LA ROUTE DE L’OISANS ET LE TORRENT DE LA VAUDAINE
Source Gallica, Le Dauphiné : courrier des eaux thermales de la région, édition du 16 mai 1909
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– Histoire du lac Saint laurent 1/5
La route de l’Oisans et le torrent de Vaudaine
Une nouvelle fois le torrent de Vaudaine, grossi subitement par un orage dont les eaux se sont déversées dans son bassin, a entraîné d’énormes masses de graviers et de gigantesques blocs de rochers qui ont obstrué pendant plusieurs jours de cette semaine la route et la voie ferrée de Vizille au Bourg-d’Oisans dans la partie traversant ce vaste cône de déjection.
Les entraves ainsi apportées à la circulation sur une des principales artères d’accès du Haut-Dauphiné ont de nouveau attiré l’attention sur l’opportunité qu’il pouvait y avoir à reporter cette partie de la route nationale sur la rive opposée de la Romanche, suivant le tracé abandonné il y a une quarantaine d’années après la destruction de notre grande voie de l’Oisans par le torrent de l’Infernay, qui débouche en face.
Les dépenses considérables exigées pour la construction d’un long tunnel dans le rocher, sous le lit de l’Infernay profondément encombré de débris instables, engagèrent à renoncer à un tel projet.
On préféra édifier deux ponts sur la Romanche, un sur le torrent de Vaudaine en traçant deux kilomètres et demi de route nouvelle à travers l’étroite bande de la rare terre cultivable dans le village de Livet.
À diverses reprises, depuis lors, ce passage de la route s’est trouvé plus ou moins encombré par des débris du formidable cône de déjection. Mais sa remise en parfait état de viabilité n’a jamais été de longue durée, et les deux ponts de fer et de maçonnerie, assez rapidement désobstrués, ont toujours vaillamment résisté.
Il est intéressant de rappeler au sujet de cette curieuse section de la traversée des gorges de la Romanche ce qu’écrivait, en 1867, un de nos compatriotes, le distingué ingénieur des ponts et chaussées Philippe Breton, dans un mémoire consacré aux barrages de retenue des graviers dans les gorges des torrents et où il est incidemment donné un suggestif historique de la formation du fameux plan lacustre du Bourg-d’Oisans :
« Le lac Saint Laurent de la fin du xiie et du commencement du xiiie siècle fut une retenue accidentelle des eaux de la Romanche, déterminée par un encombrement considérable de son lit au point où les deux torrents de Vaudaine et de l’Infernay débouchent en face l’un de l’autre ; chaque fois qu’un de ces torrents a barré avec ses déjections le lit de la Romanche il a formé, en amont, un lac plus ou moins étendu, jusqu’à ce que la chute du trop-plein du lac ait tronqué le cône qui avait fait le barrage. Pareil accident est arrivé bien des fois à ce même endroit, depuis la fin de l’époque glaciaire, comme on le reconnaît en voyant, tout le long de la gorge de Livet, plusieurs étages de terrasses. On reconnaît aussi, au pied du cône de déjection du torrent de Vaudaine, plusieurs troncatures successives en avant desquelles des cônes nouveaux se sont greffés, puis ont été tronqués à leur tour, puis greffés de nouveau, puis ont subi de nouvelles troncatures. Or ces troncatures multiples datent de plusieurs siècles, les plus anciennes de plusieurs milliers d’années, et il en reste encore des falaises bien visibles ; tandis que, chaque fois qu’un lac temporaire d’Oisans, après avoir couvert la plaine, a tronqué le cône de déjection de Vaudaine, l’eau du lac s’est écoulée en quelques heures, en emportant, dans l’étendue d’une étroite coupure, tous les graviers des torrents, jusqu’aux gros blocs anguleux qui forment le vrai seuil, et qui occupent le sommet d’une ancienne moraine. »
[…]
F. DURTEIN.

