MADAME LOUISE DREVET

Madame Louise DREVET (par J. JOUVE),
Auteur des Nouvelles et Légendes dauphinoises, Membre de la Société des Gens de Lettres de France, Officier d’Académie.

MADAME LOUISE DREVET 

Source : Gallica

Journal : L’Illustration dauphinoise
Date d’édition : 21 août 1887

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MADAME LOUISE DREVET

C’était en juillet 1867. Je descendais de la plus haute cime du Dauphiné, la Barre des Écrins, conquise pour la seconde fois seulement, pour la première fois par un Français — conquis moi-même à jamais par les merveilleuses beautés des Alpes dauphinoises.
Je crus qu’un récit détaillé de mon ascension pourrait intéresser le public et je me présentai chez le rédacteur en chef du Dauphiné : c’est Mme Louise Drevet qui me reçut.

Si elle me reçut bien, je n’ai pas besoin de le dire.

Elle avait écrit, le 17 juillet 1864, à l’occasion de la première ascension des Écrins, opérée par des Anglais, les lignes suivantes :
« Puissent sir Moore et sir Whymper trouver de nombreux imitateurs en France, surtout puisse leur audace heureuse encourager mes compatriotes un peu trop blasés sur les merveilles locales, et qui se contentent trop souvent de regarder d’en bas ces sommités altières. Car, il en coûte à mon amour-propre national de terminer de cette manière ma relation :

Hurrah for England !

« Qu’un touriste français, dauphinois, s’il se peut, me fournisse vite l’occasion de dire : Honneur à la France ! »

Le même sentiment d’amour-propre national m’avait guidé dans ma tentative couronnée de succès :
aussi nous entendîmes-nous vite, et quelque temps après paraissait dans le Dauphiné mon second article de journal.

On me pardonnera d’évoquer ces souvenirs. Ils expliquent pourquoi la tâche qui m’incombe m’est particulièrement chère et pourquoi, si je l’entreprends avec une certaine crainte de rester au-dessous, je m’y sens néanmoins invinciblement attiré.

Le Dauphiné était alors dans sa quatrième année d’existence : c’est dire qu’il est dans sa vingt-quatrième aujourd’hui. Il avait été fondé le 15 mai 1864, avec un but nettement défini dont il ne s’est écarté jamais : il se proposait tout ce qui pouvait accroître la renommée des eaux minérales de la contrée et celle de la montagne dauphinoise, tout ce qui, par conséquent, pouvait en augmenter la prospérité en y attirant de plus en plus le visiteur. Il promettait, entre autres choses, pour chaque numéro, un article historique sur le Dauphiné, le récit de quelque excursion de montagne, l’indication des principales ascensions faites pendant la semaine, celle des guides recommandés pour les courses alpestres, etc., etc. Il entourait sa première page, comme d’une couronne glorieuse, des noms de toutes les principales cimes, de tous les sites remarquables de la région, et il terminait ainsi son appel :
« Que tous ceux qui aiment leur pays viennent à nous ! »

Dix années, il ne faut pas l’oublier, devaient s’écouler avant la création des sociétés alpines, le Club Alpin français, la Société des Touristes du Dauphiné, qui ont tant fait depuis pour la même cause. Le Dauphiné fut donc un clairvoyant et puissant précurseur, un apôtre dont les prédications ardentes et infatigables ont porté leurs fruits, et, si je m’attarde ainsi à ses débuts, c’est qu’il a été la grande œuvre de Mme Louise Drevet, celle d’où dérivent toutes les autres et qui met autour de sa renommée d’écrivain la plus brillante auréole.

L’appel du Dauphiné fut entendu et c’est plaisir de relever, parmi les noms des abonnés-fondateurs, avec celui de M. le comte Louis de Saint-Ferriol, qu’il faut placer en tête — il n’est pas nécessaire que j’en donne la raison — ceux de MM. Eugène Charrière, le marquis de Bérenger, H. Gariel, J.-J.-A. Pilot, Casimir Périer, Mathieu de Ventavon, Félix Leborgne, Champollion-Figeac, Ravanal, le maréchal Randon, ministre de la guerre, le général comte de Monnet, Vinoy, le marquis de Monteynard, E. Chaper, A. Albert, A. Kléber, Jules Taulier, E. de Montgollier, le P. général des Chartreux, Paul Breton, Aimé Irvoy, H. Blanc-Fontaine, Roland, le fameux chanteur.

