L’avalanche de Clavans

L’AVALANCHE DE CLAVANS, LE 20 JANVIER 1981
Première publication 15 mai 2010, mise à jour le 8 janvier 2021.

Ont participé à cette séance, Anne-Marie, Cyrille, Lucien, Brigitte, Stéphanie, Denise, Paula, Jean-François, Agnès et moi-même.

C’était il y a 40 ans…

Épée de Damoclès des alpinistes, des skieurs et des randonneurs en raquettes, elle transforme ces « conquérants de l’inutile » en poupées de chiffon dans un souffle glacé.
L’avalanche tue. Les médias nous le disent, des dizaines de personnes partent chaque année en France.
Qu’ils soient inconscients ou avertis, stupides ou aguerris, la Mort blanche les noie, les broie, ou les épargne sans discernement.
La tragédie est alors considérée comme une fatalité, un dommage collatéral à une pratique sportive engagée, qui comporte des risques inhérents au milieu. La faute aux stupides, aux inconscients qui n’ont qu’à s’en prendre à eux. La belle fin aux avertis, aux aguerris morts dans leurs montagnes.
La montagne et l’avalanche deux sœurs, belles à en mourir, ensorcelées et ensorcelantes, elles appellent les montagnards comme les sirènes les marins. Deux sœurs qu’on ne peut séparer, la conquête du cœur de l’une ne peut se faire sans risquer la colère de l’autre.

Parfois, l’ordre naturel des choses est bouleversé. Ce n’est plus l’homme qui va vers l’avalanche, c’est elle qui vient à lui. Elle dévale les pentes, glisse, coule au-delà des couloirs habituels. Rien ne peut arrêter son opulente course. Sa démesure l’a fait rentrer dans les maisons, par la porte, par la fenêtre, par la cave. La neige vomit par toutes les ouvertures. Elle couche les murs, soulève les toitures. Elle vous surprend dans un bruit sourd, vous plaque contre le mur, vous ensevelit vivant. Elle vous agresse, chez vous.
Quand vous ouvrez les yeux, autour de vous, tout n’est que dévastation. Tout est mêlé, la boue, vos photos, la neige, la pierre, vos vêtements, le bois, vos souvenirs… Tout est déballé dans les ruelles au milieu du village dans un mortier insupportable à regarder tant il vous brûle les tripes. Pas le temps de pleurer ni de hurler. On appelle la famille, on informe les amis, les patrons, on retrousse les manches, on crache dans les mains, on prend la pelle et on va, sans plus de question, reconstruire au plus vite. Mais avant il faut faire constater, mesurer, quantifier le dommage, comme si le malheur pouvait être pesé à la façon d’un morceau de viande… — Hé là ma p’tite dame pour votre vie dévastée, j’vous la fais à combien ? — C’est la double peine, une autre souffrance, plus sournoise, plus humaine…

Cette journée du 20 janvier 1981 restera pour beaucoup le jour de l’Avalanche.
La montagne a donné un avertissement. Elle a laissé la vie, mais a pris beaucoup de maisons.
Une balafre qui a marqué le hameau de Clavans-le-Bas comme un coup de serpe. Si les maisons sont aujourd’hui reconstruites, cette blessure ne se refermera sans doute jamais pour beaucoup d’âmes.
Grâce aux documents audio, photographiques (images prises par le reporter qui accompagnait les officiels venus constatés la catastrophe, puis remise au maire du village) et vidéo INA (reportage Antenne 2), je vous propose de faire un bond dans le passé de 40 ans et vivre le déroulement des événements comme les ont vécus les victimes de cette terrible journée.


Témoignage audio de l’avalanche de Clavans de 1981, cliquez sur le triangle.

Témoignage audio, après l’avalanche, d’autres avalanches racontées par Denise, cliquez sur le triangle.


Archive André Glaudas : Article de Jean-Pierre Lagneux du Dauphiné libéré publié le 24 janvier 1981

