L’abbé Laurent Guétal le peintre des montagnes

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Abbé Laurent Guétal, peintre viennois, 1841-1892

L’ABBÉ LAURENT GUÉTAL, LE PEINTRE DES MONTAGNES ET DE L’OISANS
Un grand peintre français L’abbé Laurent Guétal

Source : Retronews

Sur le même sujet : Charles Bertier le peintre de l’Oisans

Journal Le Moniteur, édition du samedi 8 novembre 1941

L’ABBÉ GUÉTAL PEINTRE VIENNOIS
Il y a cent ans naissait à Vienne un grand peintre français L’ABBÉ GUÉTAL
Par J.-P. VÉGA

Le 12 décembre 1841 Madame Ennemond GUÉTAL, née Marguerite Vallin, mettait au monde un fils qui fut baptisé avec le prénom de Laurent, en la primatiale Saint-Maurice de Vienne. Le père, Ennemond Guétal, exerçait la profession de jardinier-maraîcher sur un emplacement occupé actuellement par le quartier de cavalerie. La chaussée qui bordait son champ portait, comme à ce jour, le nom de route d’Avignon, la grande route du sud, équivalent terrestre du Rhône que célébrera Mistral quelques années plus tard.
Le soleil chantant de la vallée, le fond bleu du Pilât, l’eau moirée du fleuve et les coteaux viennois firent sans aucun doute une impression première sur le sensible enfant. À 7 ans, il peignait déjà, comme on joue à cet âge, selon son goût. Sensible et doux fut Laurent Guétal en ses premières années. Sa mère imprima sur sa jeune âme une noblesse de sentiments et une délicatesse de manières étonnantes chez un enfant du peuple.
Les ordres l’attirèrent. Ses études se passent au Rondeau de Grenoble et dans le berceau des montagnes dauphinoises, dans ces sites incomparables de grandeur et de majesté, sa vocation picturale s’oriente définitivement vers leur translation. Il fut et reste à la lettre le peintre du Haut Dauphiné. Formé seul, à coups d’impulsions, d’impressions personnelles, travailleur acharné, charmé, extasié même devant la révélation des beautés alpestres, il acquerra une renommée vers laquelle le poussent des gens avertis, devinant en lui le véritable artiste.
Vis-à-vis de la nature, la sentant, la devinant, l’aimant, il se verra contraint dans les jours premiers de ses printemps successifs de quitter l’atelier, de se rendre au bord du Drac et là, seul, visitera un ami « à qui l’on a de mystérieux secrets à dire ». La nature est son seul guide, son professeur attentif et charmeur. Il est un intuitif, peignant avec les sentiments du cœur, admirant dans l’Alpe riante de l’été la marque divine.

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La Bérarde, Abbé Laurent Guétal, 1882, musée de Grenoble.

Peu à peu, son talent s’affermit. Il pioche à droite et à gauche des idées qui n’entament pas sa manière personnelle. Il fait la connaissance de Meissonier qui lui accorde ses suffrages et le fait apprécier à Paris. En 1882, il est admis au Salon. Désormais il s’y présentera chaque année et chaque année sera reçu sans conteste.
En 1885 il revient passer ses vacances au pays natal, chez un de ses frères, sur les bords du Rhône. Son délicieux tableau « La vallée du Rhône à Condrieu », traité dans sa manière très personnelle est de cette année-là. Les montagnes n’avaient pas fait oublier à l’abbé la délicatesse des collines rhodaniennes, ni les enchantements changeants du fleuve.
De 1886 date son chef-d’œuvre « le lac de l’Eychauda ». On peut l’admirer au musée de Grenoble. Il est la nature dans sa retraite la plus sauvage, sur les hauteurs où la végétation a disparu, où toute vie expire. L’âpre rocher, le sol nu, la neige éternelle. Il a peint la solitude et son silence. La charmante coupe du lac où l’eau des glaciers s’écoule reflète d’énormes masses de granit. Dans le fond apparaissent des pics élevés, parsemés de glaciers, avec ces teintes bleues si familières aux Alpes, sous un ciel lumineux. L’âme est pénétrée d’une impression étrange, d’un charme inconnu.
L’abbé Guétal est un alpiniste intrépide, un marcheur infatigable. Il parcourt les Alpes avec les caravanes, plantant son chevalet aux endroits que son âme sensible choisit. Il exécute des études innombrables, portraiturant la montagne. Dans le calme de l’atelier, il travaille avec une activité dévorante, harmonise les tons, saisit dans le choc visuel se rejoignant avec la pensée la louche exacte, le souvenir précis que la couleur réincarne.
En 1890 l’artiste faillit être emporté par l’influenza qui exerça de cruels ravages au Rondeau de Grenoble. Il en est quitte pour quelques mois de repos. Après quoi, il reprend palettes et pinceaux, retourne à ses montagnes. La Meige l’attire. Il lui consacre un immense tableau (5 mètres 10 de long sur 2 m 40 de hauteur). Un critique de son temps a dit « qu’il en a fait un poème chanté à la gloire du Dauphiné, présentant là nature prise sur le fait, dans son grandiose hautain, dans son altière sérénité ».
Sa vie, aux creux des vallées grenobloises ou sur les cimes alpestres, ne doit pas l’éloigner de nous. Il resta Viennois de cœur, revint souvent à Vienne, au sein de sa famille. Le Rhône, ses collines, ses lumières lui donnèrent dès l’enfance le goût des couleurs à caresser des yeux l’alcool pur des enchantements du fleuve émut son âme d’enfant et lui manifesta des confidences. La montagne l’attira en raison directe de cette révélation de la nature. Sa vocation de prêtre, puis son sacerdoce grenoblois le maintinrent toute sa vie au pied des monts Viennois, il nous eut donné l’essentiel des visions rhodaniennes. Témoin sa toile : « La Vallée du Rhône à Condrieu ».
C’est pourquoi, le Moniteur, en rappelant à ses lecteurs le centenaire de la naissance de l’abbé Laurent Guétal, peintre viennois, entend non seulement rendre hommage ; sa mémoire, mais bien montrer qu’au carrefour des routes de l’art et de la pensée, la cité compte des témoins qui apportent à la gloire française toute la vertu et tout l’esprit du terroir.
Ses dernières œuvres approchent. Sa santé chancelante, ébranlée par ses voyages et ses travaux en plein air, ne lui permet plus la moindre réaction. De sa main encore sûre, malgré tout, il peint la vallée du Vénéon (au musée de Vienne). Il s’alite au début de 1892 ; le 28 février il expire. Il a 51 ans. L’abbé Guétal a hautement honoré sa ville natale. Il fut l’initiateur d’un genre. Il créa la peinture de montagne.

