1952— LA TOURNÉE DU FACTEUR EN VÉNÉON…

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Facteur des Alpes, en 1911, le petit Journal, source : MuseedelaPoste.fr

1952— Quand le facteur part en tournée en Vénéon…
Dans une haute vallée des Alpes française

Source Retronews : La Gazette Provencale,
édition du 08-decembre 1952

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Depuis 1863, toutes les communes de France reçoivent journellement la visite du facteur des Postes. Ce personnage pittoresque, connu de tous, parcourt chaque jour aussi bien les rues de nos grandes villes que les sentiers qui conduisent aux hameaux les plus reculés. Dans ce dernier cas, il est parfois le seul lien qui rattache, pendant les longs mois d’hiver, le village montagnard au reste du pays. Ce modeste et sympathique représentant de l’Administration des P.T.T. se heurte alors à des difficultés de toutes sortes pour accomplir son service qui exige des qualités physiques exceptionnelles, alliées à une connaissance approfondie de la région desservie.

Un exemple parmi tant d’autres de cette particularité de la distribution postale dans les montagnes françaises est fourni par la desserte de la haute vallée du Vénéon, située au sud-est du département de l’Isère, au cœur des Alpes, dans le Massif de l’Oisans. Le Vénéon est un torrent qui se jette dans la Romanche, elle-même affluent de l’Isère.
La région desservie s’étend de Venosc au hameau de la Bérarde, juché à 1711 mètres d’altitude et sur un promontoire étroit disputé au torrent. Ce village de dix chaumières est un centre alpin important, entouré de glaciers étincelants et perdu au milieu de ces géants de la nature que sont la Barre des Écrins (4 010 m) et le Grand Pic de la Meije (3 982 m).
Le courrier à destination de cette partie des Alpes est acheminé en automobile de Lyon jusqu’à Grenoble — où il est trié — et de là à Bourg d’Oisans et à Venosc.
Dans cette dernière localité, le bureau de poste est une recette-distribution ; c’est-à-dire un établissement dont le titulaire est à la fois receveur et distributeur. Il ouvre son bureau au moins trois heures par jour aux usagers pour leur permettre d’effectuer leurs opérations, et il participe à la distribution des correspondances à destination de sa localité.
Pour assurer la distribution sur toute la circonscription du bureau de Venosc, trois agents distributeurs sont adjoints au titulaire de ce bureau.
Ainsi, chaque matin, dans un décor grandiose et sauvage, menacé sans cesse par les avalanches d’hiver, trois facteurs partent de divers points pour les quelques hameaux ou villages rattachés « postalement » au bureau de Venosc. Ces hommes sont des gens du pays, en connaissant les moindres sentiers et rompus depuis leur enfance à la pratique de la montagne.
Le facteur qui assure la liaison avec la recette-distribution de Venosc dessert Saint-Christophe-en-Oisans et les villages environnants. Il assure de plus le transport du courrier destiné à deux autres facteurs, dits de relais, qui desservent, l’un, le hameau de Lanchâtra, l’autre divers villages échelonnés jusqu’à La Bérarde.
Le premier facteur part le matin de Saint-Christophe pour Venosc, après avoir reçu des mains du facteur de relais de La Bérarde, dont nous reparlerons plus loin, les lettres relevées par ce dernier.
Sur son parcours, notre premier facteur procède lui-même aux levées des boîtes situées à Plan-du-Lac et Bourg-d’Aru. À Venosc, il prend en charge le courrier parvenu au bureau pour lui et pour ses deux collègues et se remet en route. La première étape de son voyage de retour le conduit à Bourg-d’Aru, puis il traverse le clapier de Saint-Christophe, amoncellement d’énormes blocs éboulés. Il entame alors l’ascension de la montagne par une route qui suit la vallée du Vénéon, mais en surplombant de 200 mètres le lit du torrent. Cette route, taillée à flanc de rochers, bordée de ravins, passe à Plan-du-Lac où le facteur de relais de Lanchâtra attend le courrier destiné à ce petit hameau situé à 1400 mètres d’altitude et à quelques kilomètres de là.

