La bénédiction de la montagne

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Notre-Dame-des-Neige, la Bérarde, carte postale.

LA BÉNÉDICTION DE LA MONTAGNE
Hier à la Bérarde…

Archive André Glaudas : Le Petit Dauphinois, édition du 01 août 1937

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La bénédiction de la montagne

Gestes et chants à Notre-Dame des Neiges

L’assistance sur le terre-plein de la chapelle de Notre-Dame des Neiges, pendant la bénédiction par Mgr Marque.

On pouvait trouver que ça ne commençait pas très bien. Je me suis vu notamment hier, au petit matin, à la recherche de mon autocar, arpentant des rues qui résonnaient étrangement sous mes semelles ferrées à bloc, ce qui me laissait plutôt mal à l’aise, infiniment peu glorieux.

C’est la première fois que je partais à la montagne avec un parapluie. Mais après tout, on allait à la Bénédiction de la montagne, et le ciel se montrait généreux. Il fut d’une largesse presque démesurée.

Alors que je scrutais la rue avec une apparence détachée, maniant avec prudence et modestie mon parapluie, quelqu’un me dit que cette pluie durerait tout au plus trois jours. Comme je partais pour la journée, avec beaucoup moins que ça j’aurais été rassuré.

Mais quand vous saurez que pour me rendre vers l’Alpe, que l’on allait solennellement bénir, je m’intercalais dans la caravane du Cercle Choral Montagnard, vous comprendrez que la fête avait déjà quelques solides attraits.

Chemin faisant, on pouvait goûter non seulement aux plaisirs simples de l’harmonica ou du flageolet, mais encore à ceux des belles voix qui, de tout leur éclat, débordaient bien au-delà des limites de la route.

L’APPEL DE LA MONTAGNE

On sent que le contact avec la montagne devient brusquement plus brutal quand, au-delà du pont St-Guillerme, on s’engage dans le vallon du Vénéon.
Cette fois, l’appel de la montagne devient plus ferme, décisif, on entre dans un domaine peuplé de cimes et de glaciers, et d’êtres humains formés aux luttes âpres d’une nature belle sans doute, mais hostile parfois,’difficile à plier aux désirs, à la volonté. C’est pourquoi la montagne reste la plus forte école.

Venosc dans son nid de verdure, puis Plan du Lac surgissent dans un matin où le soleil, décidément, reste absent. Voici Saint-Christophe en Oisans. Personne n’oublie que la journée est dédiée aux morts en montagne, et c’est une visite au petit cimetière.

C’est comme une page d’histoire ce petit cimetière enfoui sous la verdure.
Des noms gravés sur la pierre, le dur granit de l’Oisans, évoquent des pionniers qui furent à l’origine : Thorant, Zigmondy, Élisabeth Capdepon, et ici sont les restes du Père Gaspard.

Le village s’est préparé à quelque chose d’inaccoutumé. L’animation est grande sur la minuscule place devant l’église, c’est une sorte de cour carrée qui surplombe le Vénéon.

« DANS NOS CŒURS LA JOIE DE VIVRE »

Après la messe, le Cercle Choral Montagnard chante. Il n’y a pas autre chose, c’est tout. Mais ces chants qui, brusquement, s’élèvent au milieu du village produisent une forte impression. Le moment ne manque ni de grandeur ni d’émotion.
On est comme suspendu dans l’attente des plus lointains échos.

Du coup la vie villageoise s’est arrêtée pour laisser, en quelque sorte, toute la place aux résonances du groupe, choral.

L’assistance est bigarrée, abondante. Il y a des touristes, des alpinistes, des vrais et des faux, des montagnards, des négociants aussi. Ce matin-là, les bergers étaient justement descendus avec de lourdes balles de laine tondue sur le dos de leurs moutons. C’est sur la place au ramasseur venu du bout des Hautes-Alpes que se traitaient les affaires et, ma foi, il fallait bien que chacun se défende.