Nombre d’entre eux se firent les collaborateurs du nouveau journal qui a vu passer dans ses colonnes, on peut le dire, tout ce que l’art, l’histoire, la science et la littérature ont eu d’éminent en Dauphiné depuis vingt années.

Mme Louise Drevet était l’âme de ce mouvement littéraire et artistique : tantôt sous son nom véritable, tantôt sous des pseudonymes variés, chroniqueur spirituel ou romancier attendri tour à tour, elle prodiguait les trésors de sa plume facile et féconde.
Elle luttait sans relâche pour la petite patrie dauphinoise, comme elle l’appelle, et payait intrépidement de sa personne. Son amour de la montagne n’était pas une figure de rhétorique, et l’admiration qu’elle cherchait à inspirer aux autres, elle l’éprouvait elle-même et la nourrissait à ses risques et périls personnels.

En juillet 1866, surprise, à Chamrousse, par une affreuse tempête de grêle, elle faillit périr avec ses compagnons. Cela ne la décourageait pas. « Je vais flâner un peu pour reprendre des forces, disait-elle, et recommencer au plus tôt à courir la montagne.
Je suis incorrigible. »

Hélas ! elle ne l’était que trop. En 1873, sur cette même montagne, un accident terrible, une chute de cheval lui advint, qui, non seulement la mit à deux doigts de la mort, mais laissa dans son organisation délicate des traces profondes et douloureuses, et fit d’elle pendant longtemps, suivant sa propre expression, « une créature presque uniquement contemplative et souffrante. »

On put croire un moment sa vie d’écrivain irréparablement brisée. Une année durant, les colonnes du Dauphiné, pour ainsi dire en deuil, restèrent vides de son nom.

Aussi, quelle joie ce fut pour ses amis lorsqu’enfin il y reparut ! L’un des plus illustres, le poète Émile Deschamps, lui témoignait la sienne en ces termes :

Vous nous revenez ! Voilà bien
Ce qu’au Ciel, comme un bon chrétien,
Depuis si longtemps je réclame.
Je voudrais vous dire combien
Cela me fait plaisir, Madame.
Il s’en est fallu presque rien
Que vos jours aient rompu leur trame ;
Grâce à votre ange gardien,

Vous nous revenez.

Puissiez-vous, avec son soutien,
Reprendre bientôt l’entretien
Annoncé dans votre programme
Et nous prouver, par ce moyen,
Qu’avec votre esprit, douce flamme,

Vous nous revenez.

12 mai 1874.

Depuis lors, Mme Louise Drevet a repris sa tâche, et sa « douce flamme » s’est répandue dans une infinité d’œuvres où elle brille du plus pur éclat.

La Société des gens de lettres s’honore de la compter parmi ses membres ; les palmes d’officier d’Académie lui ont été décernées ; l’Académie française l’a récompensée deux fois. Ce qui la récompense mieux encore, c’est le séduisant attrait qu’exerce son talent sur le public.

Ce talent, chercherai-je à l’apprécier ? Il échappe à l’analyse ; il est fait de grâce et de simplicité, de sentiment, de tendresse voilée, d’amour délicat et fin de la nature, de singulière aptitude à en rendre sans effort, en quelques traits, soit les majestueuses, soit les discrètes beautés.