ÉNORME AVALANCHE À CLAVANS  SINISTRÉ À 80 %

Bourg-d’Oisans — mardi 9 h.
Depuis dimanche la neige n’a pas cessé de tomber sur le « Pic de Pied Froid ». Lors de la dernière nuit, les chutes furent même particulièrement abondantes. Dans le petit village qui compte une trentaine d’habitations (propriétés de « gens au pays ») 16 personnes vaquent à diverses occupations. M. Émile Arnol (72 ans le doyen) sort de chez lui et s’apprête à aller soigner ses lapins ; au même instant Jacques Trezères et Jean-Pierre Foix (des vacanciers de Toulouse) s’occupent à déneiger les abords de la maison qu’ils occupent avec des amis. Alors qu’il n’est qu’à quelques pas de sa maison, M. Arnol est plaqué au sol par un souffle violent et quelques secondes après il sent déferler la neige sur lui. Les deux Toulousains qui entendent le déclenchement de l’avalanche sont persuadés « qu’elle n’est pas pour eux ». Pourtant le premier aura juste le temps de se mettre à l’abri dans une grange et le second sera enfoui sous la coulée. Toutefois la nature aura été démente puisque M. Arnol sera dégagé après tout de même une heure grâce au chien de son voisin M. Marcel Aubert qui a permis aux premiers sauveteurs de localiser le vieil homme (lentement commotionné). M. Jean-Pierre Foix fut secouru plus rapidement par ses amis qui le localisèrent au bout de vingt minutes avec des sondes de fortune et dégagèrent un corps inanimé (il reprit cependant rapidement connaissance). L’émotion éprouvée par les deux victimes de cette catastrophe ne fut certainement pas plus forte que celle des premiers sauveteurs (5 à 6 personnes) qui furent les témoins immédiats de l’ampleur de cette avalanche : 7 maisons d’habitation entièrement détruites, 9 autres, dont l’église plus ou moins sérieusement atteinte, un village sinistré à plus de 80 %.
Isolés durant 56 h À partir de cet instant, le village devait rester complètement coupé du monde jusqu’au lendemain lorsqu’un agent de l’équipement s’aperçoit que la route était coupée et donna l’alerte. Les gendarmes du Freney organisaient alors immédiatement les secours. L’E.D.F. arrivait aussi très rapidement sur les lieux et décidait la mise en batterie de groupes électrogènes qui ne purent être héliportés que jeudi. Durant ce laps de temps le village n’avait bien sûr plus d’électricité. Les P.T.T. devaient aussi rétablir une ligne téléphonique assez rapidement.

Une coulée de 4 000 m de front
Cette avalanche a en quelques minutes tout dévasté sur un front d’environ 4 000 mètres ensevelissant maisons et véhicules. (2 automobiles et une fourgonnette) qu’on a retrouvé noyées sous une couche de 4 à 5 m de neige. À l’heure actuelle d’importants moyens sont mis en œuvre pour accélérer le déneigement des abords du village ainsi chaque jour des sections du 93e R.A.M. se reliaient à la tâche secondant les services de l’Équipement qui n’ont pu hier dégager entièrement la route menant au village.

Une avalanche centenaire
M. Maffre (spécialiste des avalanches) sur place pour étudier les coulées de ces derniers jours devait nous expliquer que ce type d’avalanche est un phénomène très rare résultant d’un concours de circonstances se présentant très rarement. De plus logiquement une avalanche à cet endroit aurait dû toucher Clavans-le-Haut (qui a été épargnée). Mais la puissance de cette coulée fut telle que la force fit loi défiant le terrain et la logique. Mme Marie Dussert, une « ancienne » de Clavans ne se souvient pas d’avoir vu autant de neige devant sa maison et pour cause… les congères devant chez elle atteignent’ presque le toit. M. Ribaut, maire, n’a jamais non plus entendu ni son père ni même son grand-père faire état d’une telle catastrophe.

Seules victimes quelques animaux domestiques
En semaine peut de monde vit à Clavans bien que toutes les maisons appartiennent à des gens du pays ceux pour la plupart travaillent en ville. « Si l’avalanche avait eu lieu dimanche » rappelait M. Vivert-Charbonnel « il y aurait eu au moins 20 morts « car à cette heure-là nous nous réunissons tous chez moi pour l’apéritif ». En effet la salle à manger de cette maison fut entièrement remplie de neige : du sol au plafond.

Des secours rapides et efficaces
Des l’alerte déclenchée, les secours furent mis en œuvre coordonnés par le chef Gallien de la gendarmerie du Freney. Immédiatement l’ESF de Bourg-d’Oisans dépêchait sur les lieux des équipements d’Héli-Union, Héli-Service ravitaillèrent les sinistrés d’un matériel important. Soulignons que dans les plus brefs délais électricité et téléphone furent rétablis comme l’accoutumé dans cette région. C’est le 93e R.A.M. qui fut chargé d’envoyer sur place des sections qui participent aux opérations de déneigement.


Reportage INA actualité Nationale Antenne 2
Journal Télévisé du 27 Janvier 1981

Prises de vue réalisées lors du passage des officiels venus constater la catastrophe.

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