La Voie romaine de l’Oisans 1/8

La Muzelle depuis Oz en Oisans. Carte postale GEP.

LA VOIE ROMAINE DE L’OISANS
Selon Florian Vallentin

Source : André Glaudas, Bulletin de l’Académie delphinale, édition : 1877

Ce long texte passionnant de Florian Vallentin est une bonne occasion de reprendre toutes les fiches sur le sujet de la Voie Romaine en Oisans publié sur Freneytique, une opportunité pour réviser ce sujet très documenté et pourtant toujours très mystérieux sur certains points. Le  8e article s’attardera sur certains points de cette voix romaine, les découvertes récentes en Oisans et sur Florian Vallentin, homme doué, érudit et très précoce, jusque dans sa fin tragique à l’âge de 31 ans. 

La Voie romaine de l’Oisans  1/8

Par M. Florian VALLENTIN
() Juge suppléant au Tribunal.

Séances des 26 janvier et 4 mai 1877.

INTRODUCTION.

J’ai parcouru, le bâton à la main, le sac sur les épaules, diverses parties des Alpes dauphinoises, mais nulle ne m’a laissé une impression plus agréable que l’Oisans, l’Oberland du Dauphiné. J’ai souvenir de journées bien pleines levées sur les routes et les sentiers de ce beau pays où la nature déploie sa magnificence en liberté. Quel touriste n’a pas éprouvé ce tressaillement intime que produit instantanément la vue de ces masses titaniques sentiment qui fait bientôt place à une vive et profonde admiration ! On s’arrête pensif et recueilli au milieu d’un solennel silence, interrompu par le fracas monotone des torrents ou des cascades : tout y réveille le sentiment religieux.

J’ai visité, dans l’Oisans les villages pittoresques, haut perchés dans la montagne au-dessus de rochers à pic qui encaissent les vallées de la Romanche, du Venéon, de Sarène, etc. J’ai conservé un souvenir exquis d’une course à Brandes, la ville morte des Alpes. J’atteignais, après une longue course le beau plateau où gisent les ruines de cette cité jadis célèbre des graminées en fleur se balançaient doucement à la brise du soir et riaient au temps morose qui habite les vieilles pierres. La nuit arrivait, un quartier de lune apparaissait, comme un sourire de lumière, sur les hautes crêtes de Roche-Mantel les profils grandioses et les aspects menteurs qu’ont les ruines à cette heure, les illusions,
les inquiétudes de la nuit, la surexcitation de la fatigue, de l’inattendu, tout me troublait, au point que je demandais sérieusement si ce décor magique n’allait pas s’évanouir dans le réveil d’un rêve.

J’ai traversé les Alpes, dont les prés immenses déroulent sous les pieds leur brillant tapis de fleurs.
J’ai vu les admirables cascades de Baton, de Sarène, des Fréaux.
Je me suis reposé sur les bords des lacs Blanc, Noir, la Fare, Vitel lacs gracieux situés au pied des pics neigeux.

Que dire des névés étincelants, des vastes glaciers et des hautes cimes d’où se développent de splendides panoramas ? Souvent, j’ai attendu la fin du jour pour voir les derniers rayons du soleil se ranimer sur les neiges éternelles.

J’ai vu l’Oisans sous tous ses aspects je l’ai parcouru lorsque la nature était engourdie sous un manteau d’hermine je l’ai contemplé par ces beaux jours d’été, en pleine lumière, où la terre est belle de jeunesse et de vie, où tous les objets étincellent sous les pures clartés du ciel. Je m’y suis aventuré seul, la nuit, à l’heure où les monts grandissent sous un ciel abaissé par les ténèbres. J’ai passé dans les gorges de la Romanche au moment où l’orage y déchaînait toutes ses fureurs, les cascades précipitant leurs bonds de toutes parts, le torrent mugissant au fond des abimes, et les éclats de tonnerre mille fois répercutés.

Mais je m’égare à raconter mes impressions de touriste, car j’ai seulement à faire connaître les vestiges de la voie romaine de l’Oisans que j’ai explorée en 1876 et en 1877, sous la conduite de Mercure Enodios (brochure de F. Vallentin : Excursions archéologiques dans les Alpes Dauphinoises. Grenoble, 1877).

