
Groupe de mineur à la mine de l’Herpie, photo Hippolyte Müller, début XXe, fonds archives musée Dauphinois, colorisation Freneytique.
1913, DES BOY-SCOUTS VISITENT LA MINE DE L’HERPIE
Source Retronews : Les Alpes pittoresques, 31 août 1913
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MINES EN OISANS LES BEAUTÉS ET LES RICHESSES DE L’ALPE
En relatant, dans notre avant-dernier numéro, — avec nombreuses et suggestives photographies à l’appui, — le succès de la première « Fête internationale des Boy-Scouts en Dauphiné », et après avoir montré quelques tableaux charmants de leur original camping à St-Pierre-de-Chartreuse, nous disions combien ces jeunes gens avaient été ravis de leur excursion et leur séjour en Oisans, par où se clôturèrent leurs randonnées à travers nos montagnes dauphinoises. De leur visite à l’Alpe d’Huez, ajoutions-nous, ils rapportaient d’ailleurs, les plus vives impressions, — sur lesquelles nous nous promettions de revenir, — dans le spectacle grandiose des hautes cimes, où voisinent, avec les souvenirs historiques les plus curieux, sur cette terre privilégiée, les plus instructives applications de la science et de l’industrie.
Voici le récit annoncé de cette ultime étape — que veut bien nous communiquer un de ces jeunes excursionnistes.
Sous la conduite de M. Chardon, agent général de la Compagnie des Mines anthracite et de Talc du Dauphiné, qui a bien voulu se mettre obligeamment à notre disposition, — et par le « car Ripper » qui fait le service de Bourg-d’Oisans à Huez, — nous gravissons les 750 mètres d’altitude qui séparent ces deux points, par une route qui serpente à flanc de coteau, ce qui nous permet d’admirer le beau panorama de la vaste plaine de Bourg-d’Oisans et l’aspect majestueux des gorges de Sarennes, — en traversant successivement La Garde, les Ribauds, St-Ferréol, — pour arriver enfin à Huez, à midi, où un succulent déjeuner nous attend, à l’hôtel des Grandes Rousses, récemment construit par le sympathique M. Collomb, et très confortablement aménagé.
Ainsi restaurés, nous quittons Huez, (1.500 mètres d’altitude) merveilleuse station de cure d’air.
La route d’Huez à l’Alpe, qui a fait verser tant de flots d’encre ces temps derniers, n’étant pas encore construite, hélas ? nous avons recours aux intrépides mulets, et notre caravane, ainsi équipée, se dirige vers l’Erpie, par un chemin muletier très caillouteux, en traversant les chalets et l’immense plateau de l’Alpe actuellement en pleine fenaison qui fait le délice des skieurs et des lugeurs, l’hiver, et où ces jours derniers, nos Boy-Scouts avaient établi leur camp de la 2e période des vacances.
Puis nous atteignions Brand, très ancienne ville, dont la description a été faite, en 1899 et en 1901, par l’érudit M. H. Muller, bibliothécaire de l’École de Médecine de Grenoble, de l’ouvrage duquel nous extrayons à ce sujet les passages qui suivent :
« Lorsqu’on arrive sur le plateau de Brandes, par les chalets de l’Alpe d’Huez, on est surpris de ne voir, à perte de vue, que des pâturages et des rochers ; pas un arbre, pas une habitation, les chalets étant dissimulés aux deux extrémités du plateau, dans des « combes » ou replis de terrain.
« Le touriste qui parcourt ce plateau est ensuite intrigué par la présence de larges sentiers, de routes spacieuses mêmes qui le sillonnent en divers sens. Cet étonnement va s’accentuant quand on arrive en vue de ce qui fut la paroisse de Saint-Nicolas de Brandes, dont on commence à distinguer l’emplacement exact, aussitôt que l’en a franchi le Rif-Briand, qui mène à la Sarennes, une grande partie des eaux du Lac Blanc. Quelques cent mètres encore, et l’on foule, en effet, une voie pavée qui atteint, en un point, près de 12 mètres de large ; enfin on franchit un ruisseau très limpide qui se rend dans la prairie à environ 50 mètres au-dessus, et on marche entre des fonds d’habitation, représentés seulement par de pierres résultant de l’écroulement des murs, au milieu des amoncellements de baryte, dont quelques-uns atteignent des proportions invraisemblables.
