1931 Un projet de route touristique en Oisans
Source Gallica : Journal La Croix, édition du 17 février 1931
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On ne saurait nier que de notables efforts aient été faits en France pour développer le tourisme, et cela avant même qu’une consécration officielle ait été donnée au tourisme en l’installant, sous la forme tangible d’un sous-secrétaire d’État, dans les Conseils du gouvernement. Dans cette rubrique hebdomadaire, nous promenons assez souvent nos lecteurs dans les pays les plus divers, pour ne pas, de temps à autre, réserver une place pour parler de nos sites, de nos paysages, de ce qui fait le charme de nos régions touristiques.
La région de l’Oisans, dans la Haute-Isère, est l’une d’elles. Le T. C. F. nous a longuement fait connaître ce coin très favorisé au point de vue du pittoresque.
On a envisagé depuis quelques années un projet de haute route, serpentant à une altitude moyenne de 2 000 mètres, le Balcon de l’Oisans, d’où, sur une étendue de quelque 50 kilomètres, on pourra admirer les glaciers et les rocs célèbres de cette belle province dauphinoise.
Cet été, une caravane à la tête de laquelle se trouvaient les dirigeants du Touring Club de France s’est rendue à Bourg-d’Oisans pour se rendre compte sur place de l’intérêt et de l’importance de ce projet.
La route du Balcon de l’Oisans se développera probablement en une série de lacets qui atteindront directement l’arête de partage entre le Rif de La Valette (Besse) et le Rif-Tord (plateau d’En-Paris).
Situé à une altitude moyenne de 2 400 mètres, le plateau d’En-Paris (on prononce l’s), ainsi nommé de sa situation en parois au-dessus de la Romanche, s’étend sur 6 kilomètres est-ouest et 2 kilomètres nord-sud, soit environ 12 kilomètres carrés.
Plusieurs choses sont à envisager pour l’aménagement pour le tourisme de ce grand plateau, nous apprend M. Paillon : la route du Balcon, le téléférique, un hôtel de première catégorie, les sentiers d’excursion, un barrage du Rif-Tord créant un lac immense, près du barrage un hôtel de deuxième catégorie, enfin un projet d’Observatoire de haute montagne.
La route du Balcon se détachera de la route transversale à peu près vers la cote 2300, un peu à l’ouest du col du Souchet. Elle montera peu à peu sur les pentes nord-ouest du Gros-Serret, passera au-dessus des lacs cristallins, et ira au Signal de Rif-Tord (2 645 m.), premier redan du Balcon d’où la vue est des plus étonnantes sur les à-pics de la vallée de la Romanche. Elle descendra vers le lac Noir et vers le lac Lérié.
C’est dans ce morceau de route que l’on jouira d’une des belles vues.
La route du Balcon reviendra vers le Nord rejoindre la route transversale un peu à l’est du col du Souchet.
Il serait nécessaire que l’hôtel et le plateau soient reliés à la route de la Romanche à la Grave, le grand centre alpin situé à 1 482 mètres, non pas seulement au point de vue des villégiatures estivales (la route du Balcon les desservira efficacement et se reliera à la Grave par le raccourci des Terrasses), mais au point de vue des sports d’hiver.
À l’époque des grandes neiges, la route du Balcon sera couverte de 4 à 5 mètres de neige, et par de plus fortes épaisseurs dans les fonds, on pourra la fouler et la libérer à l’aide d’autochenilles ; par contre, la route de la Romanche reste toujours ouverte jusqu’à la Grave. De la Grave, le téléférique aurait une longueur excessive, avec des relais assez rapprochés pourtant.
Par contre, de la route de la Romanche un peu en aval des Balmes, à 1 230 mètres d’altitude, à 7 kilomètres environ en aval de la Grave, le téléférique aborderait directement en haut des parois (2 400 m. environ) qui dominent le lac Lérié et l’hôtel.
L’emplacement, le meilleur pour un hôtel, est nettement situé sur les bords du lac Lérié, au nord-ouest du lac. Là, il serait abrité des vents du Nord ; en espalier au sud-est, en vue du plus beau panorama : de la Muzelle, par les 6 kilomètres des glaciers du Mont de Lans et de la Girose, jusqu’au Rateau et à la Meije (3 982 m.), les glaces et les rocs se mirent dans le lac Lérié.
La question de l’eau est primordiale pour un hôtel. Une petite source coule vers le lac, et un puits foré dans le talweg du lac fournira probablement les eaux nécessaires. Le siphonnement du lac Noir au lac Lérié pourra amener une masse d’eau plus forte, s’il est nécessaire, et agrandir notamment le bassin du Lérié en vue d’une plus large patinoire.
Une série de sentiers devra être créée autour de l’hôtel, allant aux points les plus intéressants : vers les à-pics dominant la Romanche, aux différents lacs du plateau, enfin, au Gros-Serret (2 474 m.), large croupe herbeuse, point culminant du plateau sur lequel pourront être aménagés un pavillon solidement amarré, un jardin alpin et des terrasses avec abris de repos. Ces sentiers devront, pour les cas de brouillard, être soigneusement jalonnés de poteaux avec flèches de couleurs diverses, ramenant à l’hôtel en toute sécurité.
