AVANT-BRAS DROIT DE FEMME AVEC BRACELETS

SÉANCE DU 7 DÉCEMBRE 1882

Bracelet découvert en Oisans, sur la nécropole de La Palud, d’Ornon, située en bordure de la route du col, à l’occasion de travaux de construction 1858. Source Musée Dauphinois.

Source Percée : Publications de la Société Linnéenne de Lyon
Auteur : M. Le Dr Charvet
Publication :  1882 – 1/2 pp. 296-300

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COMMUNICATION

AVANT-BRAS DROIT DE FEMME AVEC BRACELETS TROUVÉ À ORNON, EN OISANS (ISÈRE)

PAR M. LE DOCTEUR CHARVET

En 1858, l’un de mes parents, médecin au Bourg-d’Oisans, me fit parvenir ces os de l’avant-bras garnis de trois anneaux armillaires en bronze plein, ornés de rayures ou coches comme la plupart de ceux que l’on a rencontrés dans cette région à diverses époques et en divers lieux de ce canton.

Il me fit savoir que cette trouvaille avait été faite la même année dans le sol du nommé Guinard Louis, à la Palud-d’Ornon, qui, en creusant une cave, avait trouvé des ossements. Cette maison se trouve à droite, sur la route d’Ornon, en partant de Bourg-d’Oisans.

On trouva en même temps un superbe collier fait de gros grains d’ambre ; il a été perdu peu à peu par l’enfant du médecin qui s’en amusait de temps en temps. Signalons cependant son existence auprès de ce débris humain.

Voici quelques détails qui m’ont été envoyés par M. le docteur Roussillon, qui a publié, en 1854, un Guide du Voyageur dans l’Oisans sous le rapport topographique, historique et statistique de cette contrée.

Les habitants du pays Ucénien avaient une civilisation assez avancée. Ainsi le prouvent les découvertes de sépultures antiques faites depuis moins de cinquante ans, sur plusieurs points de la contrée, et dans lesquelles des objets divers et précieux, signes de distinction chez les peuples de la Gaule, ont été exhumés avec les ossements eux-mêmes.

Des sépultures de ce genre ont été trouvées en 1839 à Ventelon, près de la Grave, et à Venosc dans deux endroits différents, à Ornon en 1858, en 1873, au Mont-de-Lans, en 1860.

Chacune d’elles était toujours sur le bord de la route ; les unes et les autres contenaient, avec des os de squelettes plus ou moins consumés, des anneaux armillaires ou bracelets formés de tiges ou de lames de bronze ou de cuivre, des bagues, des colliers garnis de disques ou billes d’ambre, de fragments de corail ou de matières résineuses noires et dures, mais indéterminées ; la plupart des colliers étaient de cuivre ou de bronze. Quelques-uns, trouvés à Ornon, ont paru être d’or.

Le travail d’ornementation repoussée, artistique et régulier chez tous, était tantôt simple, tantôt plus ou moins délicat et compliqué. Dans les sépultures mises à découvert à Ornon en 1858 par une fouille exécutée à 2 mètres du sol, l’on remarqua deux petits bûchers : l’un presque entièrement consumé et remplacé par des charbons et des débris pulvérulents, et l’autre presque intact, offrant encore des morceaux de bois entiers ou à demi carbonisés. La vue de ces bûchers et de leurs cendres, à côté d’ossements bien reconnaissables, a fait naître la pensée que, de ces restes humains, les uns avaient été simplement inhumés, et les autres incinérés avant leur inhumation.

Une fouille semblable, faite au même lieu, à côté de la première, en 1873, mit au jour d’autres ossements et d’autres objets funéraires identiques à ceux trouvés en 1858. Ceux-ci, consistant principalement en colliers, en bracelets, étaient généralement de petite ou moyenne dimension, comme ayant servi à des femmes ou à des enfants. Ils étaient passés autour des membres supérieurs ou inférieurs, semblant avoir appartenu à cet âge et à ce sexe. Ceux, au contraire, découverts en 1873, à droite des premiers, étaient, ainsi que les ossements auxquels ils avaient été adaptés, de plus grande dimension et paraissaient avoir orné des personnages adultes, ayant, d’après les proportions de ces mêmes ossements, une taille élevée et une forte constitution. Un vase funéraire était placé vers les membres inférieurs. La réunion de ces ossements sur un même point, avec des différences si marquées dans leurs dimensions relatives, a fait supposer qu’ils étaient ceux d’une seule famille gauloise qu’une sépulture commune avait réunis après leur mort.

