d'entre eux n'ont encore jamais franchie ! — les enfants d'Oulles-en-Oisans voyaient là des jouets pour la première fois de leur vie.

On conçoit, dès lors, ce qu'un jouet peut représenter pour ces gosses, et le caractère véritablement sacré qu'il va prendre pour chacun d'eux. Car un jouet ici, ce n'est pas un objet « pour jouer ».
Jouer, ces gosses en sont incapables. Eux qui ont vécu depuis le premier âge avec la terre collée aux sabots, la crainte de l'avalanche sur la tête et les bêtes pour voisines de palier; eux qui connaissent la naissance et la mort; eux qui ont toujours su que la vie n'apparaissait que dans la souffrance du déchirement, ils sont nés « trop grands » pour pouvoir jouer comme jouent les enfants des hommes « d'en-bas ».
Ainsi, pour eux, un jouet est-il beaucoup plus qu'une image du monde : il est le monde lui-même. Un de ces enfants a reçu un bateau; il n'avait jamais vu de vrai bateau.
Son frère une auto c'était la première fois qu'il voyait une vraie auto.
Imagine-t-on alors, l'extraordinaire puissance évocatrice renfermée dans un simple morceau de tôle peinte, pour ces gosses !...
Pour ces gosses qui sont, pourtant, de petits Français…

Reportage photographique de A. Ramuz, service du Dauphiné Libéré (Grenoble)

Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9747005v

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