Historique sur le barrage

Histoire d’un chantier… à histoires…
Ces travaux préparatoires et la mise en place des infrastructures de chantier dureront de 1926 à 1931. Les ouvrages provisoires comportent une galerie de dérivation de la Romanche (220 m*20m² de section), une galerie de dérivation de la RN 91 (110 m*30m² de section), ainsi que la destruction d’un éperon rocheux où passait l’ancienne route et qui risquait d’affaiblir la fondation. Ce premier chantier va être endommagé et retardé par une crue en octobre 1926…
Ensuite, dès 1928, Campenon construit des bâtardeaux – sortes de digues, longues de quelques dizaines à centaines de m et hautes de 7 à 8 m, entourant les chantiers et les protégeant des crues de la Romanche -. Malheureusement, deux crues exceptionnelles se succédent, à un mois d’intervalle en septembre et octobre 1928, et détruisent une partie importante des installations, immobilisant le chantier pendant plusieurs mois…
D’un autre côté, la production du béton, des granulats et des enrochements, mais aussi l’approvisionnement en ciment nécessitent des infrastuctures gigantesques :
–    ouverture d’une carrière (300 m de long par 50 m de haut) alimentant par voie ferrée métrique la station de concassage ;
–    celle-ci, suivie de l’usine à béton, placées en cascade sur le versant de Mizoen, fournissent en bas du béton qu’il faut acheminer sur le chantier soit par goulotte, soit par blondins aériens suspendus au dessus de la gorge.
–    mais surtout, l’approvisionnement en ciment a nécessité une solution assez inhabituelle : acheminé par voie ferrée jusqu’à Bourg d’Oisans, il aurait fallu ensuite un ballet de camions, perturbant et dégradant la RN 91. On a donc préféré construire un téléphérique de 11 km … comportant 62 pylones dont le plus haut dépasse 40 m , et d’une portée maximum de 878 m… Il faut prévoir 5 ponts de protection à la traversée de la RN 91, et une station intermédiaire, au hameau des Chazeaux, qui nécessite de pousser manuellement les bennes d’un tronçon à l’autre. Ces bennes, espacées de 120 m transportent à la vitesse de 2 m/s 5 sacs de ciment (250 kg)… à raison de 160 T /jour au plus fort du bétonnage…
Tous ces travaux, nécessaires à la production en continu de béton, se poursuivent jusqu’en 1931. Parallèlement, dès 1929, on entreprend les fouilles nécessaires pour les fondations de l’ouvrage. L’objectif est de décaper la couche sédimentaire pour aller jusqu’au rocher sain où sera ancré l’ouvrage. Les 4 sondages de 1921 n’avaient pas laisser entrevoir de problème, mais ils étaient beaucoup trop espacés pour donner une idée exacte de la topographie du fond…

En fait, le canyon de l’ancien torrent sous-glaciaire est extrêmement tourmenté, et comporte des marmites beaucoup plus profondes qu’on ne l’imaginait. On craint même un moment l’existence d’une seconde vallée parallèle qui compromettrait toute la conception du projet… On entreprend donc de tout nettoyer jusqu’au rocher, mais les travaux se révèlent difficiles, et dangereux à cause des infiltrations venant du torrent de Mont de Lans. Pour les ouvriers c’est le travail le plus dur, le plus pénible, car entièrement réalisé à la pelle et au burin. Après un accident, l’entreprise est obligée de recruter des ouvriers pakistanais, les seuls qui acceptent encore de descendre dans la fouille… L’évacuation des matériaux, au milieu des boisages et des palplanches de soutènement, ralentit le chantier. Prévus pour durer un an et demi, ils dureront 4 ans et ne se termineront qu’en 1932… Après avoir décapé plus de 46 m d’alluvions, on n’a pas partout atteint le rocher…
Devant ces surcoûts, Campenon-Bernard engage un contentieux pour revoir son contrat à la hausse et obtient gain de cause : en 1931, le coût de l’ouvrage est revu à 90 millions de francs…
La fouille et les appuis étant pratiquement bien dégagés, on décide, première mondiale, de réaliser deux voiles d’étanchéïté par injection de coulis de ciment : environ 300 m de forages sont réalisés, parfois très difficilement dans les marmites glaciaires, par où seront injectés 500 T de ciment. La nouvelle perception du lit de la Romanche oblige à revoir la conception de l’ouvrage, dont le cube de maçonnerie, notamment, sera revu à la hausse (~ + 8 %). Mais le bétonnage peut enfin commencer : on est en 1932, et l’on a deux ans de retard sur le planning prévu…

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