1812 POIDS ET MESURES EN OISANS

1812 VÉRIFICATION 
DES POIDS ET MESURES EN OISANS

Archives :  André GLAUDAS

Sujets connexes : 
La Grave en Oisans
La Grave pour un retour en Isère

NOTA : Ce document devait être produit sous la forme d’un affichage public. Il annonçait la mise en vigueur du décret impérial du 12 février 1812, et l’application généralisée des poids et mesures en France ainsi que le contrôle par des agents départementaux désignés comme « vérificateurs ». L’administration napoléonienne souhaitait, par ce décret, lutter contre les fraudes commerciales et imposer l’uniformité des mesures métriques.

Cette archive est également intéressante pour l’Oisans, car elle indique que Le Bourg-d’Oisans, chef-lieu du canton, centralisait et correspondait pour les habitants des communes voisines au lieu de contrôle des instruments de mesure pour « vérification annuelle ».

En Oisans, comme partout ailleurs en France, les poids et mesures ont été marqués par une grande diversité et variabilité avant l’unification napoléonienne.

Historiquement, les unités différaient avec un écart plus ou moins important d’une paroisse à l’autre.
Voici quelques exemples : 
– La toise : une toise-étalon était gravée dans le rocher au lieu-dit « Le Fond des Roches » près du Bourg-d’Oisans. En 1783, on s’aperçut qu’elle était plus courte que la toise delphinale officielle ;
– le setier de grains valait 80 litres au Bourg-d’Oisans contre 60 litres à Briançon ; 
– la sesterée représentait la surface pouvant être ensemencée par un setier de grain, mais sa valeur variait de façon significative entre la plaine (900 toises carrées) et la montagne (576 toises carrées).

Bien que le système métrique décimal que nous connaissons aujourd’hui ait été instauré sous la Révolution, son usage dans le pays, et plus encore dans les campagnes et nos montagnes, restait difficile pour la population, qui avait beaucoup de mal à comprendre ce nouveau principe de division par dix. Napoléon demande alors à son administration de mettre en place une réforme majeure par le décret du 12 février 1812, créant les « mesures usuelles » :
Le décret autorise l’emploi de noms familiers connus de la population : pouce, pied, toise, livre…, mais ceux-ci doivent être rattachés aux nouvelles unités métriques pour le commerce de détail.
Ainsi, la toise est fixée à exactement 2 mètres au lieu de 1,949 m (divisée en 6 pieds) ; la livre est fixée à 500 grammes (un demi-kilogramme), divisée en 16 onces ; le boisseau (mesure des grains et céréales principalement) est fixé à 1/8 d’hectolitre (soit 12,5 litres) au lieu de 16,58 litres. Selon les sources consultées, l’aune (mesure des toiles et étoffes principalement) est fixée à 1,20 mètre au lieu de 1,188 m.

Si ces mesures « de transition » sont tolérées lors des échanges courants pratiqués par la population, le système décimal légal reste le seul officiel, enseigné dans les écoles et utilisé par l’administration.

Cette période allant de 1809 à 1812 marque donc une transition et une forme de résistance face au système métrique pur, qui doit s’imposer, mais qui laisse supposer à la population qu’elle est perdante dans ce nouveau calcul de mesure et son application. L’État concède un retour partiel aux divisions duodécimales (par 12, qui possède beaucoup plus de diviseurs entiers : 1, 2, 3, 4, 6 et 12, alors que 10 ne permet que 1, 2, 5 et 10), facilitant les échanges commerciaux, tout en maintenant les étalons physiques du mètre et du kilogramme.

Le sujet des mesures anciennes est très vaste, pour en savoir plus : Généalexis

ANNONCES.
453
DÉCRETS IMPÉRIAUX,

ISÈRE
SOUS-PRÉFECTURE DE GRENOBLE.

POIDS ET MESURES.

Grenoble, le 27 Mai 1812

L’AUDITEUR AU CONSEIL D’ÉTAT,
SOUS-PRÉFET DE L’ARRONDISSEMENT DE GRENOBLE,

A M. le Maire de la Commune de [Le Bourg-d’Oysans] mention manuscrite

MONSIEUR LE MAIRE,

Conformément aux arrêtés de M. le Préfet du département de l’Isère, des 1er avril et 8 août 1809, qui vous ont été transmis, M. le vérificateur des poids et mesures se rendra dans la commune du Bourg-d’Oysans, chef-lieu de votre canton, le jeudi dix-huit juin à neuf heures du matin, et en repartira le dix-neuf après la journée finie.

Je vous invite à prévenir, par affiches et sans aucun délai, les marchands, fabricans, débitans et meûniers de votre commune, qu’ils sont dans l’obligation de faire porter, dans cet espace de temps, leurs poids, mesures et balances, ainsi que les barraux (Nota : petits tonneaux ou barils) destinés aux transports des vins, dans la maison commune afin de les y faire vérifier et marquer en 1812, comme ils doivent l’être chaque année, pour ne pas encourir les peines portées par les lois des 22 juillet 1792, 1er vendémiaire an 4, et par le Code pénal.

Je crois inutile de vous rappeler quels sont les devoirs que vous imposent vos fonctions, pour cet objet essentiel d’une bonne police ; vous êtes chargé, Monsieur le Maire, d’accompagner M. le vérificateur ou son adjoint, et de dresser procès-verbal de toutes les contraventions qui seraient découvertes : dans le cas où une circonstance extraordinaire ne vous le permettrait pas, vous devez charger votre adjoint à la Mairie, de vous remplacer. Ce dernier, remplissant vos fonctions, ne peut se dispenser de dresser, s’il en est requis, et comme vous l’auriez fait vous-même, contre tous contrevenans aux lois et arrêtés sur le système métrique, un procès-verbal dont M. le vérificateur ou son adjoint doit garder copie pour me la transmettre, en me rendant compte des résultats de sa visite dans votre commune.

Je vous engage, Monsieur le Maire, à apporter tous vos soins pour l’exécution des mesures contenues dans ma lettre, et à m’en accuser réception, en m’annonçant que les affiches qu’elle demande ont été placées.

Recevez, M. le Maire, l’assurance de ma considération.

L’Auditeur Sous-Préfet,

L. DIDIER.

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