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LES NAINS  DES GROTTES DE MIZOËN, MYTHE OU RÉALITÉ ?

On dit souvent qu’un fond de vérité est à l’origine de chaque légende… Et si la légende des « Nains des grottes de Mizoën » trouvait ses racines dans une réalité historique ?

Les nains et les Alpes
Cette légende (en fin d’article) n’est pas propre qu’au village de Mizoën, elle existe sous différentes versions, qui ont toutes pour point commun de situer l’histoire dans les Alpes (Françaises, Suisses et Allemandes).
Dans ces récits, les nains tiennent souvent un rôle ambigu, ni bon, ni mauvais, parfois farceurs ou manipulateurs, plus rarement, comme dans l’histoire des « Nains de Mizoën », ils s’en prennent aux bébés qu’ils volent dans un des villages voisins de leurs grottes et qu’ils remplacent par un autre enfant nain, une buche ou un petit cochon. D’autres récits moins joyeux relatent la disparition de villageois trop curieux partis à la recherche du trésor des petits hommes.
 Les nains sont différents des villageois leurs voisins. Ils sont par définition petits et habitent des cavernes ou des grottes. On les dit secrets, malins, n’ont pas ou peu de contact avec les habitants des villages alentours. Ce sont des gardiens de trésors, des maîtres des forges et dans les légendes, ils semblent maitriser une connaissance magique qui leur permettrait d’extraire et transformer des profondeurs de la terre, des richesses extraordinaires. Ce sont les mineurs des contes de fées et des légendes, surclassant tous les autres pour trouver les meilleurs filons (souvenez-vous de Blanche Neige et de ses 7 compagnons). Ils n’hésitent pas à utiliser la magie et toutes sortes de sortilèges pour préserver leurs secrets.

Deux hypothèses sont souvent avancées pour donner corps à la persistance des légendes des nains très répandues dans les Alpes. La plus commune est de transposer la représentation des nains et de leur combat face aux hommes, à l’histoire du peuple Ligure (généralement décrit comme un peuple de petite taille et trapu) chassé par les Celtes (décrit comme un peuple de grande taille) en 300 avant J.-C.
L’autre hypothèse, aujourd’hui complètement écartée, faisait partie des nombreuses théories « scientifiques » entre le XVIIIe et milieu du XIXe siècle, avancées pour expliquer les nombreux cas de crétinisme présents dans les Alpes. Certains voyant des similitudes entre les êtres décrits dans les légendes et les « crétins des Alpes », qui, selon eux, disposaient de tous les traits caractéristiques des nains. Cette ressemblance (malingre, de petite taille, laid, geigniard…) pouvant s’expliquer comme une réminiscence des attributs physiques du peuple nains, dont la race était différente de celle des hommes, race aujourd’hui disparu ou dissoute dans la population locale.
Il ne faut pas écarter aussi le côté pédagogique des légendes qui souvent cachent un message ou une mise en garde, en l’occurrence pour celle des nains de Mizoën, on parle de l’appauvrissement et de la dégénérescence d’un peuple qui adopte l’endogamie. (L’endogamie étant un argument souvent avancé, à tort, pour les cas de crétinisme et goitreux des Alpes.)

Une troisième hypothèse peut être avancée aujourd’hui, grâce aux travaux de l’historien allemand, spécialiste des mines, Wilfried Liessmann.
Et si les nains des grottes étaient de véritables nains ou plus simplement des personnes de petite taille.
Cette dernière hypothèse mérite une petite explication.
Pour comprendre, il faut remonter le temps jusqu’au XIe ou XIIe siècle et prendre la route en direction de l’Italie, cap sur Venise. Nous sommes en plein Moyen-Âge, la Cité des Doges est alors toute puissante, immensément riche, c’est la capitale mondiale des arts, de la connaissance, du commerce entre l’orient et l’occident, le centre du monde économique médiéval.
Pour consolider et assurer sa position dominante, Venise possède et préserve trois trésors inestimables, qui, à cette époque, n’ont pas d’équivalent dans le reste du monde connu. Le verre bleu de Murano, les Miroirs parfaits et enfin, des montagnes d’or et d’argent dont la cité semble disposée de façon inépuisable. Ces trois trésors ont tous un facteur commun, ils dépendent tous d’un minerai qu’il faut extraire de la terre.

Le verre bleu de Murano.
L’une des grandes spécialités de Venise en ce début de XIIe siècle est le verre soufflé, et, plus particulièrement le verre bleu de Murano, que la noblesse de tous les pays civilisés s’arrache à prix d’or. Cette production fut délocalisée au début du XIIIe siècle de Venise vers l’île de Murano, qui, dit-on, était une prison dorée pour les maîtres verriers, qui ne pouvaient plus s’en échapper sans risquer la mort. Cette délocalisation était devenue nécessaire en raison des nombreux incendies dévastateurs survenus dans la cité des Doges, catastrophes récurrentes provoquées par les fours des verriers.
Les maîtres verriers disposaient à cette époque d’un inégalable savoir-faire pour souffler et teinter le verre. L’une des couleurs les plus remarquables est le bleu de Murano que l’on disait inimitable. Un verre tellement rare, qu’il devient à cette époque une monnaie d’échange contre d’autres valeurs. Ce bleu si instance était si apprécié et prisé, qu’au début du XIIe siècle une commande très importante fut passée pour décorer les 176 vitraux de la cathédrale Notre-Dame-de-Chartes.
Cette couleur si particulière est obtenue grâce au minerai de cobalt, lui aussi très rare. Minerai qui se trouve de l’autre côté de la chaine des Alpes.

