Notes sur l’hôpital de la Grave 1697-1723 – 2/4

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Bourles sur les hauteurs de La Grave avec vue sur la Meije, Marcel Fleureau, Archives départementales des Hautes-Alpes

NOTES SUR L’HÔPITAL DE LA GRAVE 1697-1723 — 2/4

Sources : Archives Andrée Glaudas (1re partie), complétées sur Gallica : Bulletin de la Société dauphinoise d’ethnologie et d’anthropologie, édition le 1913.

Notes sommaires sur l’hôpital de La Grave 1697-1723
1/4 — 2/4

L’hôpital de La Grave est plutôt un bureau de bienfaisance qu’un hôpital. On secourt les pauvres de la communauté, les passants, les pèlerins, les soldats, les ecclésiastiques, prêtres, capucins, cordeliers, augustins allant ou venant de Rome; quelquefois ce sont des prisonniers de passage. Aux soldats, aux mendiants, on donne 2 ou 3 sols, ou plutôt on distribue des aliments valant 2 ou 3 sols, mais aux religieux on offre un ou deux repas et le lit. Ces repas sont presque toujours évalués 10 sols.

Le 21 décembre 1697, «à deux cordeliers de Sainte-Claire de Grenoble venant de Turin, deux repas, 1 livre».
Par ce manuscrit nous sommes documentés sur le prix de quelques denrées dans cette région dauphinoise.
D’abord le cahier sur lequel le syndic va tenir son journal a coûté 5 sols. C’est par cette dépense que commence la comptabilité.

En 1697, le pain valait 1 sol 3 deniers la livre; en 1708, 5 et 6 liards la livre. Il est bon de rappeler que le sol valait 4 liards, qu’il fallait 3 deniers pour faire un liard et 12 deniers pour faire un sol.
Le prix du pain augmenta considérablement pendant les années qui suivirent le terrible hiver de 1708 à 1709, hiver qui fit périr non seulement les céréales en herbe, mais jusqu’aux arbres fruitiers, aux chênes de nos forêts. De 5 et 6 liards la livre qu’il se vendait en 1708, il se paye 4 sols la livre en 1710. Il a donc quadruplé.
À 4 sols la livre ou 8 sols le kilo, c’est le prix actuel du pain à Grenoble. Si l’on tient compte de la diminution de la valeur de l’argent depuis le XVIIIe siècle, c’est peut-être par 6, 7 ou 8 qu’il faudrait multiplier le prix du kilo de pain tel qu’on le paye en ce moment. D’ailleurs, en 1706, la viande valait 2 sols — moins que le pain. — Si on multiplie 2 sols par le rapport le plus élevé 8, on n’arrive pas encore au prix de la viande en 1913.

Pendant ces quelques années de famine, le Journal de l’hôpital se remplit de dons en pain aux pauvres des trois paroisses de la communauté : La Grave, Les Hyères, Le Chazalet et aussi à ceux des Terrasses.
En 1713, le pain tend à diminuer de prix. Il vaut 3 sols la livre. C’est le dernier qui soit enregistré.
En 1698, le sétier d’orge valait 3 livres 10 sols
; quelques années après, l’orge se vendant au poids, on constate qu’elle vaut 1 livre le quintal de 50 kilos en 1703, 25 sols le quintal en 1721.
Les achats de seigle sont plus rares et cette céréale se vend un prix légèrement supérieur à celui de l’orge. Quant au blé, on n’en trouve qu’un seul achat de 6 livres en 1709.

En juillet 1716, on trouve une dépense ainsi libellée : à J.-B.
Bérard, un sextier fromenson 3 livres
; Le sextier valait 60 litres à Briançon et 80 litres au Bourg-d’Oisans. Le fromenson, — c’est le blé printanier ou blé trémois.
Il faut en conclure que le pain fabriqué à l’hôpital était couramment un pain d’orge, quelquefois de seigle, peut-être un mélange de l’un et de l’autre, mais rarement de froment.
La quantité de grains achetée devrait servir de base pour arriver à savoir le nombre de personnes qui sont nourries à demeure à l’hôpital, ou celles qui y sont reçues à leur passage, mais ce n’est pas possible avec les renseignements donnés.