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Carte de la tournée du Facteur en Vénéon, en 1952.


Après avoir traversé le torrent sur le Pont du Diable, le premier facteur poursuit sa route en pleine montagne. Il domine sur sa droite la vallée et, toutes proches de là, se dressent les montagnes couvertes de neiges et de glaciers. Au bout de sept kilomètres de montée dans un paysage désertique, il arrive à Saint-Christophe à 11 h 30. Là, sa tâche consiste d’une part à remettre au facteur de relais de La Bérarde le courrier qu’il devra distribuer dans l’après-midi, et, d’autre part, à effectuer sa propre tournée de distribution. À la fin de sa journée, il aura parcouru 24 kilomètres et gravi 585 mètres de dénivellation.
Le facteur de relais de La Bérarde a quitté le matin dès six heures le petit village des Étages, à 1600 mètres, pour monter jusqu’à La Bérarde (1711 mètres) et revenir ensuite à Saint-Christophe en passant par Champorent, tout cela dans le but de relever les lettres déposées dans ces localités. À 11 h 30, à Venosc, il prend en charge les correspondances à destination de sa tournée et il parcourt le chemin du matin en sens inverse pour les distribuer.
En hiver, l’itinéraire La Bérarde–Saint-Christophe est très fortement enneigé. La route, dont les poteaux indiquent seuls alors le tracé, doit être parcourue tout entière afin d’éviter les dangers d’avalanches.
Aussi, l’horaire de la tournée du facteur de relais de La Bérarde est-il avancé du 1er octobre au 30 avril. Pendant cette période, ce facteur n’attend pas à Saint-Christophe le retour de son collègue qui apporte le courrier venu de Venosc.
Il repart pour Les Étages et La Bérarde en emportant le courrier parvenu la veille à Saint-Christophe.
Ainsi, dans des conditions atmosphériques souvent très pénibles, obligé d’emprunter parfois des tunnels creusés sous la neige, le facteur de relais de La Bérarde parcourt à ski, chaque matin, les 28 kilomètres que comporte sa tournée de distribution.

Telles sont, brièvement résumées, les conditions dans lesquelles s’effectue la distribution postale dans la Haute vallée du Vénéon. C’est une des particularités des pays montagneux où l’homme s’est accroché à son village, malgré le climat et le relief. Le montagnard courageux et rude est isolé pendant une bonne partie de l’année du reste du pays. Seul le facteur des P.T.T., qui est, lui aussi, un montagnard, continue d’assurer son service, modestement, mais régulièrement, ne s’avouant que rarement vaincu par les éléments. Il passe là où nulle machine moderne ne peut pénétrer. Il semble bien, en effet, que l’hélicoptère, seul susceptible de le remplacer, ne pourrait donner autant de garanties de sécurité et surtout de régularité. Le facteur des Postes est un homme qui affronte journellement de dures fatigues et des dangers nombreux pour que quelques paysans isolés dans leur hameau puissent conserver un lien humain avec le reste du monde.

Joseph Dode avait, à titre de remplaçant occasionnel, endossé au milieu des années 1930, la fonction de « facteur de relais » sur le secteur de Lanchâtra, ce qui, selon son épouse Lucie, « avait mis du beurre dans les épinards ». Elle lui conseilla de postuler au poste de facteurs aux PTT en tant qu’ancien combattant (cette époque, il y avait une distinction à entre les postes de facteur à pourvoir à titre civil et militaire, Joseph avait fait le Chemin des Dames où il avait été blessé), et jugeant que Dame Bonne Fortune saurait sans doute apprécier un petit coup de pouce, contourna le passage officiel de la déclaration en mairie et la Poste de Venosc, pour que le dossier ne soit pas « ralenti » par le maire et le receveur de l’époque, qui n’était pas en amitié politique avec Joseph.
Ainsi, Joseph Dode, facteur remplaçant de relais de Lanchâtra, devin facteur durant l’année 1937, sur le secteur de Vif, où il exerça, sur son vélo « à frein pédales », jusqu’à la fin de sa carrière.

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