Les miroirs parfaits.
Aux Moyen-Âges et encore après la Renaissance, les miroirs sont aussi rares que l’or. Seuls les verriers de Murano parvenaient à fabriquer un verre suffisamment transparent et lisse, qui ne déformait presque pas le reflet. Miroirs, qui étaient selon certains récits, emprunts d’un pouvoir magique.
Cette transparence était obtenue grâce à un second minerai rare, le manganèse, gisements situés de l’autre côté des Alpes également.

Un trésor inépuisable.
Pour toute transaction, il faut une monnaie d’échange et à cette époque, comme aujourd’hui, l’or et l’argent sont des valeurs sûres, mais aussi très fluctuantes. Pour maintenir la capitale du négoce au sommet de la pyramide économique, les marchands vénitiens devaient trouver encore et toujours de nouveaux filons et extraire toujours plus de minerai. Les meilleures mines étaient dans les montagnes des Alpes françaises et allemandes.

C’est là que les nains rentrent dans l’histoire.
Personnages immédiatement identifiables par leur petite taille, ils étaient appelés « les Vénitiens ». Commandités par les verriers de Murano et les riches marchands de Venise, ils étaient devenus leurs prospecteurs et traversaient les Alpes à la recherche des meilleurs filons.
Ces êtres mystérieux et très secrets semblaient deviner où trouver les filons de cobalt, de manganèse, d’or et d’argent, grâce à une science qu’ils étaient les seuls à connaître. Leurs prospections étaient de loin les plus rentables. Très rapidement, les investisseurs italiens ont compris qu’il était dans leur intérêt d’utiliser le potentiel de ces mineurs atypiques, mais rentables. Un autre avantage avec les « Nains de Venise », et qu’ils savaient se faire discrets. Et si par malheur ils suscitaient une curiosité trop grande, ils savaient s’en préserver grâce à la superstition et les mythes qui les entouraient. Les histoires de magie, de maléfices, de sorcellerie les accompagnaient où qu’ils aillent. Les nains faisaient peur, et la population locale les évitait et restait à bonne distance de leur terrain d’activité. Ainsi, en toute clandestinité, les nains savaient trouver toute sorte de minerais, savaient aussi l’extraire, et en toute discrétion le rapporter à Venise. Toutes ses opérations, sans réveiller la vindicte des princes, seigneurs et villageois des territoires qu’ils prospectaient.
Mais d’où vient cette aptitude à découvrir les minerais ?
Le secret de ces prospecteurs réside sans doute dans leur capacité à bien observer la nature et surtout, décrypter par la lecture de la surface, les signes caractéristiques des trésors cachés dans le monde souterrain.
Pourquoi une telle aptitude chez les nains ?
L’hypothèse la plus probable est que les « nains » étaient en réalité des personnes de petite taille ou peut-être aussi quelques personnes atteintes de nanisme, qui de par leur morphologie était plus efficace pour se déplacer et travailler dans les galeries et boyaux pour en extraire la roche et minerai, et donc, auraient été plus sollicités pour ce type de prospection. Prospection, qui au fil des siècles leur aurait permis d’acquérir un savoir-faire et une connaissance, qui par simple observation leur auraient permis de détecter les sites les plus propices à la mise en place d’un chantier de fouilles plutôt qu’un autre. Des traces et quelques documents semblent étayer cette hypothèse. On peut citer une galerie découverte en Westphalie (Allemagne), où se trouve une de ces mines exploitées par les Vénitiens. Certains boyaux sont très bas et très étroits, très inconfortables pour un homme de taille normale (environ 1,60 cm au XIIe siècle), car la galerie principale ne dépasse pas 1,30 m de haut et certaines veines secondaires ne font pas plus de 50 cm de hauteur.
Il semble qu’il y a eu un amalgame et que ces mineurs de petites tailles, qui partaient par petits groupes pour prospecter dans les Alpes à la recherche des bons filons ait été pris pour des nains. Cependant, une chose troublante laisse planer un doute sur la nature exacte des prospecteurs, l’impressionnante liste des noms de rues, de places, de plaques de maison et de palais de Venise contenant le mot « nani » (nains en français).

