Sources : Archives André Glaudas
Sur le même sujet :
– Nécrologie du général Jules Bataille
Nota : Dans ses archives, André Glaudas a porté un intérêt tout particulier à Jules Bataille, son dossier est très riche, chargé de textes et de documentations que je n’ai pas fini d’explorer.
Le Général Bataille en quelques lignes :
Fils d’un capitaine de la Grande Armée, Jules Bataille incarne l’archétype de l’officier de valeur dont l’ascension fulgurante fut forgée au feu de vingt-trois campagnes.
Né au Bourg-d’Oisans, ce pur produit de la méritocratie militaire s’illustra d’abord en Algérie, où son intrépidité lors du siège de Zaatcha et dans les défilés de Kabylie lui valut ses premières citations. Sa carrière, marquée par une maîtrise technique de l’infanterie, atteignit son apogée lors de la campagne d’Italie, où son cri de ralliement à Magenta — « Si je tombe, je défends qu’on me ramasse ! » — entra dans la légende.
Général de division à quarante ans, il fut un acteur héroïque, mais malheureux de la guerre de 1870, tombant grièvement blessé à Rézonville. Figure de la reconstruction militaire sous la IIIe République, il commanda le 5e Corps d’armée à Orléans, y défendant avec une probité inflexible l’honneur de l’institution face aux turbulences politiques. Alliant la rigueur du stratège à une piété profonde, le général Bataille s’éteignit en 1882, laissant le souvenir d’un chef dont la loyauté envers la France demeura, par-delà les régimes, la seule boussole.
Autrement dit 1996 (journal du Bourg-d’Oisans)
C’est le 29 juillet 1894 que le Conseil Municipal de Bourg d’Oisans, sous la présidence de son maire, Monsieur Guinard, décidait de dénommer « Rue Général Bataille » la rue Saint-Antoine, de la « cime de la rue » à la place.
Un siècle plus tard, la mémoire collective a totalement oublié le plus illustre des Bourcats au point qu’un édile local envisagera de le supprimer définitivement de notre souvenir en débaptisant la rue.
Henri Jules Bataille est né à Bourg d’Oisans le 11 septembre 1816 dans la maison contiguë à celle du Parc des Écrins, qui fait l’angle de la place Saint-Antoine et de la rue Jean-Baptiste Gauthier. Il était le fils de Jean-Pierre Bataille, Capitaine de cavalerie, et de Sophie Antoinette Garnier, originaire d’Allemont, et le petit-fils de Jean Bataille, maître-chirurgien et juré d’Oisans.
En 1826, orphelin d’un officier de l’Empire, Chevalier de la Légion d’honneur, il fut admis au Prytanée de la Flèche, puis reçu à Saint-Cyr le 16 novembre 1834.
Sous-lieutenant au 22e régiment d’infanterie de ligne, il fut envoyé en Algérie au début de 1839. Il devait y rester vingt ans et prendre part à toutes les expéditions de pacification contre les Arabes à la tête d’unités de la Légion étrangère ou des tirailleurs indigènes.
Il fut blessé d’une balle à l’épaule gauche au siège de Zaatcha le 16 juillet 1849 et sauva un convoi dans les gorges d’El-Kantara. Le Général de Saint-Arnaud, qui l’avait apprécié lors de l’expédition de Djidjelli, l’appela à Paris en 1851 comme Lieutenant-colonel du 56e régiment de ligne ; mais trois ans plus tard, il fut renvoyé en Algérie et placé comme Colonel à la tête du 45e Régiment avec lequel il fit à nouveau campagne contre les Kabyles.
Général de brigade le 12 juin 1856 à l’âge de 40 ans, il fut désigné pour un commandement à Lyon.
Lors de la campagne d’Italie (participation à l’unité italienne contre l’Autriche), il se distinguera à Porto-Vecchio pendant la bataille de Magenta.
Remarqué par l’Empereur pour sa bravoure à la bataille de Solférino, Napoléon III lui confiera le commandement de la Brigade des Voltigeurs de la garde impériale.
Le canton de Bourg d’Oisans, fier d’avoir fourni à la nation un chef militaire aussi prestigieux et placé à un poste aussi influent, lui témoigna son estime en le désignant à l’unanimité Conseiller, général du canton, sans que l’intéressé eût à solliciter un suffrage électoral, qu’il ne désirait pas. Peu disposé pour les passe-droits, les intrigues, la politique, notre Général donnera deux ans plus tard sa démission.
En 1867/1868, promu Général de division, il opéra dans les états romains envahis afin de protéger Rome et le Vatican des troupes de Garibaldi. C’est à cette occasion qu’il inaugurera le nouveau fusil « Chassepot », dont sa division était armée pour la première fois.
À la déclaration de guerre à la Prusse en 1870, il combattit à la tête de la 2e Division du 2e Corps à Sarrebruck, à Forbach, et eut les honneurs d’une mention dans le rapport de l’État-major allemand. Il fit encore preuve de courage à la bataille de Rezonville, le 16 août, où il fut grièvement blessé après avoir eu deux chevaux tués sous lui.
C’est sur un lit d’hôpital à Metz que les Allemands le feront prisonnier après le désastre de la reddition de Napoléon III à Sedan. Le courage de notre Général fut à la hauteur de nos revers.
Sa convalescence le tint écarté de l’insurrection de la Commune et de la remise en ordre qui s’en suivit. À peine rétabli, Thiers, alors à la tête de la toute nouvelle IIe république, lui confiera le commandement du 2e Corps de l’armée de Versailles. Il fallait réorganiser et redonner le moral à une armée meurtrie et réconcilier celle-ci avec la Nation. Il fera partie du comité de défense et terminera sa carrière au commandement du 5e Corps à Orléans, ville où il devint l’ami de l’Evêque Dupanloup, célébrité religieuse, mais surtout politique.
Marié tardivement le 28 mai 1874 à une jeune veuve, Marie Désirée Françoise Rabou, cantatrice, fille d’un procureur général et qui fut son infirmière dévouée à l’hôpital de Metz, il n’eut pas d’enfants.
Le Général Bataille mourut à Paris le 8 janvier 1882.
Il était :
– Grand-croix de la Légion d’honneur
– Commandeur de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare de Sardaigne
– Grand-croix de l’Ordre de l’Épée de Suède
– Décoré de 1re classe de l’Ordre du Lion et du Soleil de Perse
– Décorer de la médaille d’Italie et de sa Sainteté Le Pape.
Il comptait 41 ans de service actif, 23 campagnes, deux blessures et plusieurs citations.
Henri Jules Bataille, au cours de sa longue carrière militaire, n’aura servi que son pays et n’aura flatté aucun pouvoir politique, monarchique, impérial ou républicain. Son avancement ne sera dû qu’à ses valeurs personnelles.
L’Oisans peut être fier de compter dans ses rangs une des plus honorables personnifications de la bravoure, de la droiture et de l’honorabilité du soldat français.
André Glaudas

