Le campagnol au secours du Parc

RATVRILLE CAMPAGNOL AU SECOURS DU PARC Une idée originale, pour un meilleur contentement des touristes dans les sites les plus visités. En avril, surtout le 1er, les poissons ne sont pas toujours très frais. Vivement l’année prochaine ! Si vous pratiquez la randonnée, ou si vous accompagnez vos amis quand ils partent à la découverte des plus beaux sites d’Oisans, il ne vous a sans doute pas échappé, que l’un de ses joyaux touristiques, a depuis quelques années, perdu de sa superbe, car un silence de plomb y règne désormais, se faisant de plus en plus pesant chaque année. Ce site, vous l’aurez sans doute deviné, c’est le Lauvitel, écrin de roche enchâssant un lac d’émeraude, à une petite heure de marche du village de la Danchère. Désormais, sur les rives du lac, seul le murmure du vent accueille les marcheurs, arrivés après bien des fatigues pour apprécier, en famille, ce trésor et écouter le cri des marmottes. Mais ces dernières ne sifflent plus depuis longtemps. La cause de ce silence est due à une ingestion létale de chocolat, que l’animal gourmand et curieux ne sait refuser, quand, d’une main innocente, mais ô combien assassine, le randonneur, pas toujours bien informé ou attentionné, lui tend une savoureuse et mortelle friandise. Depuis quelques années, de nombreuses approches ont été tentées par les différents acteurs du tourisme en Oisans, afin d’endiguer la surmortalité galopante de l’attendrissant rongeur. La mise en place d’une signalétique informative sur les risques encourus par l’animal soumit à un tel régime alimentaire, l’interdiction de donner de la nourriture au rongeur, des patrouilles, et même la contribution furibarde du Père Joseph, les yeux exorbités, brandissant ses bâtons au-dessus de sa tête, tout en fulminant des invectives et autres noms d’oiseaux dans un patois pas toujours local n’y ont rien fait, les touristes donnaient du chocolat aux marmottes, qui le mangeaient et mouraient peu de temps après. Une seconde tentative avait été proposée par un éminent scientifique américain, le Professeur Woodchuck, de Punxsutawney, dans l’état de Pennsylvanie, de traiter le problème par une désensibilisation totale, basée sur un traitement de choc radical, pratiqué directement sur l’animal. Ce traitement reposant sur un réflexe phobique stimulé et intégré dans un protocole se déroulant en trois phases : — Phase 1/la marmotte est immergée totalement dans un bain chocolaté, température d’environ 30°, puis série d’électrochocs sur l’animal. — Phase 2/projection intensive d’images subliminales de campagnes publicitaires sur les confiseries cacaotées impliquant les diverses marques incriminées, puis de nouveaux stimuli électriques. — Phase 3/durant l’hibernation, passage en boucle d’une bande audio sur le froissement provoqué par l’ouverture du papier d’emballage des barres chocolatées suivi immédiatement par le message « NON ! PAS BON, PAS MANGER ! » puis de nouveaux stimuli électriques. Les premiers résultats de cette expérience étaient très encourageants, ils s’accordaient avec les chiffres obtenus aux USA par l’éminent professeur. Effectivement, la baisse de consommation de barres chocolatées, chiffres à l’appui, semblait confirmer que les marmottes éprouvaient maintenant une profonde aversion pour la friandise. Cependant un rapide calcul exécuté par un groupuscule de détracteur au projet, montrait que si, selon les chiffres, les marmottes ne mangeaient plus de chocolat, c’était avant tout parce qu’elles mourraient en masse lors du traitement de choc. Le projet fut donc réajusté en conséquence. De la série d’expériences, seule une projection de films publicitaires entrecoupés de flashs sur les méfaits de l’ingestion de chocolat sur l’organisme de la marmotte fut conservée, les tests en laboratoire étant une fois de plus couronnés de succès. Malheureusement, la transposition de l’expérience à grande échelle sur le terrain sera un échec. En effet, la mise en place d’écrans en sortie de terriers posa quelques problèmes. Tout d’abord les 258 km de câble tirés du village de la Danchère jusqu’aux téléviseurs posés devant les terriers, entravaient quelque peu la libre circulation des animaux et des touristes qui se contusionnaient plus que de raison, se prenant régulièrement les pieds dans les câbles durant la promenade. Mais surtout la mauvaise couverture TNT qui ne permettait pas l’affichage d’un programme de qualité, ce dernier étant continuellement