LA BATAILLE DE LA PAUTE (1585-1588)
Sources :
–Archives André Glaudas,
– Gallica.
Sur le même sujet :
1686 Le Journal de Jean Giraud
À la fin du XVIe siècle, durant les guerres de Religion, deux faits militaires vont marquer durablement l’Oisans. Deux actes de guerre impliquant le futur connétable Lesdiguières (François de Bonne).
Le premier se déroule en 1585, et prend la forme d’une embuscade ; le second se déroule trois ans plus tard, en 1588, sous la forme d’un siège qui se conclura par une grande bataille et le retrait contraint des troupes de Lesdiguières.
En 1585, Lesdiguières, alors jeune capitaine, chef des huguenots (protestants) du Dauphiné, qui s’est déjà rendu maître de Mens et de La Mure, tente, par surprise, de s’emparer du Bourg-d’Oisans en passant par le col d’Ornon.
Les catholiques en place au Bourg-d’Oisans sont prévenus de ce projet : ils lui tendent un guet-apens au lieu-dit du Fond des Roches, non loin de La Paute, à peine à deux kilomètres du Bourg. Très rapidement, les troupes huguenotes perdent toute consistance, c’est la déroute, on sonne la retraite en direction du Valbonnais.
En 1588, durant le siège du Bourg-d’Oisans, entre octobre et novembre, installé dans le hameau de La Paute après être descendu par le vallon de la Lignarre, Lesdiguières s’empare d’un moulin défendu par une cinquantaine de soldats catholiques. Puis, après avoir traversé le torrent de la Romanche à gué, il fait reconnaître les positions ennemies et fait établir des barricades au Fond des Roches, lieu qui avait connu sa déroute trois ans plus tôt. Son but est simple : renforcer le siège et priver l’armée catholique de tout ravitaillement. Sans attendre, il brûle et rase les récoltes et habitations des environs.
Le 1er novembre 1588, éclate une violente bataille au Fond des Roches. Le capitaine des huguenots, Bousquet, meurt dans la confrontation. Les troupes de Lesdiguières perdent leur avantage, elles commencent à reculer. Un deuxième assaut du capitaine La Croix de Tallard parvient à repousser les troupes catholiques, perdant de nombreux hommes sur le champ de bataille.
Le succès de la contre-attaque ne dure pas : les catholiques voient déboucher par la montagne des renforts, ce qui oblige finalement Lesdiguières et ses troupes à abandonner en catastrophe le siège et, dans la débandade, à fuir par le col d’Ornon.
Pour la population de la Paute et du Bourg-d’Oisans, les combats eurent des conséquences désastreuses.
La stratégie de la terre brûlée pratiquée par Lesdiguières, et ses débordements, provoquèrent aussi un incendie sur une partie du Bourg-d’Oisans, avec la perte de nombreuses récoltes, de maisons, dont une partie des archives de la communauté bourcate.
On dit que, dans un rocher au Fond des Roches, une croix gravée rappellerait encore aujourd’hui l’emplacement où furent ensevelis plusieurs soldats tombés lors de ces affrontements.
Cette bataille, ou plutôt cette déculottée n’est pas mentionnée dans le Journal des guerres de Lesdiguières. Cependant, une trace écrite existe, elle figure dans un ouvrage manuscrit dont l’auteur était anonyme, consultable à la bibliothèque de Grenoble. Le manuscrit sera publié en 1855, dans un ouvrage regroupant plusieurs autres transcriptions inédites, dont le manuscrit de Grenoble, qui sera attribué au capitaine Arabin, et dont le titre est :
MÉMOIRES DE CE QUE J’AY APRIS OU VEU DU COMMENCEMENT DE LA FORTUNE DE MGR LE CONNESTABLE DES DIGUIÈRES, ENSEMBLE DE SES EXPLOITZ, AYANT EU L’HONNEUR, EN PLUSIEURS DE SES RENCONTRES, DE LE SUIVRE — 1562-1588.
Après quelques recherches, voici ce que nous trouvons sur ce capitaine Arabin :
Le capitaine Laurent Arabin est l’auteur du « Mémoire de la vie de Monseigneur le connétable des Diguières », dans lequel il retrace les premiers faits d’armes de Lesdiguières.
Cet homme est un fidèle et compagnon d’armes de Lesdiguières, qu’il a accompagné dans de nombreuses batailles. Un portrait lui est consacré sur cette page consacrée à la Famille Arabin de Corps.
Voici l’extrait de son témoignage sur la bataille de La Paute, page 91 :
1562-1588.
…
Je ne puis oublier le siége du Bourg d’Oysans, où le sieur de Beaumont tenoit pour nous à l’ennuy de MM. de Maugiron et de Gordes, qui l’assiégèrent avec environ 6,000 hommes et quelque artillerie. Monseigneur ayant eu le vent de ce siége, part des Diguières avec ses troupes, nous conduit à la Paute, un quart de lieue du Bourg, où nous passâmes la rivière et forceasmes le corps de garde des assiégeants dans des moulins et dressâmes une escaramouche entre les deux ponts, la plus belle que j’aie ouï renommer et priser ; elle durast quatre heures et demie et plusieurs des plus braves de part et d’autre y heurent de l’honneur et des coups ; enfin par dextérité nous blocquâmes si bien les assiégeants, qu’eussiez dit estre siège sur siége, car ils se treuvèrent entre nous et les nostres assiégés et engagés si à-propos, que sans le secours qui survint ils estoient nostres. Mais le sieur de Chevrieres, adverty de leur infortune, les secourut avec bien 3,000 hommes. Nous leur coupâmes chemin et suivirent le long de la rivière pour ne nous oser aborder, et sur ces entrefaictes, M. de Maugiron et les siens attaquoient furieusement nos barricades, où ils tuèrent le capitaine Bousquet, de Sisteron, et sans la prévoyance et courage de M. de Lacroix, de Tallard, secondé par le capitaine Roure, de Corps, avec sa compagnie, nous estions tous perdus, mais leur valeur et prouesse repoussa le malheur sur nos ennemis, desquels bien trois ou quatre cents et plusieurs capitaines demeurèrent sur la place. L’ennemy regrettoit fort cette perte.
Pas un mot sur la retraite… Ainsi s’écrit l’histoire.