Le début et la vulgarisation des sports d’hiver commencèrent en France pendant le grand hiver 1890-1891. On choisit, à cette époque, des centres un peu trop bas en altitude. C’était bien pour les sports de glace, et Chamonix restera un des meilleurs centres de cette pratique ; mais, pour les sports de neige, c’était trop bas.
Le plateau d’En-Paris, avec ses 2 400 mètres, sera parmi les meilleurs skidromes de France. Altitude, air très sec, ciel très pur, exposition en général aérienne et pas en éventail à l’« adroit », donc neiges toujours bonnes.
En dehors des 12 kilomètres carrés de champs de ski autour de l’hôtel, de grandes randonnées sont praticables pour les skieurs entraînés, notamment des excursions d’une quarantaine de kilomètres au col du Souchet, au Petit-Têt, à la cime du Rachas ou Gros-Têt, et par ses longues et magnifiques croupes Nord au col de Rachas ou des Trente-Combes ; de là, ascension possible par bonnes neiges du pic du Mas de la Grave, admirable belvédère d’où l’on voit presque toutes les Alpes françaises ; de là encore, retour soit par la vallée de la Buffe à l’Est, soit par celle de la Salce, à l’Ouest. Et la correspondance entre les deux hôtels de l’Alpe d’Huez et du plateau d’En-Paris, en cinq ou six heures de ski, entre ceux de la Grave et du Lautaret en quatre à cinq heures.
La route du Balcon, avec les facilités de communications qu’elle créerait, avec les possibilités de ravitaillement qu’elle apporterait en hiver, soit par le téléférique, soit par les autochenilles, permettrait de prévoir l’établissement par les pouvoirs publics d’un Observatoire de haute montagne sur le modèle de l’Observatoire du Pic du Midi-de-Bigorre. Au col du Souchet existe actuellement un sentier muletier qu’il serait facile de muer en une route de 3 kilomètres de développement qui conduirait au nord vers les pentes de la cime de Rachas, magnifique culmen de prairies à l’altitude de 2 614 mètres, où l’on pourrait poursuivre : observations astronomiques dans l’air pur de l’Oisans, observations météorologiques et surtout observations d’agronomie biologique.
Le tracé de la route transversale du Balcon de l’Oisans au col du Souchet (2 362 m.) laissera à droite l’ancienne voie romaine qui va vers les chalets de la Lause et de Pré-Veyrand vers le chalet Gonon, qui, aux environs de 1910, avait été aménagé pour les villégiatures de la Grave. Il gardera la cote 2300, ira passer au nord de Serre-Barnard (2 360 m.) et viendra au-dessus des pentes de Clot-Raffin pour s’y développer en lacets en évitant à droite, puis à gauche les pentes schisteuses. Il ira franchir vers la cote 1750 le torrent de Gâ et rejoindra la route du Chazelet, en aval de Rivet-du-Pied, non loin du pont des Plagnes.
Puis on suit le Balcon de l’Oisans ; l’ancienne voie romaine est maintenant une route départementale — qu’il n’y aura qu’à améliorer, — et qui court par les hameaux du Chazelet, des Terrasses, de Ventalon, des Hières jusqu’au vallon de Maurian.
Des terrasses, il y aura lieu de faire un raccord court et direct de la route du Balcon à la Grave, l’important centre alpin situé sur la route de la Romanche, juché à 1 500 mètres d’altitude. On y descend par les lacets de Ventalon qui vont se raccorder au tunnel de la Grave.
De Valfroide, où la route romaine passait à gué la Maurian, au collet de Golèfre, la route sera facile à établir. L’aiguillon de Golèfre (2 095 m.) est, après le col de Sarenne et le plateau d’En-Paris, un des redans importants du Balcon de l’Oisans. De là on aperçoit la dernière partie de l’Oisans : la Meije, le glacier de Tabuchet, le Bec de l’Homme, le pic Gaspard, les pics de neige du Lautaret et le massif des Agneaux, glaciers ou rocs abrupts.
Le Balcon de l’Oisans sera une grande route nationale qui ira du Bourg-d’Oisans et de l’Alpe Huez au Lautaret directement.
Du collet de Golèfre, l’itinéraire gardera sensiblement les cotes 2000 et 2100 s’abaissant un peu pour, au passage des Clapières, éviter les chutes de pierres et plus loin celles des avalanches de printemps.
Le lac de Pontet, aux effets si pittoresques, sera franchi sur son déversoir : un sentier le contournera pour que le touriste puisse jouir de la fraîcheur de sa source et des vues admirables qu’il reflète. Après ses bords, on gagnera un peu de hauteur pour atteindre par un grand lacet la cote 2100 au Grands-Plats en dessous du col de Cote-Plaine.
Le Balcon de l’Oisans viendra atteindre la route nouvelle du Galibier à son premier coude au-dessus du Lautaret et les autos descendront peu à peu vers le chalet P.-L.-M., vers l’ancien hospice et les hôtels de la célèbre station du Lautaret.
De là les voyageurs pourront revenir sur la Grave et le Bourg-d’Oisans par la route de Romanche ou poursuivre soit sur le col du Galibier, soit sur le Monétier, Briançon et le col de Genèvre.