sabré par des pertes de signal, ce qui au final, lassa la famille des rongeurs, qui retourna très rapidement à son addiction chocolatière. Nous ajoutons aussi qu’à de nombreuses reprises, les terriers se trouvaient obstrués par le postérieur des randonneurs, à leur tour posés devant les téléviseurs, tout en consommant des barres chocolatées. Ces insuccès répétés ne décourageaient personne, et différentes nouvelles propositions furent testées. Nous ne les indiquerons pas toutes, voici, à nos yeux, les plus intéressantes : — la mise en place de peluches siffleuses venues directement d’un reliquat d’invendus du regretté magasin de souvenirs « Burgus », bien connu au Bourg d’Oisans. — la proposition de passer des musiques sifflées composées par Ennio Morricone, ou celle du film « le Pont de la rivière Kwaï ». Hélas, à chaque nouvelle solution proposée, se dressait un obstacle insurmontable, problème de piles à changer, problème de droits Sacem exorbitant à reverser… la situation semblait insoluble, et pendant ce temps, les sifflements disparaissaient ainsi que les marmottes. C’est alors, ho comme la nature est bien faite, qu’un adorable petit rongeur, venu du nord-est de l’Europe, commença à montrer le bout de son nez dans nos montagnes. Le Campagnol terrestre, aussi connu sous la désignation plus courante de rat-taupier, s’est fait tout d’abord très discret dans sa prise de possession des lieux avant de se multiplier dans nos prairies, champs, alpages, pour finalement devenir omniprésent dans nos campagnes. Cette prolifération peut sembler problématique pour les non-experts. Cependant quelques témoignages, de plus en plus nombreux, semblent confirmer que quelques touristes en manque de marmottes lors de leurs randonnées alpines, auraient compensé cette absence par un animal de substitution qui n’est autre que le campagnol, le rebaptisant « bébé marmotte » ou « petite marmotte » ou encore « petit marmotton ». Mais bon sang, mais c’est bien sûr ! Le Campagnol est robuste, presque indestructible. Il supporte et s’adapte parfaitement au climat de nos montagnes. Il peut monter à des altitudes élevées, et avantage très important, il présente un faciès avec quatre dents qui le font ressembler, très fortement, mais dans un format miniature, à notre marmotte. Bon d’accord, il ne siffle pas, ou seulement et de façon brève quand, une fois dégagé du piège, on l’achève à coup de pelle ou de talon. Mais cela reste un point de détail. De surcroit et cerise sur le gâteau, il n’aime pas le chocolat. Il n’en fallait pas plus pour envisager de combler le vide provoqué par la disparition de nos marmottes par le trop-plein de nos campagnols. L’idée est plaisante, et il ne faut pas douter qu’elle remportera l’unanimité auprès des villages qui sont les plus à même de fournir gracieusement le Parc en rongeurs pour cette réimplantation osée. Naturellement, pour que cet essai soit transformé et devienne un succès, il est important que chaque étape soit parfaitement cadrée. Tout d’abord, le Parc n’accepte pas les campagnols morts. Ensuite les animaux capturés ne doivent pas être estropiés, il est donc conseillé de les prendre à mains nues, ou à la limite avec des gants, ou des moufles. Enfin, la collecte des animaux ne pourra se faire qu’au printemps, et seuls les couples seront acceptés dans le cadre de la repopulation des zones choisies. Naturellement les femelles seront stérilisées avant leur réimplantation. Pour que tout cadre sur les sites touristiques, une nouvelle signalétique sera prochainement mise en place avec une mise à jour des informations visuelles et textuelles qui figurent sur les panneaux. Ceci dans le but de gommer les différences, de façon à faire correspondre les tailles et les écarts morphologiques entre les deux rongeurs. Il sera ainsi possible de faire passer le campagnol pour une marmotte aux yeux des touristes les plus demandeurs et les moins exigeants. À tous les détracteurs du projet brandissant qu’il y a tromperie sur la marchandise, nous objecterons que cette démarche n’est en aucun point fallacieuse, et qu'elle rejoint la même philosophie utilisée par les grands groupes agroalimentaires ainsi que la grande distribution, qui utilisent les mêmes préceptes substitutifs depuis des années. Pour savoir si votre commune est concernée par le plan de reprise, nous vous invitons à télécharger le dossier Campagnols 2014 en cliquant sur cette adresse.
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