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La Vallée du Vénéon, Abbé Laurent Guétal, 1894, Musée de Grenoble

Sur deux tableaux de l’Abbé Guétal
par H. LÉTY

Au Musée de Vienne, dès l’entrée, le visiteur est frappé, séduit par un grand tableau qui attire aussitôt son attention : « Le Vénéon en Oisans », de l’abbé Guétal, peintre viennois.
Son « Lac de l’Eychauda », du Musée de Grenoble, est certainement un chef d’œuvre ; le Vénéon, son dernier tableau en est un autre, son chant du cygne, car il s’éteignit avant de l’achever. Oui, le chef-d’œuvre est ici, éclatant de lumière solaire illuminant presque brutalement les pentes abruptes, le glacier qui forme le fond du tableau, détaillant les rochers éboulés jadis, enfin le torrent large et rapide qui roule ses eaux vertes jusqu’au bord inférieur de la toile. Guétal a donné dans cette œuvre toute sa maîtrise. Il a exprimé là un aspect de la haute montagne assez rare pour que l’on puisse l’égaler aux œuvres des meilleurs peintres des Alpes. D’ailleurs, n’a-t-il pas créé le genre. Combien, avant lui, avaient abordé cette étude captivante avec ce sentiment profond de la beauté des sites alpestres et le pouvoir de les traduire avec tant de puissance et de talent ! À la pureté de son sentiment religieux s’ajoutait son admiration fervente de l’œuvre divine. — Où est-elle plus sensible que vers les sommets irradiés de lumière. — Or Guétal l’a répandue cette lumière dans ce dernier ouvrage. L’œuvre n’est pas grande seulement par ses dimensions, elle est vaste et imposante par la grandeur du sujet et sa saisissante beauté. Il lui a fallu tout son grand talent pour construire et peindre une œuvre aussi considérable avec le seul secours d’études peintes devant le site même, car cette transposition est difficile à réviser. L’émotion, si vive devant la nature se disperse et s’affaiblit devant la tâche qui doit nécessairement se fragmenter en longues séances quelquefois espacées par de longs intervalles pendant lesquels l’enthousiasme se ranime… ou plus sûrement peut s’éteindre.
C’est donc, peut-on dire, une réussite lorsque le tableau n’est pas inférieur à l’étude peinte sur place, en communion intime avec la nature.
Et pour le Vénéon en Oisans, exécuté en une période où l’abbé Guétal souffrait déjà du mal qui ne devait lui laisser que quelques mois à vivre, il est étonnant de voir une telle réalisation, forte et sûre, dans laquelle tous les détails, traités si largement, concourent à la beauté de l’ensemble. C’est un grand bienfait pour le Musée que ce beau tableau d’un enfant de Vienne, fidèle à ses souvenirs de jeunesse, aimant sa ville natale de laquelle il était exilé.
L’abbé Guétal, pendant ses trop courts séjours à Vienne, a traduit quelques-uns des aspects et des monuments de la ville.
Un tableau de lui, à peu près ignoré, et connu de quelques privilégiés, décore une des salles de réception de l’Hôtel de Ville. Ce grand panneau, marouflé sur la paroi, et malheureusement sacrifié par un éclairage défectueux, représente la Porte de l’Ambulance, ce beau morceau d’architecture du début du 17e siècle. C’est une œuvre charmante, agrémentée en premier plan de personnages, enfants jouant, jeunes ménagères attardées à des bavardages. On sent que le peintre s’est plu à traduire, dans cette scène de genre, la fraîcheur des visages et l’animation du jeu des enfants, dans une pâte blonde qui l’ait penser eux personnages des petites scènes de Chardin. Tout cela au-devant de la silhouette un peu sombre de la porte monumentale, fidèlement traduite.
Deux tableaux, d’un peintre d’une grande noblesse de sentiment et d’un rare talent, qui doivent perpétuer pour les Viennois la mémoire d’un de leurs meilleurs compatriotes.

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