Souvenirs de vacances

Souvenirs de vacances au Freney d’Oisans
Entre 1956 et 1963 c’était deux mois de rêve avec la maison en location à l’entrée du Freney d’Oisans, propriété de Casimir Soudas, cafetier à l’époque au péage de Vizille.
Dans cette grande maison vétuste et pas très confortable, on n’aurait pas donné notre place pour tout l’or du monde. Mes frères et sœurs languissaient de retrouver nos amis, les fils et filles Fège Aristide, les fils Raymond Ougier de l’Hôtel du Centre.

C’étaient des excursions incroyables à la journée, avec nos petites jambes qui nous emmenaient jusqu’au lac Lovitel*. Une peur bleue pour traverser au retour, de nuit, les tunnels de la Rampe des Commères, après avoir frôlé l’incident avec une barque percée sur le lac. C’était la visite de notre copain, Michel Fège, alors berger à Huez, accompagné par son père et un mulet avec charrette qu’on laissait au Puy, pour traverser le Col de Cluy puis la Sarenne.
Et la cueillette des edelweiss au lac du Pontet, où les cars Jouffrey nous déposaient à Villar d’Arène.
La pêche aux petits vairons dans le Chambon et le garde qui nous demande des permis que l’on n’avait pas.
La surveillance des troupeaux de chèvres formés par l’ensemble des chèvres du Fréney ; on regardait leurs déplacements à la jumelle, pour les récupérer le soir avec parfois, en prime, une bonne tomme.

Je me souviens encore, lorsque je descendais une fois à Grenoble chez le coiffeur, il fallait se lever à quatre heures du matin pour descendre avec M. Pierre Ougier, transporteur bois-charbon-boissons-etc. J’avais froid et peur en traversant le village. Après avoir rejoint la R.N. à hauteur de l’hôtel Perrin qui servait de cinéma le mardi soir, je passais devant chez Mme Arlot qui tenait la recette buraliste avec son mari Alexis et qui faisait des « escargots extras ».

Puis c’était l’entrepôt de Monsieur Blanc (maçon). Mademoiselle Blanc tenait mercerie un peu plus loin. Du même côté, après la vieille gendarmerie, je passais devant le bureau de tabac de Monsieur Brun qui faisait aussi cordonnier pour élever seul ses trois filles. En face, l’hôtel-restaurant du barrage, chez Pichoud, en-dessous, la quincaillerie du même nom. Puis arrivait le carrefour pour rentrer par l’ancienne route, avec, à gauche, la Poste, l’hôtel du Centre (Cassini maintenant), à droite, le garage de l’hôtel et le tout petit café du « Grand Louis », lui aussi seul avec sa fille. J’entendais déjà le feu du four à pain de la boulangerie Caix qui touchait le fameux hôtel de l’Europe du non moins fameux propriétaire Maximin Raymond et Madame, avec un âne réputé pour son intelligence.

Après l’Epicerie Pichoud, la colonie, et j’arrivais frigorifié mais à l’heure pour descendre à Grenoble dans un vieux Berliet qui allait faire plein d’étapes avant d’arriver vers 8h1/2 – 9h dans la capitale des Alpes.
Je n’oublierai jamais cette période extraordinaire et la gentillesse légendaire de tous les Frénichons. Les balades, aussi, à Bons par la Porte Romaine, qui nous poussaient parfois chez nos cousins Gravier à l’hôtel « Les Glaciers » pour boire peut-être une menthe à l’eau. Cette cousine tenait aussi baraque de souvenirs sur la plate-forme du barrage et aussi distillerie de lavande à la Limite (Cascade de la Pisse) où subsiste encore un petit bâtiment à côté duquel se trouvait l’alambic.
Mon frère aîné ramassait d’ailleurs la lavande l’été, tout en gardant les chèvres qui s’étaient une fois mises à l’abri dans une petite chapelle existant toujours, et qu’il avait cherchées pendant très longtemps.

Mes souvenirs de vacances me rappellent aussi que lorsque les vannes du barrage se lâchaient et se refermaient rapidement, on attrapait à la main de grosses et belles truites dans les trous.
Pratique interdite, bien sûr, et vivement reprochée par certaines gens du pays, mais à cet âge…Et puis, c’était pour faire plaisir à mon papa qui remontait de Grenoble tous les samedis pour passer le week-end avec nous et montait à pied le dimanche après-midi en famille pour faire la balade jusqu’au barrage.
Ah ! ce fameux barrage EDF ! S’il n’avait pas été construit…Que de propriétés familiales aurions-nous encore dans la plaine, à Pariset et La Villette, au Dauphin (maison natale). Des terrains à l’Alpe du Mont-de-Lans, en arrivant à droite, là où il y a la piste du Fioc et de la Vallée Blanche. Et la maison des Clots, après les Eymes et Singuigneret, écroulée maintenant mais jamais vendue…Ne serais-je pas moniteur, guide, commerçant, hôtelier ? mais ceci est une autre histoire. La dernière propriété se trouve au cimetière de Mizoën où un frère à Papa est enterré, et une plaque à l’intérieur de l’église qui rappelle qu’un Pierre Jouffrey est mort à la guerre de 14-18.

Patrick Jouffrey

* orthographe actuelle : Le lac Lauvitel retour

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