LES GAUCHOIRS

Pont des Gauchoirs et de la Danchère, carte postale fin XIXe début XXe.

LES GAUCHOIRS

Sources : Archives André Glaudas, – 1998

Sur le même sujet : 
– Le Lauvitel et ses truites
– Le chanvre en Oisans

Enfoui dans les frondaisons parées de la chaleur de ses cuivres et ors d’un automne tardif, se niche un hameau vieillissant au passé mouvementé, aux confins de la grande plaine de l’Oisans , aux marches de la sauvage vallée du Vénéon. Vous l’avez deviné, il s’agit des Gauchoirs, le gardien de la perle du Parc des Écrins « Le Lauvitel ».
Le lac Lauvitel et ses alpages alentour sont du domaine des Gauchoirs. Les crêtes des montagnes de ceintures sont ses frontières.

Certes, Villard-Notre-Dame fait valoir l’indivision de Clos Courfat au pied de l’aiguille du midi jusqu’à la Croix de Côte Belle, mais qu’importe ce détail.
Les pâturages de ces lieux, aujourd’hui si touristiques, étaient source de revenus. En 1873, ils sont alloués pour 305 F. à
Jacques Lombard, berger de Bourg d’Oisans et en 1876, le bail passe à 480 F. au profit de Jean Martin.

Une délimitation de 1827 nous apprend que, dans les temps médiévaux, le prieur de Saint Robert (Prieuré conventionnel bénédictin de Saint Robert de Cornillon, près de Saint Egrève, qui possédait des terres en Oisans) fit construire une muraille qui séparait ses propriétés de celles de Venosc et que depuis la montagne de Rouif se dénomme la Muraillette.
L’existence des Gauchoirs est donc très ancienne. L’étymologie du nom l’atteste : les gauchoirs étaient des appareils utilisant la force de l’eau pour travailler le chanvre. Ils devaient être nombreux pour avoir donné leur nom au village.

Quant à l’eau, elle gazouille de partout. Sa force motrice faisait fonctionner avant le 18e siècle des moulins pour la farine et des foulons (les foulons sont des pilons ou marteaux mus par la force de l’eau qui frappent de haut en bas) pour la clouterie rattachée à la Paroisse de Bourg d’Oisans et peut-être un temps à celle de Villard Reymond (aujourd’hui Villard-Notre-Dame), le village a dédié sa chapelle à Saint-Barthélemy qu’il honore tous les 24 août. Ah ! les vogues d’antan avec leurs bals musettes, leurs repas champêtres bien arrosés avec tartes et pognes ! le restaurant du Chamois d’Or en a été longtemps l’animateur.

Les Gauchoirs et ses deux voisins, le Sarret et Pont Escoffier, ont toujours eu une population très limitée. En 1700, on dénombre 50 âmes.

En 1790, lors du nouveau découpage administratif, les Gauchoirs sont érigés en Commune (voir note).
Au recensement de l’An II, on dénombre 100 habitants pour 19 familles et 12 francs de revenu annuel. C’est peu et peu viable, aussi le 16 frimaire An III (6 décembre 1794), les Gauchoirs sont rattachés au Bourg d’Oisans.
L’attachement indéfectible des Gauchandiers à la cause napoléonienne est récompensé.

Le 9 brumaire An X (31 octobre 1801), Bonaparte redonne aux Gauchoirs son statut de commune indépendante. Hélas, après une belle embellie en 1810 avec 107 habitants, on assiste à un déclin inexorable de la population.

Une loi du 17 mai 1846 rattache définitivement les Gauchoirs à Bourg d’Oisans. À ce sujet, une note manuscrite retrouvée dans les archives exprime cette remarquable sottise « que les Gauchoirs sont plus près de Villard ».
L’auteur anonyme ne connaissait que la carte planimétrique.
Le village venait de perdre définitivement son indépendance, il gardait sa fierté et son courage, facteurs indispensables pour résister à l’usure du temps.

La belle saison était consacrée aux travaux des champs, il fallait rentrer le bois et les herbages pour l’hiver. La mauvaise saison venue, les hommes valides partaient au traditionnel colportage. Ainsi, un vieux parchemin de 1608 nous signale que Jean Gonnet, fils à feu Antoine, marchand colporteur des Gauchoirs, s’associe aux frères Argentier.

On assiste au fil du temps à quelques transformations.

Le chemin de la rive gauche, rongé par le torrent et encombré par les éboulements, est abandonné au profit de la route par le pont des Ougiers à la fin du 19e siècle. À la même période, les enfants fréquentent la nouvelle école des Ougiers, commune à tous les hameaux avoisinants. En 1876, on refait le four banal pour 250 F. Le hameau de Pont Escoffier qui compte 9 habitants en 1815, se meurt pour disparaître définitivement.

Ainsi va la vie.

Aujourd’hui les derniers habitants cherchent à survivre pour garder intact ce havre de paix et de sérénité.
Les sommets s’estompent sous la brume des premiers frimas.

On ferme les volets dans le jour déclinant, dans l’attente du lendemain, dans l’attente de jours meilleurs.

André Glaudas 1998

NOTA : sur la période prérévolutionnaire et l’indépendance des Gauchoirs et sa fusion au Bourg-d’Oisans (1794 – 1846), voici quelques précisions : 

Après la Révolution, le hameau devient village et commune indépendante (vers 1794/An III). Avec seulement 86 habitants en 1841, l’administration envisage son rattachement avec une autre commune : Venosc ou Le Bourg-d’Oisans…
Au mois de mai 1841, une enquête publique révèle une opposition farouche des Gauchandiers qui dénoncent le mépris des venosquins, commune bien plus riche que les Gauchoirs. Ils craignent que leurs « maigres » pâturages communaux ne soient « dévorés » par les troupeaux de Venosc, et cela malgré les garanties apportées par le maire de Venosc et parce que la fusion assurait une « disposition de la loi du 18 juillet 1837 qui réserve aux habitants de la commune réunie les produits dont ils ont joui en nature. »

Finalement, malgré les réticences initiales du conseil municipal du Bourg-d’Oisans, qui craint de devoir assumer les dettes du village et l’entretien de « l’état affreux » des chemins dévastés des Gauchoirs, et malgré les grandes inondations qui éprouvèrent la commune et ses finances, la fusion est imposée par la loi du 17 mai 1846.

Nous pouvons noter qu’entre indépendance et rattachement, le village des Gauchoirs a connu bien des hésitations depuis ses origines, avec le Bourg-d’Oisans, mais aussi, avec le mandement de l’Oisans, dont il fut séparé un temps « par pauvreté » au XVIIe siècle.

Désigné par les noms de Nemus Venonis (Bois Vénéon) ou Claperium (Le Clapier).
Au XIVe siècle, le hameau des Gauchoirs a fait partie un temps de la paroisse du Clapier, qui s’étendait jusqu’au confluent du Vénéon et de la Romanche. Le « Clapier » désigne, aujourd’hui, un hameau rattaché à la commune d’Auris-en-Oisans.

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