Malgré la gravité des marchés, on négligeait la discussion pour écouter « La Marche des Chanteurs » quand l’air des sommets qui nous enivre met dans nos cœurs la joie de vivre ».
D’autres chants nous transportèrent aussi vers les hauteurs et la connaissance de la joie. Mais il nous fut donné surtout d’entendre dans Saint-Christophe « Les cloches de l’humble chapelle ». Des paroles de Victor Rambaud, une musique d’Edmond Arnaud valurent une création saisissante, d’une merveilleuse pièce de véritable circonstance.

« Les cloches de l’humble chapelle résonnent dans le clair matin » puis les chœurs reprennent : « Chantez, sonnez, annoncez la bonne nouvelle ».

Ce chant, déjà d’une excellente remise au point, fut un vrai régal, il constituera au répertoire du C. C. M. un de ses plus beaux chants. La chorale » le donna hier avec beaucoup d’art…

NOTRE-DAME DES NEIGES

Les voitures prennent la route, de la Bérarde. Là-haut c’est le rassemblement. Les lavandes se penchent tremblantes vers des voyageurs trop pressés, et puis voilà franchis les boqueteaux de bouleaux qui précèdent La Bérarde…
Le village est le groupe d’humanité le plus avancé sur les grand-routes de La Meije, des Écrins, d’Ailefroide, bref des cimes maîtresses de notre Oisans.

La petite chapelle de N.-D. des Neiges est entourée de la foule des fidèles, des visiteurs. On lit au-dessus du porche « Vierge des glaciers, protégez les voyageurs ». Et sur cette plaque un texte rappelle que Boileau de Castelnau et Pierre Gaspard partirent de La Bérarde le 15 août 1877 pour entreprendre et réussir la première ascension de La Meije.

En plein air, malgré la pluie, un office religieux est célébré par l’abbé Barnier, curé de Saint-Christophe.

ET VOILÀ LA RADIO

Imaginez maintenant qu’au fond de la vallée du Vénéon, au point où l’a route s’arrête Alpes-Grenoble est venu installer des câbles, placer un micro. La bénédiction de la montagne et le concert qui suivra seront radiodiffusés par Grenoble et par Lyon.

Notre grand poste régional a fort bien compris que la montagne devait tenir une place très grande dans ses manifestations. Il convient donc de féliciter Alpes-Grenoble de ne rien négliger, et dans la circonstance de n’avoir pas hésité à transporter son micro sur les bords d’un lointain Vénéon.

C’est le commandant Gaillard qui fut en quelque sorte le récitant qui enchaîna toute la cérémonie, il fut un radio-reporter brillant. Il expliqua le et l’origine de la cérémonie maintenant traditionnelle de La Bérarde. Présentant le Cercle Choral il en fit l’éloge le plus mérité.

BÉNÉDICTION

Mgr Marque, délégué de Mgr l’évêque de Grenoble, apporta sa bénédiction â la montagne. Il prononça une allocution où en termes élevés il sut dire que s’il bénissait la montagne c’était pour qu’aucun sentier ne soit mortel aux alpinistes. « Je bénis la montagne, dira-t-il, pour qu’elle donne de la joie et jamais de larmes. »

La cérémonie prit fin avec le C. C. M. qui chanta à l’instant où tintait la dernière note argentine de la cloche de N.-D. des Neiges.

Et ce fut à nouveau « Les Cloches de l’humble chapelle », puis « Le jeune montagnard » et enfin « La Marche des chanteurs ».

Il y avait autour de la chapelle, une affluence considérable, nous soulignerons au moins quelques présences : Mgr Marque, l’abbé Barnier, M. Pierre Lory, le commandant Gaillard et Mme Camps, chef du poste Alpes-Grenoble ; Ferrand, directeur artistique d’Alpes-Grenoble et Mme ; Jacob, Edmond Arnaud, chef du C. C. M. et Mme Léon Deshairs, Herbrand, Collomb, vice-président du C. C. M et Mme ; Victor Rambaud et Mme et M. Carrel maire de St-Christophe-en-Oisans.

Les cérémonies se terminèrent un peu après-midi. La Bérarde en fut quitte ensuite pour connaître l’envahissement permanent et joyeux d’une multitude heureuse d’une jeunesse charmante qui prodigua son sourire et des chansons. La bonne humeur était sans défaut, et l’optimisme, le vrai prince de la journée.

Georges BLANCHON

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