« Les cabanes, rangées par groupes, souvent accolées les unes aux autres, sont étalées à peu près dans la direction « les filons, de l’Ouest à l’Est, le long d’une combe située entre les prairies, du pied des Petites-Rousses et la crête rocheuse qui surplombe la Sarennes, rive droite. C’est sur cette crête que se trouve le château ou la Tour du Prince Ladre, point précis d’où l’on distingue bien tous les détails de l’ancienne cité. »
Le panorama qui se déroule de ce point, en effet, est réellement merveilleux ; le dos tourné à l’Étendard et aux Grandes-Rousses et en faisant face au midi, on découvre toute la chaîne festonnée du Pelvoux, d’où se détache le Rochail et la Muselle, encadré par la majestueuse « Meige », à l’Est, et Belledonne et Taillefer, à l’Ouest. Revenus de cette impression, nous suivons notre cicérone, qui nous montre, ici, les vestiges de l’ancienne église paroissiale de St Nicolas, probablement édifiée elle-même sur les fondations d’un temple romain et dont l’ancien maître autel est remplacé par « un oratoire dent la niche est trop petite et abrite mal un pauvre Saint-Nicolas en bois, d’un assez bon travail, au pied duquel quelques fidèles viennent prier » ; (H. Muller), là, les tombes de l’ancien cimetière, reconnaissables aux dalles de Schiste ornées de croix grossièrement gravées à leur surface, plus haut encore, les larges obstructions, et le fossé qui les entoure, de la pour du Prince Ladre (lépreux ou voleur) ?
Le guide illustre, d’ailleurs, ses indications, de quelques-unes des légendes fantastiques aux. quelles devaient donner lieu, dans l’imagination populaire, le mystère qui recouvre le passé lointain de ces ruines, et dont l’élégant écrivain dauphinois qui s’est appelé Mme Louise Drevet, a recueilli, dans ses nombreux ouvrages, la romanesque collection.
Cette très intéressante visite terminée, nous poursuivons vers l’Erpie, oit nous sommes très aimablement reçus par M. Bouquet, ingénieur, chargé de l’exploitation de la mine, qui, après nous avoir montré l’organisation bien comprise de la cantine où sont logés les ouvriers et la distribution des ateliers et magasins, — le tout créé par la Société au prix de grands sacrifices, — nous pilote successivement dans les diverses galeries de l’exploitation de Combes Charbonnières et de l’Erpie, où nous pouvons suivre en détail, les travaux exécutés qui constituent actuellement des ressources très importantes et où nous assistons à l’abattage de blocs superbes d’anthracite dans des couches variant de 1 à 7 mètres d’épaisseur, d’une remarquable pureté.
Une surprise, cependant, nous attendait, et au moment où « nous nous disposions à sortir de la mine pour reprendre le cours de nos ébats, nous avons dû nous ranger en file indienne, pour livrer passage à « Margot », qui conduisait tranquillement, à la station de départ du câble, un convoi de bennes, représentant le rendement journalier d’une partie de ces braves mineurs.
Enchantés de cette excursion, nous reprenons à pied la route de Bourg-d’Oisans, en admirant, au passage, l’installation hardie du câble aérien qui relie la mine de l’Erpie aux bâtiments de Bourg-d’Oisans, où s’effectue le traitement des produits. Ce transporteur peut-être unique en son genre a 5 Kilomètres de longueur ; il est automoteur sur toute sa longueur et comprend 3 stations angulaires ; son débit est de 10 tonnes à l’heure — les bennes métalliques, qui sont espacées de 135 mètres contenant chacune 300 kilos de charge utile. Dans la partie rieur, de Bourg-d’Oisans à Huez, tous les organes sont métalliques (pylônes, stations, etc.). La partie supérieure est en période de transformation pour permettre de doubler l’extraction annuelle et la porter à trente mille tonnes.
