LA LÉGENDE DU PAS DE L’ÂNE À FALQUE

Source : Archives de Mme Louise Pudda
Extrait du Bulletin Paroissial La Grave.
Publication : Octobre 1953

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La légende du Pas de l’Âne à Falque

Au cours de mes recherches dans les archives publiques et privées du canton de La Grave, j’ai trouvé une version ancienne, probablement du XVIIIe siècle, de la légende du Pas de l’Âne à Falque. Je la transcris ici, m’étant réservé de modifier l’orthographe, par trop fantaisiste.

PALOU.

« …Les anciens ont souventes fois raconté aux veillées d’hiver la légende du pas de l’Âne à Falque, feu Bellon. Je me propose de la coucher en ce registre afin qu’il y ait écriture de reste à servir aux générations présentes et futures, car elle est de bonne venue et nous montre bien les artifices du Malin, propres à nous détourner de la voie juste et droite et prouve l’infinie valeur du signe sacré à nous enseigné par le Principe chrétien. Un dimanche d’été, mais on n’en peut préciser le quantième, trois gaillards du Villard, grand temps avant le premier coup de messe, voulurent se rendre au Lautaret où se donnait fête profane et [il existe ici un trou dans le manuscrit] ils étaient dans l’hésitation profonde et malaisée, ne sachant quoi opter, de la fête au Lautaret ou de la messe coutumière qu’on célébrait au Villard.

Après délibéré et mûrement réfléchi, décidèrent de se rendre au Lautaret et longèrent vitement la remontée de Romanche, car il faisait vif. Et s’en arrivèrent au lieu dit le Pas, lorsqu’entendirent le prime coup de cloche que branlait le prêtre du Villard. Falque feu Bellon qui était le plus hardi des trois, ne voulut point écouter l’appel de Dieu et s’engagea le premier dans le montoir. Les deux autres suivirent mais à contre-cœur. Lors furent en haut, virent tout soudain animal énorme et velu et tout noir, âne comme ils n’avaient jamais vu, pas même aux foires du Bourg-d’Oisans, et s’en estomirèrent (estomirer : admirer, vieux français) fort d’autant que ledit animal barrait de sa grosseur, le chemin qui, au vrai était fort étroit. Et l’âne leur montrait le ciel, ayant la tête tournée vers le Lautaret, dressant oreilles semblant immenses même pour un âne, à plus forte raison pour un homme d’ordinaire mise. Et semblait l’âne à se laisser monter tout prêt, et gentil tout plein à emporter dessus son dos, long et large, nos trois gaillards, quoiqu’il fallait le monter à cru à poil, vu qu’il ne portait selle ni bride, du moins en apparence. Falque s’y jucha, puis les deux autres et leur sembla l’âne s’être encore agrandi pour leur bailler (donner) plus d’aise au montoir. Et s’y tenaient facilement tous trois et restait même place large pour d’autres (il semble bien qu’il y ait ici un souvenir de « la légende des quatre frères Aymon » répandue par les colporteurs, où l’on voit le cheval Bayard transporter les quatre fils Aymon) tant le diable est artificieux lors il veut perdre sûrement les malheureux pécheurs. Et l’âne s’en allait partir avec la lourde charge qui, à lui paraissait légère, lors que tinta bellement la cloche de l’église du Villard. Et nos trois gaillards se sentirent pincer le cœur fortement et la fête de Lautaret leur parut tout soudain de moins belle apparence. L’âne se déplaçait moult (très) lentement. Ils avaient encore le temps de se reprendre, car Dieu conserve toujours sa grande miséricorde aux pécheurs, même lorsqu’ils sont au bord du gouffre. Firent tous trois et avec un bel ensemble, la peur leur boutant coliques aux tripes, un triple signe de la croix. Et vitement l’âne disparut d’un coup. Et nos trois piteux firent un saut énorme dans la Romanche et s’en tirèrent du mauvais pas par ce bain frais qui leur ravigota les esprits sinon le corps ; s’en revinrent au Villard et ne racontèrent que plus tard leur aventure dont se moqua d’eux toute la communauté, leur disant qu’ils avaient eu la berlue ou tout du moins que la bouteille avait son mot à dire dans l’affaire. Et disaient certains autres qu’au Pas de l’Âne, il n’y en avait pas qu’un, même fort gros, mais bien trois, connus de tout le Villard. Mais il n’y a peut-être pas tant de plaisanterie en ces choses anciennes, vu la puissance de l’Ennemi des hommes et la bien plus grande force du signe chrétien et il n’y a rien que Dieu ne puisse permettre et… » (Le manuscrit se poursuit ici par des considérations générales morales d’un caractère abstrait et qui n’ont plus trait à cette légende).


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