Les oratoires, leurs origines

 Cliquez-moiLES ORATOIRES - LEURS ORIGINES.
Cet été, dans la salle du Syndicat d’Initiative du Freney-d’Oisans, était présentée une exposition sur le thème des chapelles, oratoires et saints patrons de notre village.
Voici le troisième module qui aborde les oratoires et leurs origines.
Les Croix du Freney-d’Oisans - l’église Saint-Arey - Chapelles et Oratoires de l’Oisans

Les oratoires, dans la forme que nous connaissons, ont sans doute commencé à apparaître vers le XIIe ou le XIIIe siècle. 

Mais ces édifices trouvent certainement leurs origines dans des croyances bien plus lointaines, sans doute plus anciennes que la religion catholique elle-même.
Ainsi les totems, les menhirs, les laraires romains, les arbres et fontaines sacrés et tous les autres sanctuaires issus des proto-religions et croyances païennes, peuvent dans une certaine mesure être considérés comme les ancêtres des « oratoires » chrétiens qui ponctuent les chemins séculaires de nos villages.
Après le passage des premiers évangélisateurs chrétiens (tel saint Martin de Tours), les oratoires et chapelles chrétiens ne se sont pas immédiatement imposés dans nos villages. Cette nouvelle iconographie religieuse s’installera au fil des siècles, après de très nombreuses « campagnes » qui seront reconduites pendant plusieurs siècles.
Dans un premier temps, les croyances endémiques à une population locale très superstitieuse et peu encline à adorer un nouveau dieu imposeront à l’église la christianisation des objets et lieux de cultes païens par l’ajout d’une simple croix.
Très adroitement, les messagers de l’église convertiront les lieux de culte païens en lieux de culte reconnus par l’église. Une conversion nécessaire selon les missionnaires de Dieu, pour pallier la destruction de ces sites mécréants où la nouvelle religion pourra s’installer et évoluer lentement avec l’accord de la population locale.

Les chapelles et les oratoires font partie de ce qu’il est commun d’appeler le « Petit patrimoine religieux ».
Dans nos villages, ces temples avaient plusieurs vocations. Ils pouvaient être le lieu de prières « de proximité » pour les habitants très pieux, qui parfois étaient dans l’impossibilité de se rendre à l’église, éloignée d’une heure de marche.
Ils sont aussi dédiés aux saints protecteurs ou guérisseurs que l’on invoquait par la prière et que l’on fêtait avec les processions ou à l’occasion des nombreuses fêtes religieuses qui ponctuaient l’année.
Presque chaque hameau de l’Oisans dispose de sa chapelle, même ceux qui se trouvent au sommet des chemins les plus escarpés.
Tout comme pour les Oratoires, cet édifice religieux « secondaire » pour une paroisse, n’était pas la propriété de l’église. Des fonds privés ont permis leurs constructions. Ces fonds pouvaient venir d’une famille riche, d’un seigneur, pour marquer le lieu d’une tragédie, ou, comme ce fut le cas pour le hameau de Puy-le-Haut, de toute une communauté en gratitude au saint patron pour la protection qu’il a apporté lors d’un événement exceptionnel.
Depuis les lois de Séparation de 1905, la plupart des églises et chapelles sont propriété des communes.
En Oisans, il n’y a que trois exceptions :
– La chapelle de la Vierge des Glaciers à La Bérarde (propriété du diocèse) ;
– La chapelle Saint-Benoît aux 2 Alpes (propriété du diocèse) ;
– L’église Notre-Dame des Neiges à l’Alpe d’Huez (propriété d’une association).

Les emplacements des oratoires et des chapelles ne sont pas fortuits. Ils s’intègrent toujours parfaitement dans le paysage. Parfois l’édifice devient un point de mire qui indique la ligne à suivre, hiver comme été, sur un chemin de montagne. Parfois, ils se cachent à l’indiscrétion des regards et marquent alors par sa présence discrète, le souvenir et la mémoire d’un évènement particulier ou tragique.
Ce « Petit Patrimoine » constitue un des éléments essentiels de notre « Grand Patrimoine rural » que nous devons protéger avec une attention toute particulière, car il raconte à sa façon une longue page de l’histoire de nos villages. Ces gardiens de pierre, témoins ancestraux indiquent la direction, donne un sens aux chemins, racontent une histoire par le choix des vocables, et sans un mot, ils sont la mémoire de la montagne et la parole des hameaux disparus qui résonne dans le cœur des vivants.