En 1701, 3 quintaux orge en mars; en 1702, même quantité en octobre; en mars 1703, un sextier, mais le syndic ajoute dans une note : «J’ai fourny à M. Bouillet 27 quintaux orge pour les années passées et ne lui en devais que 18 ainsy elle m’en doit 6 outre le bled que je lui ai fourny cette année.»

En 1699, on donne à la veuve Didier, malade, une livre de raisins, 6 sols. Comme on est au mois d’avril, on ne peut assurément offrir que des raisins secs. La livre de sel vaut 6 sols en 1721 et le foin 1 livre le quintal en 1718.
Les journées de maçons employées à la réparation des murs de l’hôpital sont payées 1 livre.
Les achats de linge sont rares : trois fois seulement en vingt-six ans, on enregistre l’acquisition de quelques linceuls. En 1707, 7 linceuls, 10 livres 5 sols.
Le mot linceul, employé aujourd’hui uniquement pour désigner une enveloppe funèbre, n’avait pas certainement cette signification à cette époque. Dans le patois du Royannais, il est synonyme de drap de lit et se prononce lincieu
; dans le Haut-Grésivaudan, on dit lancieu. C’est bien cette dernière signification qu’il faut donner aux linceuls achetés par l’hôpital. Ce qui confirme cette interprétation, c’est qu’immédiatement après on lit qu’un matelas a coûté 6 livres 16 sols. 6 deniers. La même année, une autre dépense est ainsi libellée : «Pour toile pour ensevelir plusieurs soldats, 5 livres 17 sols.» En 1707, 2 aunes de toile pour chevet, 1 livre 6 sols, et en 1715, la même longueur de toile aussi pour chevet, 1 livre 15 sols.
Un drap de laine, probablement une couverture de lit, est évalué 3 livres 15 sols.
La paille employée pour couvrir les maisons, appelée «
cluis», vaut 12 sols le quintal.
Le médecin de La Grave devait donner gratuitement ses soins aux malades assistés par l’hôpital, puisqu’on ne trouve jamais un article de dépense le concernant. Il n’en est pas de même pour les produits pharmaceutiques. Mais ces médicaments, toujours payés à M. Bart et à des époques très éloignées les unes des autres, ne paraissent pas destinés à l’hôpital, mais bien à des soldats de passage ou à des malades de la communauté. De 1697 à 1705, pas de dépenses à ce sujet.

En 1705, on donne au pharmacien 1 livre 18 sols; en 1707, remèdes à des soldats de passage, 2 livres; en 1709, eau-de-vie et réglisse pour un malade, 4 sols 6 deniers; en 1710, remèdes pour toute l’année, 4 livres, et enfin en 1716, remèdes pour un malade, Joseph Eytre, 3 livres.

A ces dépenses en pharmacie, il faut en ajouter deux autres figurant au Journal des dépenses : en juin 1700 et en novembre de la même année, on dépense d’abord 14 sols et 4 sols ensuite pour achat de thériaque. La première fois, elle est administrée à «un soldat piqué d’un serpent», et la deuxième à un malade. Ce remède, connu dès la plus haute antiquité, passait pour le meilleur contrepoison. Il était quelquefois désigné sous le nom de mithridate, du nom du roi des Parthes qui l’aurait composé en employant 70 drogues. Aujourd’hui, c’est avant tout une préparation calmante contenant 25 milligrammes d’extrait d’opium par 4 grammes.

L’hôpital nourrit et. paye le ou les prédicateurs venus pour prêcher le Carême ou les Quarante heures. En 1699, 60 livres sont portées au Journal pour nourriture des P. P. Capucins à 4 livres par jour. Dans ces 4 livres, l’indemnité due aux prédicateurs devait être comprise.

À suivre…

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