Dans une de ces sépultures antiques de Venosc, on assure que des morceaux informes de pierres et de fer rongés par le temps ont été trouvés mêlés à des restes d’ossements en grande partie consumés.

Depuis la date de ces découvertes précieuses, les sciences préhistorique et anthropologique ont pris naissance et ont marché avec un prodigieux essor. Grâce aux travaux de MM. Lortet et Chantre, directeurs du Muséum de Lyon, j’ai pu trouver des renseignements précieux, tels, par exemple, dans les Matériaux pour l’histoire de l’homme de janvier 1875, un article fort intéressant sur les nécropoles de l’âge du fer dans les Alpes françaises.

Les débris dont j’ai l’honneur d’entretenir la Société semblent appartenir en effet à un sujet devant être classé dans le troisième groupe, celui de la vallée du Drac ou de l’Oisans, groupe lui-même subdivisé par sections du col d’Ornon, Mont-de-Lans, Venosc et la Motte-d’Aveillans, et correspondant à l’époque d’Hallstatt (Autriche). Nous ne pouvons dire, en l’absence du crâne, si le sujet était dolichocéphale ou brachicéphale.

Dans tous les cas, j’ai été frappé de l’aspect de ces os des avant-bras. Il est du côté droit et doit avoir appartenu à une femme adulte, forte et de petite taille. Les épiphyses sont parfaitement soudées et effacées, les crêtes ou lignes d’insertions musculaires bien mieux accentuées que de coutume chez les femmes, la couche éburnée plus épaisse, l’os plus sonore, et la tête du radius, portée sur un assez long col, s’évasait en présentant une cupule, malheureusement endommagée par la disparition d’un éclat du tissu éburné. Mais, malgré cette avarie, l’on comprend que ladite cupule ne devait pas présenter une circonférence régulière, mais bien plutôt une ellipse. Aussi nous demandons-nous si cette femme avait dû jouir de toute son amplitude de 180° pour exécuter les mouvements de pronation ou de supination complets, et si, suivant la méthode de With, fondateur de la méthode d’ostéométrie en 1795, l’humérus aurait été égal au radius en longueur ; car alors nous aurions pu déterminer si nous avions les débris d’un sujet de race noire ou de race blanche, sachant que la race nègre a l’avant-bras plus long que cette dernière.

C’était précisément pour ces recherches anthropologiques dans le superbe Muséum du palais Saint-Pierre que je me suis rendu dans cette ville, mais j’ai été heureusement relevé de cette tâche ingrate et au-dessus de mes études anatomiques par M. Faure, professeur à l’école vétérinaire, qui, je n’en doute pas, déterminera et reconstituera par comparaison la provenance et la race de ces débris humains.

Pour mon compte, j’ai comparé cet avant-bras avec celui du squelette de femme provenant du cimetière de Peyre-Haute, commune de Guillestre. J’ai retrouvé identiquement les mêmes dispositions anatomiques, les mêmes dimensions ; aussi, jusqu’à preuve contraire, je le crois avoir appartenu à un individu de la race d’Hallstatt, premier âge du fer, époque antérieure de quatre mille ans avant notre ère.

DISCUSSION

M. Chantre prie la Société de se joindre à lui pour remercier M. Charvet d’avoir bien voulu faire connaître les nouvelles observations auxquelles ont donné lieu les importantes nécropoles de l’Oisans.

Les objets que présente M. Charvet sont identiques à ceux qu’il a lui-même découverts dans les hautes et les basses Alpes, et les sépultures dont ils proviennent appartiennent donc au même groupe de nécropoles que celles qu’il a constatées dans toute la chaîne des Alpes et qu’il a décrites autrefois.

Ce groupe de nécropoles alpines vient rejoindre le groupe des tumulus de la Suisse, du Jura, de la Franche-Comté et de la Bourgogne.

Toutes ces sépultures remontent à peu près à la même période, c’est-à-dire à l’époque transitoire entre l’âge du bronze et l’âge du fer proprement dit.

On doit d’autant plus savoir gré à M. Charvet de sa communication que les richesses des sépultures de l’Oisans ont été en quelque sorte dilapidées, et qu’il est fort difficile d’en retrouver des spécimens dans les collections publiques ou privées.

M. le président remercie M. Charvet au nom de la Société. Vu l’heure avancée, la discussion sur les communications est renvoyée à la prochaine séance. M. Charvet promet de continuer à cette séance son intéressante communication.

La séance est levée à cinq heures et demie.

L’UN DES SECRÉTAIRES : DE MILLOUÉ.

FIN DU TOME PREMIER

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