Je marche, tu marches, il marche…

JE MARCHE, TU MARCHES, IL MARCHE…

J’aime marcher.
Plus que les grandes randonnées, les glaciers, les pentes abruptes, c’est sur les sentiers de traverses que j’aime marcher. Ces antiques liaisons entre les villages qui relativisent le temps et l’espace replacent l’homme dans sa juste proportion face à son environnement. Parfois 20 minutes pour le hameau voisin, une heure pour le prochain village, une demi-journée pour le Bourg… l’espace grandit tout à coup.
J’aime marcher, sans autre but que d’aller là-bas pour voir si j’y suis.

Chacun marche à sa façon :

Il y a le marcheur pénitent, son sac c’est sa croix, il ploie sous elle. Les chaussures entament ses talons, ses orteils, il saigne, il souffre… il est heureux… quelque part. Il atteindra lui aussi son Golgotha.

Le marcheur du versant d’en face, jumelle XXL autour du coup, il se pose à mi-pente et n’a aucune autre occupation que regarder ce qui se passe sur le versant d’en face. Parfois il marche sur le versant d’en face, et il regarde sur l’autre versant, celui d’en face.

Le marcheur des plages, il se distingue immédiatement par la singularité de son équipement : Glacière démesurée, short et marcel ou maillot de bain, lunettes premier prix, mais dernier cri, tongs à déco fleurale ou espadrilles bariolées de circonstances pour ne pas trahir l’ensemble si savamment inadapté.

Le marcheur bourreau d’enfant, au départ, il est toujours très pédagogue, il pérore, il émoustille, il fait rêver. Petit à petit les arguments tarissent. Alors, il négocie chaque avancée, avec force et conviction, 100 m, 50 m, 10 m… Puis vient le temps des menaces. Contre toute attente (les siennes), il finira par céder face au petit être inflexible. Le bourreau devient alors esclave, il se transforme en âne bâté guidé par le petit cornac autoritaire juché sur ses épaules.

Le marcheur omniscient, pas une fleur, pas un insecte, pas un sommet, pas une pierre, pas un oiseau… n’échappent à son savoir encyclopédique. Il marche en parlant, il parle en marchant…
Jamais fatigué… de parler.

Le marcheur une-deux-trois, Branle-bas de combats, lever à 4 h 00 du matin, rangers au pied du lit, sac à dos prêt, une, deux, trois heures d’autoroute ; une, deux, trois heures de montée ; une, deux, trois heures de descente, une, deux, trois heures d’autoroute, mission accomplie.

Le marcheur du dimanche, il a décidé samedi de faire la super balade indiquée par son collègue Gégé. Sans négociation possible, il embarque femme et enfants pour cette nouvelle aventure qu’il promet joyeuse et familiale.
Carte, connait pas ; météo, connait pas ; équipement, connait pas ; conseils avisés de sa femme, n’écoute pas…
Le retour se fera dans un silence presque absolu, avec pour seule litanie le ronron du chauffage de la voiture qui tourne à fond pour sécher les vêtements trempés et réchauffer les corps frigorifiés. « Vivement lundi que je raconte ça à Gégé »

Le marcheur maladroit, multidécoré de l’ordre du sparadrap, Officier de la bande Velpeau.

Le marcheur étourdi, qui parcourt plusieurs fois le chemin de retour la tête basse, fouillant d’un regard désespéré le sol à la recherche des clés de sa maison. Clés qu’il retrouvera bien plus tard dans le sac à dos du petit dernier.

Le marcheur connecté, bras tendu visant le ciel, smartphone à la main, à la recherche d’un hypothétique réseau pour mettre à jour son profil Facebook.
Là, sur ce rocher, au bord du précipice, j’ai une barre…

Le marcheur serial killeur, il continue à gaver les marmottes de barres chocolatées.

Le marcheur de comptoir, Marco Polo des temps modernes, il vous racontera toutes les voies, tous les passages, tous les chemins sans jamais les avoir empruntés.

Le marcheur méprisable, celui qui prend la nature pour un sac-poubelle.

Le marcheur d’hier, bien portant d’aujourd’hui !

Le marcheur d’aujourd’hui, bien portant de demain ?

Le marcheur à vapeur, chemineau de la montagne à la Léon Zwingelstein, machine humaine capable d’avaler des kilomètres de sentier avec pour seul compagnon le sifflement de sa respiration et le souffle du vent en écho.

Le marcheur assoiffé, qui boit les eaux des torrents.

Le marcheur 007, des heures de marche en plein soleil et pas une perle de sueur, pas une auréole sous les bras, pas un épi dans les cheveux.

Le marcheur de harde, tête grise ou blanche, il ne se déplace qu’en groupe de son espèce, généralement déversé par un autocar pourvu de toilettes intégrées. Ils ont une entière confiance en leur leader qu’il considère comme « une personne formidable ».

Le marcheur convulsif et diarrhéique, évolution normale du marcheur assoiffé.