Dévalant ainsi dans les gorges de la Sarrenes, nous arrivons ensuite à l’exploitation de talc, dont nous visitons les trois galeries superposées, aménagées pour l’exploitation du filon, qui représentent environ 15 mètres d’épaisseur totale. Poursuivant toujours, nous arrivons dans la plaine du Bourg-d’Oisans, au pied de la cascade de Sarennes, au-dessus de laquelle se détache un pylône gigantesque de 70 mètres de hauteur, soutenant le câble aérien, d’une portée de 650 mètres.
Nous voilà, maintenant, aux ateliers de traitement des anthracites. Cette installation comprend : la station d’arrivée du câble et les bâtiments d’emmagasinement des produits bruts, les ateliers d’entretien du matériel, les bureaux, l’atelier de criblage, avec four pêcheur rotatif, et l’usine à boulets — le tout actionné par des moteurs électriques.
Les anthracites bruts arrivant de la mine subissent une première classification, qui élimine les gros morceaux de 100 m/m et au-dessus, sont appelés à êtres concassés. Le reste, après avoir été séché au four, sa classe en cinq qualités :
Menu fin 0 à 6 m/m : Grésil 6 à 20 m/m ; Noisette 20 à 30 m/m, Cassé criblé 30 à 30 m/m ; Gailletres 60 à 100 m/m.
Les menus fins sont emmagasinés dans des tours, pour être transformés en boulets ; les grésils sont généralement vendus aux Usines Electro-Métallurgiques, les noisettes conviennent au moteur à gaz pauvre et les cassés cribles et caillettes pour le chauffage central et les phares. Ces trois dernières qualités, après classification, circulent sur des toiles de transport pour permettre l’enlèvement des rares pierres quelles pourraient contenir. Nous avons été, en effet, frappé de la pureté de ces produits, dent les caractéristiques, que nous avons pu contrôler au Laboratoire, se rapprochent sensiblement des anthracites anglais, — car ils donnent : Matières volatiles 4 % environ ; Cendres 6 à 7 % ; Eau 5 à 6 % et Carbone fixe 83 %.
C’est tout simplement merveilleux. Nous avons pu également visiter l’usine à boulets, d’installation tout à fait moderne, qui produit 3 tonnes à l’heure, en boulets de 30 grammes, délice des ménagères et des gens soucieux de leurs intérêts, ne négligeant pas les économies du chauffage.
Un peu poussiéreux au sortir de cette étape, nous parcourons en détail l’Usine à l’aie, voisine, — le tout relié à la gare de Bourg-d’Oisans par un embranchement particulier. — La viscosité et l’impalpabilité du talc en poudre sortant des bluteries (atelier où l’on sépare les impuretés du talc en la faisant passer à travers un tamis) — après avoir subi diverses manipulations de broyage, de séchage et de classification, effectués mécaniquement — nous ont également frappés. Ce produit, nous a-t-on dit, est vendu aux papeteries et cartonneries.
Enfin, après quelques instants de repos dans le coquet Jardin public de Bourg-d’Oisan, en face duquel se déroule le ravissant panorama que nous venons de décrire, nous reprenons le train direct V.F.D. qui nous ramène à Grenoble par le même itinéraire, emportant le meilleur souvenir de ces excursions instructives, à travers des sites réellement admirables qui valent bien la plupart de ceux de la Suisse, — mieux décrits, peut-être, que je ne le saurais faire, — mais qui ne présentent sûrement pas plus d’intérêt au point de vue industriel, pittoresque et touristique.
B.-S.
