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• mardi 09 février 2021

Thérèse Sclafert, (1876-1959).
Extrait de la thèse pour le doctorat ès lettres : Le Haut-Dauphiné au Moyen Âge

Louis XII vers 1514 source wikipedia

Cette voie offrait sur celle qui contournait le Pelvoux vers le Sud […] l’avantage d’être plus courte environ d’une journée.
[…] Quand on voulait utiliser ce raccourci, il fallait choisir son moment et procéder comme les évêques de Grenoble quand ils visitaient les églises du mandement, ou comme les Dauphins quand ils se rendaient au Bourg-d’Oisans. Ils se mettaient toujours en route en été entre mai et septembre.

Mais même pendant la belle saison, la route du Lautaret présentait bien des difficultés ; en dehors de celles qu’on trouve dans tous les pays de montagnes, chutes de terres et de pierres qui barrent le passage et mettent en danger la vie du voyageur, effondrements du chemin provoqués par la violence des eaux d’orage, elle s’enfermait dans des gorges étroites, obscures, presque désertes comme celles de Livet ou de Malleval où l’on n’avait d’autre voisinage que les rochers et le torrent, et où les bêtes de somme ne pouvaient par endroits s’aventurer sans péril.

Au début du XVIe siècle, le roi Louis XII constatait avec tristesse que : a l’ocasion du très dangereulx, pénible, estroit et rudde chemin et passage qui est en la montagnie d’entre Visille et le Bourg doysens plusieurs gens… allans et venans della les montz, cregnans le dangier de leurs personnes et, biens se soyent diverti et détourné du dit chemin et pour evicter la longueur de l’autre chemin du cousté de la Mure ayent pris et prennent ordinairement leur chemin par la Savoye.

Venue de Vizille et de Séchilienne, la route du Lautaret s’engageait dans la gorge de Livet, où comme aujourd’hui elle franchissait la Romanche au pont de l’Aveynat, longeait le torrent, traversait la plaine d’Oisans de part en part puis remontant au Mont-de-Lans, elle descendait ensuite au Freney où elle rattrapait la Romanche qu’elle suivait dans la gorge de Malleval jusqu’à La Grave, Villard d’Arènes et le Lautaret.

Déserte et silencieuse en hiver, la route du Lautaret, dès que venait la belle saison, était animée par le va-et-vient des muletiers et des voyageurs […]

Toute cette vie qui, en temps ordinaire, s’agitait autour des muletiers et des voyageurs devenait particulièrement intense quand de grands événements historiques comme la présence de la Cour pontificale à Avignon, ou les expéditions des rois de France en Italie, entraînaient des déplacements de populations et stimulaient l’activité des marchands. Alors on eût pu répéter pour le Bourg-d’Oisans ce qu’au XVIe siècle les manants du Mont-de-Lans disaient de leur village :
assis en bon et fertil pays, à l’entour duquel y a de fort bonnes et belles commodités, passent et repassent ordinairement plusieurs marchands et grand nombre de peuple, pour estre assis sur le grand chemin, roule rendant de Lyon à Grenoble, du Bourg d’Oysens à Brianson grand chemin de Piedmont et aussi ès bonnes villes et bons bourgs d’icelluy pais du Daulphiné.

Mais en temps ordinaire, dès que les premières neiges menaçaient de bloquer le Lautaret et de couper les communications avec Briançon, le Bourg-d’Oisans retrouvait la tristesse et l’isolement de ses longs hivers.

source : Lionel Albertino

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• dimanche 07 février 2021

Les mines d’argent médiévales de Brandes-en-Oisans

L’emplacement du site vu en hiver

Dans la seconde moitié du XIIe siècle un village s’implante à plus de 1 800 m d’altitude, sur un haut plateau au cœur du massif de l’Oisans, afin d’exploiter un gisement de plomb argentifère. La mine ferme dans les années 1330 pour cause d’inondation. Le village se vide alors très rapidement de ses occupants.

Le site vu en été

Le site de Brandes est exceptionnel car on y trouve tous les éléments d’une grande entreprise minière et d’un habitat permanent. A cela s’ajoute un fonds d’archives conséquent.
Il faut attendre 1236 pour avoir la première mention écrite du site.
Par testament le Dauphin Guigues-André lègue pour 3 ans le revenu de l’argenteria de Brandis pour la construction de sa sainte chapelle, l’église Saint-André de Grenoble. De nombreux documents tels que l’enquête delphinale de 1250 dite le Probus, la reconnaissance de 1261, les comptes de la châtellenie d’Oisans 1313-1354, les actes d’un procès qui marquent la fin de l’exploitation entre 1321 et 1327, les enquêtes en vue du Transport du Dauphiné en 1339 permettent de suivre l’histoire de ce village.

Reconstitution hypothétique du village et du château de Brandes, dessin P.-Y. Carron, CPI et M.-Ch. Bailly-Maître.

Une fouille archéologique

Quant à l’archéologie, elle apporte les informations matérielles tant sur l’organisation d’un habitat permanent à 1 800 m d’altitude que sur le fonctionnement d’une importante exploitation et fournit des éléments de chronologie qui permettent d’affirmer qu’au milieu du XIIe siècle, le site existait déjà.

CHAPELLE

Saint-Nicolas de Brandes

La chapelle
Le site religieux est implanté sur un éperon rocheux étroit, à l’extrémité occidentale du rocher Saint Nicolas. C’est d’abord une simple chapelle bâtie sur le rocher ; agrandie dans la première moitié du XIIIe siècle elle devient alors une paroisse.

[…]


L’exploitation de la mine d’argent

Toutes les étapes de l’extraction minière se retrouvent à Brandes : extraction, concassage, broyage et lavage du minerai.
L’extraction se fait dans plusieurs chantiers miniers, à ciel ouvert et souterrains, qui s’échelonnent de 1700m jusqu’à 2700m d’altitude.
Elle se réalise au feu car sous l’action des flammes la roche s’attendrit et se desquame et il suffit alors de la faire tomber avec une pointerolle.
Dans les galeries les mineurs circulent parfois sur des planchers suspendus dans le vide, s’éclairant de leurs lampes.

Le sais-tu ? Découverte exceptionnelle, des voies de roulage médiévales composées de rondins de bois et facilitant le passage des traineaux sont encore conservées dans certaines galeries.


Le minerai est ensuite concassé dans des mortiers, simples pierres excavées, à l’aide de percuteurs en pierre.
Il peut être ensuite broyé grâce à des meules fonctionnant par énergie hydraulique.
C’est enfin le lavage qui permet la séparation ultime du minerai d’avec sa gangue, il s’effectue dans de vastes bassins aménagés en bordure d’une grande amenée d’eau, selon un dispositif complexe.
Malgré l’ampleur de cette grande entreprise minière, celle-ci décline tout au long du XIVe siècle pour des raisons techniques (profondeur des galeries, problème d’évacuation d’eau et de gestion des déchets…) et s’arrête définitivement avant le milieu du XIVe siècle.


Texte : Marie-Christine Bailly-Maître
source : Mairie Alpe d’Huez

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• lundi 01 février 2021
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