Le marcheur de horde, tête « encasquettée » ou « encapuchée », il ne se déplace en grappe qu’avec des individus de son clan, il est généralement déversé par un autocar pourvu d’écrans vidéo intégrés. Il n’a aucune confiance en son leader qu’il considère comme « un gros naze ».

Marcheur bon copain, qui vous a tanné pendant 6 mois pour faire cette randonnée, qui est arrivé en retard ce matin, qui commence à se plaindre après 30 minutes de marche, qui a oublié son casse-croûte et s’étonne que vous n’ayez pas la délicatesse de l’attendre plus fréquemment. Vous vous demandez alors pourquoi ce gars est un bon copain.

Marcheur animal, mi-homme, mi-chamois, il ne marche pas, il gambade, il ne court pas, il cavalcade. Alors que votre pas devient de plus en plus pesant, le sien, aussi alerte qu’au commencement, continuera d’absorber n’importe quels dénivelés sans le moindre frémissement de naseaux.

Marcheur au long cours, l’œil clair et humide, la peau burinée par le soleil. À froid, comme de vieux gréements, ses articulations grincent, se mettent en place, s’arcboutent, se tendent. Ça y est, le voilà parti, lentement mais sûrement sur un sentier qu’il connaît. Son visage est couvert de sillons, labours épidermiques du temps qui passe sur une vie de marcheur.

Marcheur bon copain suite, celui que vous n’avez pas attendu et que vous retrouvez en compagnie de deux charmantes Suédoises égarées sur le chemin. Vous vous souvenez alors pourquoi il est un si bon copain.

Le marcheur cyclopéen, celui qui passe plus de temps à trier ses photos prises lors de la randonnée que de temps passé à faire la randonnée.

Le marcheur symbiotique, il cherche l’équilibre entre la montagne et lui. Funambule sur le fil d’un rasoir, il oscille entre souffrance et plaisir. Il cherche l’algorithme parfait entre la pente et sa respiration, sa fatigue, sa douleur et son rythme cardiaque. Quand il y parvient, il rentre en fréquence avec la terre. Alors il est bien.

Le marcheur berger, qui ramène sur les chemins les brebis égarées.

Le marcheur en pointillés, il prône l’intermittence, lacets défaits, sac mal réglé, lunettes à nettoyer, gourde mal rangée, le temps de marche est propice à la réflexion qui lui permettra de trouver la raison du prochain arrêt.

Le marcheur frontal, le sentier est un prétexte à la lutte qu’il engage contre son corps, il ne marche pas, il lutte, contre lui-même. Une seconde de moins, c’est la victoire, une seconde de plus c’est la défaite.

Le marcheur bitumé, qui cherche la route qui le conduira aux parkings des lacs de montagne.

Et vous, quel marcheur êtes-vous ?

 

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Printemps du livre en Oisans, 2014.

PRINTEMPS DU LIVRE EN OISANS 2014, UN SUCCÈS !

Nous recherchons toujours le lauréat. 

L’auteur de la nouvelle « Romanche », lauréat du prix littéraire 2014, ne s’est pas fait connaître lors de la manifestation qui s’est déroulée dimanche 6 avril 2014 au Bourg-d’Oisans.
S’il souhaite le faire, il peut nous contacter en remplissant ce formulaire en cliquant sur ce lien : Formulaire de contact.

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Chambon, dans l’ombre d’un Géant

CHAMBON, DANS L’OMBRE D’UN GÉANT

Cet été, le Syndicat d’Initiative du Freney-d’Oisans, propose en partenariat avec EDF et l’association Freneytique une grande exposition sur l’histoire du barrage du Chambon, de 1918 à 2014.

Cette rétrospective abordera le barrage dans son histoire passée, présente et future. Elle proposera, sous la forme de plus de 20 panneaux thématiques toutes les grandes étapes de la construction du géant de 300 000 m3 de béton ainsi que les travaux de confortement réalisés actuellement sur le site du Chambon par EDF Unité de Production Alpes.
Des grands promoteurs du projet aux prouesses techniques d’hier et d’aujourd’hui, de l’essor économique de la vallée aux bouleversements vécus par les villages, des sacrifices consentis aux tragédies vécues, cette exposition abordera un grand nombre de sujets, car elle se veut avant tout représentative d’une époque et d’un bouleversement qui marque encore de son empreinte tout le Haut Oisans.

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Le campagnol au secours du Parc

RATVRILLE CAMPAGNOL AU SECOURS DU PARC
Une idée originale, pour un meilleur contentement des touristes dans les sites les plus visités.

En avril, surtout le 1er, les poissons ne sont pas toujours très frais. Vivement l’année prochaine !

Si vous pratiquez la randonnée, ou si vous accompagnez vos amis quand ils partent à la découverte des plus beaux sites d’Oisans, il ne vous a sans doute pas échappé, que l’un de ses joyaux touristiques, a depuis quelques années, perdu de sa superbe, car un silence de plomb y règne désormais, se faisant de plus en plus pesant chaque année.

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