Mythe ou réalité ?
L’histoire nous raconte donc que des prospecteurs, de petites tailles ou nains, avaient été diligentés par de riches marchands vénitiens, pour trouver des minerais rares, en toute discrétion, de l’autre côté des Alpes. Au fil des siècles, l’histoire endosse le manteau de la légende, les prospecteurs deviennent des nains mystérieux, magiciens, malicieux et voleurs d’enfants… Pourquoi pas !

La légende.
Sur les hauteurs de Mizoën, un groupe de nains vivait dans des grottes dont les entrées étaient masquées par une forêt dense. En contre bas se trouvait un village gaulois.
Gaulois et Nains vivaient en bons termes, sans se rencontrer, mais dans un respect réciproque. Les nains craignaient les géants gaulois qu’ils savaient bons guerriers, les Gaulois craignaient les nains qu’ils savaient magiciens et jeteurs de sortilèges.

Malheureusement les nains qui ne vivaient qu’entre eux, voyaient leur race souffrir de dégénérescence. Les nouveau-nés étaient rares et quand il en arrivait un, il était malingre, chétif, laid et braillard.
Les enfants gaulois, quant à eux, étaient gracieux, en bonne santé, et vigoureux.
Un jour, la femme du roi des nains décida de remplacer son enfant, braillard par un petit enfant gracieux. Tout d’abord son mari le roi protesta, par peur des représailles, mais face à l’insistance inébranlable de sa femme, céda et accepta de monter le soir même, le rapt de l’enfant gaulois.
La nuit était sans lune, l’expédition furtive et mal attentionnée, constituée du roi des nains, sa femme, son enfant geignard et de deux gardes, se dirigeait en direction du village gaulois.
La substitution de l’enfant fut faite, et les nains retournèrent dans leurs grottes avec le bébé gaulois.
Le lendemain, le peuple des nains découvrit avec stupeur ce nouveau bébé très beau, pendant qu’au même moment plus bas, sur les pentes de la montagne, la mère gauloise était effondrée sur le landau en regardant son enfant devenu laid et braillard, sans doute, pensait-elle, à la suite d’une malédiction ou d’un sortilège.
La mère gauloise pleura si fort que ses sanglots atteignirent les hauteurs de Mizoën et touchèrent la petite reine qui fut prise à sont tour du remords de l’abandon de son enfant et la peine qu’elle avait causée à cette mère gauloise en volant le sien.
Elle décida sans écouter les protestations de son mari de retourner sans attendre au village gaulois pour rendre l’enfant des hommes et reprendre le sien.
La reine se présenta devant la porte et frappa fébrilement. La mère ouvrit, et, sans attendre, arracha le poupon gracieux, qu’elle avait reconnu immédiatement, des bras de la pauvre naine. Cette dernière tenta d’expliquer son geste, elle se confondit en excuses et en piteuses explications tout en récupérant son enfant malingre.
La Gauloise était rentrée dans une fureur épouvantable, criant, vociférant, menaçant, ameutant tout le village. Les nains terrifiés partir avec précipitation se réfugier dans la forêt sans plus attendre.
Les Gaulois alertés par les cris de la femme quittèrent les travaux des champs et rejoignirent le village avec hâte.
Très rapidement, la mère les informa de la forfaiture du peuple nain. Un vent de colère guerrière se souleva dans le village gaulois, qui décida d’anéantir toute trace du peuple nain.
Comme il craignait la forêt et les nombreux sortilèges qu’elle renfermait, les Gaulois décidèrent de la bruler jusqu’au dernier arbre, ouvrant ainsi un passage sans risque jusqu’aux grottes des nains.
Des torches passèrent de main en main, les flammes montèrent et embrasèrent toute la montagne.
Les nains, terrifiés par la colère de leurs voisins, se réfugièrent dans les profondeurs de leur grotte, et très rapidement prirent la décision de quitter les lieux en empruntant des passages confinés et étroits cachés, qu’eux seuls connaissaient. Sans se retourner, ils s’enfoncèrent dans les profondeurs de la montagne et plus jamais on ne les revit.
Avant de disparaitre définitivement, le Grand Magicien du peuple nain, amer et rancunier, décida de jeter un ultime sortilège. Il s’agenouilla, et planta ses doigts dans la terre de la forêt en flamme et invoquât le grand esprit des arbres et lui demanda de tarir le sol sous le brasier, et que de ces cendres plus rien ne repousse jamais jusqu’à la fin des temps. La forêt des nains devint ainsi le Désert de Mizoën, lieu que l’on observe encore aujourd’hui sur les hauteurs du village.
Quand les Gaulois arrivèrent à l’entrée des grottes, ils ne trouvèrent aucune trace des nains, qui s’étaient comme volatilisés. Par crainte de leur retour et d’un nouveau sortilège, ils décidèrent de faire effondrer toutes les entrées des grottes. On dit cependant qu’une d’entre elles aurait échappé à ce châtiment, et que quelques Mizoënets auraient aperçu furtivement, non loin des pentes du Rif-Tor, des petits êtres qui auraient disparu dès le premier regard, instantanément, comme par magie.

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