La commission de la topographie de la Gaule, instituée le 17 juillet 1888, a donné une grande impulsion aux études de géographie ancienne en provoquant de nouvelles investigations sur les questions controversées et les attributions qui ne lui ont pas paru suffisamment justifiées. Dans leurs publications préparatoires, les savants archéologues, qui la composent, ont spécialement signalé à l’attention des érudits le tracé des voies romaines et l’emplacement des stations.

Encouragé par la bienveillance avec laquelle ils accueillent les plus modestes travaux je viens leur soumettre le résultat de mes recherches locales sur un tronçon de la voie romaine de Brigantio (Briançon) à Cularo (Grenoble) par la vallée de la Romanche.

Je n’ai pas la prétention de présenter la géographie physique, politique et administrative de l’Oisans, telle qu’elle était à l’époque romaine, et dans le même cadre que celle d’un état moderne. Il ne s’agit pas non plus d’une discussion scientifique sur l’emplacement de localités anciennes disparues et sur leur identification avec des lieux modernes.

Ce sont des constatations matérielles, des faits positifs et certains, et non de simples hypothèses ou de savantes conjectures que je tiens à livrer à la publicité. J’ai borné mes investigations à l’Oisans (Cantons de La Grave [Haules-Alpes] et du Bourg-d’Oisans [Isère].), et j’ai recherché le tracé de cette voie romaine, pas à pas, depuis le col du Lautaret jusqu’à Séchilienne, le long du cours impétueux de la Romanche. Il en est resté des vestiges nombreux, encore très apparents sur certains points.

Elle a d’ailleurs subsisté pendant plusieurs siècles et a servi de communication entre Grenoble et Briançon jusqu’au commencement de ce siècle (sauf quelques modifications sur certains points), sous le nom de Petite route de Briançon. Les montagnards de cette région se préoccupent beaucoup de la direction de la voie romaine, ainsi que du passage d’Annibal ; ils débattent souvent entre eux ces deux questions, en rappelant ce que disaient leurs anciens.

J’ai également porté mes recherches dans les vallées secondaires de l’Oisans vallées du Ferrand, de Sarène, de l’Olle (Eau d’Olle), de la Lignare et du Vénéon, où les Romains avaient établi des chemins.

Je me suis efforcé de relever, aussi exactement que possible, les vestiges de cette voie romaine et de ses embranchements et, pour atteindre ce but, j’ai cru devoir noter le long de son parcours, les noms des mas ou lieux dits.

J’ai recueilli en même temps les traditions locales, quelque peu délaissées jusqu’à ce jour, et qui disparaissent avec une désolante rapidité. Je n’ai pas voulu les dédaigner ni les rejeter, car elles présentent un intérêt sérieux ; mais il faut savoir, comme dit Rabelais, rompre l’os et sucer la substantifique moelle.

Je tiens à rendre hommage à l’obligeance de quelques personnes de l’Oisans, qui ont bien voulu me faciliter ce travail en me fournissant des renseignements ou en m’accompagnant dans mes courses je citerai, dans le canton de La Grave, M. Albert, juge de paix ; M. Poyet, greffier de la justice de paix ; dans le canton du Bourg-d’Oisans, M. l’abbé Bayle (Bulletin No 106, P. 4 ; Bulletin No 107 P.1) curé à Oz ; M. Gratien Bellet instituteur ; M. Laurent Bellet propriétaire (hameau de Bons) au Mont-de-Lans ; M. Noël Berlioux, suppléant du juge de paix à Ornon – M. Dallod, ancien maire à Huez ; – M. Pierre Dussert, propriétaire à Clavans ; – M. Didier Fiat, conseiller municipal à Livet-et-Gavet, hameau du Clos ; – M. Jacques Fontan, ancien conseiller municipal au Mont-de-Lans, hameau du Garcin M. Giraud, ancien maire chevalier de la Légion d’honneur, à Venosc M. Givert, garde forestier au Bourg-d’Oisans, hameau des Sables M. Auguste Oddoux, propriétaire au Mont-de-Lans ; – M. Plot, huissier au Bourg-d’Oisans M. Pierre Rodier, propriétaire à Saint-Christophe, hameau de la Bérarde ; – M. Pierre Veyrat, ancien conseiller municipal au Mont-de-Lans, hameau de Bons ; – M. Étienne Vieux-Caporal, propriétaire au Bourg-d’Oisans, hameau des Sables.

Je les prie de recevoir ici l’expression de ma gratitude et de ma reconnaissance.

À suivre : Première partie la Vallée de la Romanche.

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