Les mésaventures d’un braconnier de chamois

Photo : Mme Brigitte Monnet

LES MÉSAVENTURES D’UN BRACONNIER DE CHAMOIS

Source : le petit Dauphinois, édition du 27 janvier 1931

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Une chasse aux chamois en Oisans

Le 28 juillet dernier, M. B…, restaurateur aux Sables, commune de Bourg-d’Oisans, recevant dans son établissement deux personnes qu’il ne connaissait pas, mais qu’à leur mine il jugea dignes d’être considérées comme, de bons clients se vanta de leur faire manger du chamois.

Ses deux visiteurs feignirent de mettre en doute la promesse de bonne chère qu’il leur faisait, et, d’un air incrédule, ils le traitèrent de farceur.

Pour les convaincre, le restaurateur alla chercher, et exhiba un morceau de chamois tout récemment dépecé et une patte de cet animal, qu’il eut la gentillesse de leur offrir pour faire, leur dit-il, un porte-manteau.
Or, l’un de ces clients sérieux, à qui le débitant des Sables s’adressait, n’était autre que M. Prince, le sympathique avoué, près du tribunal civil de Grenoble, qui est précisément locataire d’une chasse de l’État voisine et à qui les braconniers enlèvent, chaque année, une grande partie de son gibier.

C’est pourquoi, sur son invitation, les gendarmes vinrent recueillir les déclarations de M. B… qui, s’apercevant alors, mais un peu tard qu’il s’était sottement mis dans la gueule du loup, prétendit que ce chamois, ce n’était pas lui qui l’avait tué, que c’était son beau-frère, un cafetier grenoblois qui l’avait abattu dans la chasse de M. Prince.
Procès-verbal fut dressé ; une instruction fut ouverte, au cours de laquelle la vérité se fit jour, et M. B… fut obligé de se rétracter au sujet de l’accusation qu’il avait portée contre son beau-frère.

C’est dans ces conditions que le restaurateur a été cité devant le tribunal sous l’inculpation de chasse sur le terrain d’autrui et autres infractions connexes.

Malgré sa rétractation, qui semblait admettre qu’il avait abattu le chamois en question dans la chasse de M Prince, M. B… nie tous exploits cynégétiques et prétend encore, contre toute vraisemblance, que ce n’est pas lui qui a tué le chamois.

Quant au locataire de la chasse braconnée, il se porte partie civile, et son avocat, Me Cocat, assaisonne de beaucoup d’esprit la demande de dommages-intérêts qu’il soutient au nom de son client.
Le prévenu est condamné à 150 fr d’amende et à 1.000 fr. de dommages-intérêts au profit de la partie civile.
De plus, les juges ordonnent l’insertion de leur jugement dans les journaux locaux.

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