LES ORATOIRES DISPARUS SUR LA COMMUNE DU FRENEY-D’OISANS
La visite pastorale de 1757 relevait l’existence de trois oratoires champêtres, l’un situé au Clos, l’autre au hameau de « Lachanet » et le troisième à quelques pas de l’église.
Il n’y a pas si longtemps sur la commune se trouvait la ruine d’un oratoire dédié à saint Pierre, mais dont la localisation reste incertaine.
L’Oratoire Saint-Roch à quant à lui été remplacé par une très belle et grande croix en bois mise en place par l’Association des Amis de Puy le Haut. Il était situé sur le sentier des « Aiguillettes » à l’intersection des chemins en direction des Prenard (commune d’Auris) au départ du hameau de Puy-le-Bas.
Non loin du pont Ségur sur le chemin conduisant à Mizoën se trouvait l’oratoire du même nom, car le vocable reste inconnu. Cet oratoire fut détruit lors de la construction du barrage en 1935. Le vocable exact de cet oratoire m’est inconnu.

Composition d’un Oratoire
Dans l’hexagone, il existe plusieurs formes d’oratoires. Le style Arbois est le plus représenté en Oisans.

Composition_Oratoire

  1. LA CROIX, elle se trouve le plus souvent au faîte de l’édifice, elle repose parfois sur un globe, elle peut être inscrite ou liée dans une autre forme tel un cœur, couronne, halo lumineux…
  2. LA GRILLE, destinée à protéger la statue du saint de tout acte de chapardage ou vandalisme. Elle peut être fixe, ou montée sur une porte à serrure. Son dessin peut être simple ou orné de décorations très élaborées. Les barreaux peuvent être de section circulaire ou carrée.
  3. LA STATUE, peut être en pierre, en bois, en acier, ou peinte sur une plaque de bois ou encore une simple icône sous cadre avec un ornement décoratif. Elle peut être monochrome ou polychrome, mais la représentation doit, dans la mesure du possible, arborer les marques et attributs distinctifs décrits dans le dogme iconographique catholique, afin de permettre l’identification du saint patron.
  4. LE FÛT, pilier de section généralement carré ou rectangle. Il est habituellement agrémenté d’une corniche sur laquelle repose la niche.
  5. LE TOIT, souvent précédé d’une corniche, il peut avoir, une, deux ou quatre pentes en forme de pyramide pour les oratoires en maçonnerie. Dans notre région, il est le plus souvent recouvert d’ardoise, avant, la couverture pouvait être constituée d’essendoles (tavaillons, planchettes de mélèze), aujourd’hui, il est parfois maçonné recouvert d’un matériau composite imperméable pour les plus modernes.
  6. LA NICHE, partie maîtresse de l’oratoire, est destinée à abriter la statue. Elle peut prendre diverses géométries, mais la plus commune reste la forme cintrée avec une base rectangle et un sommet en arc de cercle.
  7. LE VOCABLE, il n’est pas toujours indiqué. Il peut être un élément ajouté sur un panneau ou directement gravé sur le fût. Il indique généralement le nom du saint patron de l’oratoire.
  8. LE SOCLE et/ou LE SOUBASSEMENT, fondation plane de faible hauteur raccordée au fût.

ASSOCIATION DES ORATOIRES DE FRANCE

Objectifs de l’association :
Promouvoir la Protection et la Sauvegarde des Oratoires de nos Pays de France et de l’Union européenne, qui sont le témoignage de la foi populaire de nos ancêtres à travers les siècles et de la culture et des racines chrétiennes de la France et de l’Europe.
Recenser, répertorier et photographier les oratoires existants.
Établir et publier des inventaires, en alimentant la base de données : www.oratoires.com
Motiver les responsables locaux pour sauvegarder ces édifices.
Faire connaitre ce riche patrimoine religieux, souvent méconnu, par des études, des recherches et des articles de presse, des expositions, des conférences et la publication d’ouvrages spécialisés.
Agir pour sauvegarder les Oratoires en péril.

Info : www.les-oratoires.asso.fr

Conseil de lecture : les Sanctuaires de l’Oisans (cliquez sur le lien).

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