Voyage en Oisans de Charles-François Daubigny 1-4

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Charles-François Daubigny, 1817-1878, photographié par Nadar. Source Wikipédia

VOYAGE EN OISANS DE CHARLES-FRANÇOIS DAUBIGNY 1-4
Souvenirs du Bourg-d’Oisans étape d’un voyage de Charles François Daubigny en Dauphiné

Source : Archives André Glaudas

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Note personnelle : Je me souviens, c’était au début du mois de décembre 2022, il devait être 19 ou 20 h, le téléphone a sonné :
— Bonjour, je suis la fille d’André Glaudas… Dans ses dernières volontés, mon père a souhaité que l’on vous remette un tableau…
Je n’avais pas besoin d’une description, ce tableau, je le connaissais bien, pour l’avoir attentivement observé dans le détail, à plusieurs reprises : une grande estampe réalisée à la mine de plomb rehaussée à la gouache blanche, représentant une scène de chasse sur les hauteurs du Freney-d’Oisans. Il avait été peint durant l’été 1939 par Charles-François Daubigny. D’un beau format, bordé d’un encadrement doré légèrement patiné, le dessin était accroché sur le mur situé  juste à droite de la porte d’entrée du bureau d’André, au-dessus d’un petit canapé toujours encombré de livres, de dossiers et de documents divers, tellement encombré qu’il me serait difficile d’en donner la couleur.
J’avais à plusieurs occasions discuté avec André de l’histoire de ce dessin à la mine de plomb, l’histoire de ce peintre parti en quête d’un paysage idéal pour une œuvre marquante intitulé « paysage saint Jérôme ». Un décor aride et tourmenté qu’il ne pouvait trouver qu’en Oisans.

Le tableau offert par André s’intitule « La chasse au Freney-d’Oisans ». Il avait été découvert dans les combles de l’ancienne mairie, actuelle école, si je me souviens bien, durant des travaux exécutés au début des années 1990. Une découverte qui avait sollicité, à la demande de la mairie du Freney, les connaissances encyclopédiques d’André, qui avait retracé, grâce à ces fiches, toute son histoire. La mairie du Freney-d’Oisans avait fait faire une très belle copie par l’imprimerie Munier en 1991, et l’avait offerte à André en remerciement.
Ce coup de téléphone en début de soirée en ce mois de décembre me remémorait toute cette histoire.

Aujourd’hui, la scène de chasse au Freney-d’Oisans est ostensiblement exposée dans mon salon. Quand je lève la tête, je pense à André et je lui dis merci pour ce cadeau et pour tout le reste.

Voici l’histoire de Charles-François Daubigny, peintre talentueux parti en quête d’un paysage idéal qu’il a trouvé en Oisans.
Ce texte est issu des archives d’André Glaudas. Quand vous le lirez, ayez, vous aussi, une petite pensée pour lui.

Petite biographie de Charles François Daubigny
Archives André Glaudas, sans nom ni date.

(Paris 1817 — Paris 1878)
C’est auprès de son père, également peintre (Edme François, 1789 — 1843), que Daubigny apprit les premiers rudiments de son art. Après quelque temps passé dans l’Atelier de restauration du Louvre où l’avait engagé Granet, il séjourne un an en Italie (1836-1837). À son retour, il vit principalement de l’illustration de livres et se consacre beaucoup à la gravure. Il tente sans succès le concours du prix de Rome et expose pour la première fois au Salon de 1838, aux côtés de son père, une Vue de Notre-Dame de Paris. L’accueil favorable que reçut son saint Jérôme dans le désert présenté au Salon de 1840, l’incite à tenter de nouveau le concours du prix de Rome, mais il sera vite disqualifié, ayant oublié de s’inscrire à la troisième épreuve. Le passage qu’il fait alors dans l’atelier de Jules Delaroche, en vue de la préparation du concours, le marquera peu. En effet, l’influence des paysagistes hollandais, tels Meindert Hobbema ou Jacob Van Ruisdael, qu’il avait pu copier au Louvre, fut plus déterminante pour son œuvre (il exposa au Salon de 1861 une gravure d’après « Le Coup de soleil » de Ruisdael) tout comme l’exemple de Rembrandt transparaît dans ses eaux-fortes.

En 1839, il visite le Dauphiné, région où il viendra par la suite fréquemment, représentant à de multiples reprises le site d’Optevoz (Écluse dans la vallée d’Optevoz, 1855, Rouen, Musée des Beaux-Arts). C’est là qu’il fit la connaissance, en 1852, de Corot dont il devint l’ami. C’est avec lui qu’il se rend l’année suivante en Suisse, puis à Auvers-sur-Oise en 1854. En dehors de ses séjours à Barbizon et dans le Morvan, il s’attache à dépeindre les bords de la Seine et de l’Oise. Pour cela il aménage un atelier sur son bateau « Le Bottin ». Il séjourne une première fois à Londres, en 1865, où il découvre John Constable, et y retourne au moment de la déclaration de guerre en 1870. Peu après il visite la Belgique et la Hollande en compagnie de son fils Karl (1846 — 1886) qui avait commencé à exposer au Salon de 1865.
Fréquemment récompensé lors de ses expositions au Salon, Daubigny connut un grand succès sous le Second Empire et fait rare pour un paysagiste, il obtint plusieurs commandes de l’État qui lui acheta également une suite de vingt estampes en 1856.
Peignant sur le motif, privilégiant les sites aquatiques, Daubigny peut être considéré comme un précurseur des impressionnistes, en faveur de qui il interviendra lorsqu’il participera en 1866 et 1868 au jury du Salon.
Le musée de Grenoble conserve également « Bord de mer » (huile sur bois, 0,34 x 0,55), œuvre de son fils Karl, qui fut son élève et continuateur.

