Passion Origami

Vous savez, je plie depuis plus de 27 ans. C’est à l’âge de 8 ans que je découvris cet art appelé Origami.

La grue fut mon premier modèle. Cinq minutes plus tard, j’inventai mon premier modèle : un aigle.

Je pense que le désir de concevoir fait partie de moi. Il est même plus fort que moi. J’ai beau essayer de me brider, je n’y arrive pas. C’est peut-être pour cela que, un bon coup de crayon aidant, j’ai dirigé mes études vers l’art graphique et plus tard vers le dessin publicitaire, l’imagination étant la matière première dans ce métier. Je dois vous avouer que pendant une courte période, j’ai goûté à de nombreuses pratiques artistiques : la sculpture, la musique, la peinture et même le matelotage. Mais chaque fois le même problème réapparaissait, je ne pouvais pas finir un projet sans sortir de la marge, dès que des limites m’étaient imposées, dès qu’une ligne directrice m’était tracée, il fallait que j’en fasse qu’à ma tête et que je sois hors sujet.

J’exaspérais mes professeurs alors je suis retourné à mes premiers amours le dessin et le pliage. C’est dans leurs simplicités que je me complais, une feuille, un crayon pour donner la vie ; une feuille, des mains pour donner la vie, pas d’artifice, juste la simplicité d’un trait, d’un pli. Je choisis donc le dessin pour en faire un métier et l’Origami comme violon d’Ingres. Au fil des années, je plie tout et n’importe quoi. Je dois vous confesser que les bases fondamentales me manquaient et que souvent j’utilisais les artifices du coup de ciseaux et de la colle pour façonner mes idées. Le hasard faisant bien les choses, je tombais sur un article de presse présentant l’Association des plieurs de
papier français. Je pris contact et très rapidement je commandais tous les ouvrages de pliage disponibles. Pendant une année, je pliais les travaux des grands maîtres internationaux du pliage ; Yoshizawa, Momotani, Randlett, Lang, Montroll. Pendant 1 an, j’absorbais de nouvelles techniques, de nouvelles combinaisons. Puis je testais, j’inventais, je modifiais, j’apprenais enfin ! Alors depuis 15 ans, j’invente sans m’imposer de limite, mis à part celle inérante à l’origami pur que je pratique : toujours un carré, pas de colle, pas de ciseaux, pas d’assemblage et comme l’implique la déontologie du pliage, tous mes modèles sont reproductibles. Ces contraintes sont indispensables pour moi, pour le respect du papier, car, sans sa résistance, la matière n’existe pas, sans contrainte l’esprit ne peut plus guider les mains. Ces limites poussent mon ingéniosité et stimulent mon intellect ainsi que ma logique mathématique.
Aujourd’hui, deux choses me stimulent plus que la conception : le casse-tête et le défi que je me lance à chaque nouvelle conception. C’est un peu comme une partie d’échec avec son ouverture, la mise en place d’une stratégie et le mat, le pat ou la défaite. Mais la chose qui m’obsède à me rendre insomniaque, c’est le besoin de posséder, l’instinct du collectionneur en quelque sorte. Je dois posséder mais contrairement au numismate, au philatéliste pas de hasard, pas de chance, pas de centaine de kilomètres et surtout pas un centime à débourser pour obtenir une pièce rare. Ma collection ne dépend que de moi, de mon esprit, de mon temps et de mon travail. Alors, c’est pour cela que je travaille par thème. Je plie un éléphant et il me faut toute la collection d’animaux africains : le lion, la lionne, le gnou…Naturellement, mes publications suivent la même logique, les fleurs, les pliages en pure land (spécifique aux enfants), les animaux africains, les insectes… Parfois j’ai des passages à vide d’un mois où plus pendant lequel je ne touche plus une feuille de papier. Des périodes de sevrage involontaire, naturel mais nécessaires. Lionel Albertino
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