Pour employer une expression toute moderne, mais qui sert le mieux ma pensée : il est d’une féminilité exquise. Depuis l’accident dont j’ai parlé, il s’est empreint d’une touchante et irrésistible mélancolie, et l’on pourrait mettre en tête de la plupart des Légendes et Nouvelles dauphinoises cet avertissement qui précède l’une d’elles : « S’il vous reste encore quelques larmes dans le cœur, prenez garde, vous allez pleurer ! »

Mais Mme Louise Drevet n’est pas seulement la Dauphinoise éprise des merveilles de son pays natal et vouant sa vie à les célébrer : elle n’est pas seulement le fin chroniqueur dont le crayon a couru sans se lasser durant plus de vingt années ; elle n’est pas non plus uniquement la femme qui a courageusement souffert et qui nous raconte d’une voix pénétrante, avec un accent douloureusement persuasif, les souffrances et la résignation des autres, ni l’habile charmeresse qui, d’un coup de baguette magique, ressuscite le passé local et le fait revivre sous nos yeux dans ce qu’il eut de plus grand, de plus bienfaisant et de meilleur ; elle est aussi l’écrivain vaillant qui combat pour la gloire et pour le salut de la grande patrie après avoir servi de son mieux la petite, les enveloppant toutes deux dans le même dévouement et la même tendresse.

La plume qui traça le vigoureux et patriotique portrait de l’héroïne du Dauphiné, pendant l’invasion de 1692, de Philis de la Charce, donnant celle-ci en exemple à toutes les femmes dauphinoises, à toutes les femmes françaises, est également celle qui, en l’année terrible, ranimait de son mieux tous les courages, faisait appel à tous les sacrifices et réclamait, de la généreuse ardeur des lecteurs du Dauphiné, des armes pour nos remparts.

C’est un trait caractéristique que cet aspect nouveau d’un talent si varié qu’il touche aisément d’un côté aux fibres les plus délicates et les plus cachées, de l’autre aux plus puissantes et aux plus viriles émotions de l’âme humaine. Philis de la Charce et l’Invasion du Dauphiné en 1692, vient d’être édité à Limoges, sous forme de livre de prix, à des milliers et des milliers d’exemplaires. Il ira porter de tous côtés dans les écoles, parmi les jeunes cœurs qui s’y pétrisssent, avec le renom de notre contrée et l’illustration de ses gloires, le vif désir de la visiter un jour.

Ainsi, les deux grands sentiments qui ont inspiré l’œuvre si étendue de Mme Louise Drevet se prêtent un mutuel appui et mêlent, pour ainsi dire, leurs résultats en un triomphant succès qui doit être souverainement doux à son cœur.

HENRI VINCENT.

Les romans, nouvelles et études de Mme Louise Drevet forment, dans la Bibliothèque littéraire du Dauphiné, la collection des Nouvelles et Légendes dauphinoises, qui se compose à ce jour d’une cinquantaine d’ouvrages, parmi lesquels on peut citer :
Le Petit-fils de Bayard. — Le Secret de la Lhaude. — Philis de la Charce. — Dauphiné Bon-Cœur. — La vallée de Chamonix et le Mont-Blanc. — Antonie. — Mémoires d’un suicidé. — Les Diamants noirs. — La Maison mystérieuse. — Le Cœur et la Tête. — Un Orage domestique. — Les Bessannes du Manilieu. — La Pierre tombale. — Un Brigand de contrebande. — Pascal Dupré. — La Malanot. — Jérôme-le-Têtu. — Le Gant rose. — En Garnison. — Le Saut du Moine. — La Pierre du Mercier. — Le Saule. — L’Incendiaire. — Les Trois Pucelles. — Colombe. — La Ville morte des Alpes. — Une Étoile filante. — La Perle du Trièves. — Une Patriote ou l’Invasion du Dauphiné. — Le Violonaire. — La Landrine. — Les Lavandières du Mont-Aiguille. — La Semaine de Jean Coliquard. — La Ménagerie de Ména. — Le Château du roi Ladre. — La petite Isèrette. — Le Prince-Dauphin et la Belle Vienne. — Un Geste de Charlemagne. — Le Songe du Prince-Évêque de Grenoble. — La vallée de la Bourne. — En diligence, de Briançon à Grenoble. — Promenade en Dauphiné. — Le Couteau de Jeannot. — La Dame du Lac, etc.

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