Souvenirs du Bourg-d’Oisans étape d’un voyage de Charles François Daubigny en Dauphiné 

Par Maurice Hocquette
Édition Atelier du Livre
38520 Le Bourg-d’Oisans 1976

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Tout artiste ambitionnant de suivre une carrière « officielle » devait effectuer un voyage en Italie.
DAUBIGNY, après avoir fait des travaux ingrats, décoration de boîtes et de cadrans de pendule, restauration de tableaux au Louvre, ouvrages divers à Versailles, pour gagner de l’argent, partit de Paris le 20 février 1836, il avait dix-neuf ans, avec son ami MIGNAN, pour l’Italie. Le voyage se fit en diligence jusqu’à Lyon. Là, d’une rencontre avec Ernest MEISSONIER — qui avait passé une partie de sa jeunesse à Saint-Ismier et qui était sensible aux beautés de la montagne — devait naître entre les deux jeunes hommes une solide amitié qui se traduisit efficacement deux ans plus tard par la formation de la communauté, une sorte de phalanstère, qui réunit cinq artistes, DAUBIGNY, GEOFFROY-DECHAUME, MEISSONIER, STEINHEIL et TRIMOLET, quatre d’entre eux devant faire subsister tour à tour le cinquième pendant l’année où il préparerait le concours du Prix de Rome.

Une embarcation emmena sur le Rhône DAUBIGNY et MIGNAN de Lyon à Avignon. C’est à pied que les deux amis gagnèrent Toulon, ensuite en bateau Gênes puis Rome.

Le 26 septembre 1836, seul, semble-t-il, DAUBIGNY prit le chemin du retour à pied, sac au dos, en vagabond, ivre de grand air. Il était à Gênes le 16 octobre 1836. Il traversa les Alpes en passant par le Col du Petit Saint-Bernard et fut à Paris à la fin du mois de novembre 1836. Il est étonnant qu’il n’existe aucun document écrit ou iconographique du passage des Alpes, car elles avaient certainement fortement impressionné le peintre.

DAUBIGNY déterminé à être paysagiste fut candidat au concours quadriennal du Prix de Rome en 1837 dans la section Paysage historique.
Il échoua au deuxième concours d’essais (concours de l’arbre). Il décida d’être à nouveau candidat au Prix de Rome en 1841 toujours dans la même section. Entre-temps, il avait été admis au Salon de 1838 avec Vue sur Notre-Dame de Paris et de l’Ile Saint-Louis.

Pour le Paysage historique, « il faut satisfaire aux conventions académiques qui veulent qu’un trait historique justifie le décor et contribue ainsi à l’affermissement de la morale publique » DAUBIGNY choisi pour sujet saint Jérôme dans le désert. Voulant trouver un site sévère grandiose, DAUBIGNY qui connaissait les Alpes et qui fut conseillé par MESSONNIER vint en Dauphiné. Du mois d’août au mois de décembre 1839, et séjourna au Bourg-d’Oisans. Le 23 décembre il se trouve à Grenoble — Les jours précédents il était passé à Sassenage (Les bords du Furon près de Sassenage, essai d’aquatinta, salon du 1841) — et à Lyon le 24. Il avait pensé aller à pied jusqu’à Paris ! Mais il prit la « voiture » après avoir fait un dessin pour le frère de Monsieur POTIE (voir plus loin).

De la liste des candidats au Prix de Rome de 1841, BAUBIGNY fuit éliminé pour une mesquine raison administrative.

La recherche de la Nature, celle de sites, le mena, prenant des « croquetons » des croquis, jetai ça et là des couleurs d’une pochade travaillant souvent sur le motif, dans le Morvant en 1874 et à nouveau au mois de novembre 1847, après Oullins, en Dauphiné (deuxième voyage) à Optevoz et à Crémieu.

DAUBIGNY ira de nouveau à Crémieu pendant l’été de 1852 (troisième voyage en Dauphiné). Il y rencontra François-Auguste RAVIER, lyonnais, mais dauphinois d’adoption, et fera là connaissance de Camille COROT.

En 1854, DAUBIGNY, après un court voyage en Suisse, en 1853, alla à Villerville et en Avallonnais et était le 15 octobre à Optevoz (quatrième voyage en Dauphiné).

Au cours des trois derniers voyages en Dauphiné furent réalisés : Château de Crémieu, Fusin sans date. ; les ruines de Crémieu, Aquatinta 1850 ; Le moulin à Optevoz, huile sur toile, vers 1852 ; l’étang de Gyliea, sanguine vers 1853 ; étang de Gylieu, huile sur toile, vers 1853, Moulin à Optevoz, huile sur toile, 1857 ; les Marais d’Optevoz, huile sur toile, 1857 ; l’écluse dans la vallée d’Optevoz, gravure, par Peulot, sans date. ; trois paysages du Dauphiné, lieux non déterminés.

Le premier voyage de DAUBIGNY en Dauphiné avait pour but la recherche de site pour composer le Paysage historique. Le peintre passa pour cela et pour l’exécution de l’œuvre presque six mois aux Bourg-d’Oisans.

Nous raconterons son séjour d’après les lettres adressées à TRIMOLET à GEOFFROY DECHAUME, et restée inédite jusqu’au début du second semestre 1875. (NDLR. Ce paragraphe renvoie vers une note de bas de page illisible.)

À suivre …

 

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