Le Rivier d’Allemont par l’Abbé Bayle

LE RIVIER D’ALLEMONT
Source : Extrait de la Monographie du Massif des Grande Rousses de l’abbé Joseph Bayle. Édition 1879

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Le Rivier d’Allemont.

Le Rivier d’Allemont était un des plus pauvres villages de l’Oisans ; privés jusqu’ici de toute communication facile, ses braves habitants pouvaient à peine échanger leurs produits et se procurer le nécessaire.

Il faut ajouter qu’avant 1865 ce pauvre pays n’avait pas de curé : il fallait, pour accomplir ses devoirs religieux, descendre à Allemont, éloigné de 2 h. 40. Avant 1857 le Rivier n’avait pas de cimetière, on transportait les morts à Allemont ; pendant l’hiver il fallait quelquefois coucher en route avec le mort, car pour arriver à Allemont on devait parcourir un interminable et affreux chemin, traverser six ou sept torrents, souvent grossis outre mesure, affronter quatre avalanches redoutables. De meilleurs jours semblent se lever pour cette population sympathique et laborieuse ; la route l’unira au reste du monde et diminuera ses dangers.

Le Rivier possède un presbytère en construction, une chapelle insuffisante servant d’église, et une école dirigée par un instituteur ; un adjoint spécial fait les fonctions. d’officier civil pour la section du Rivier.
Au sortir du Rivier, la route, laissant à gauche le chemin de la Coche (1 h. 30) et celui des Sept-Laux (2 h. 30), redescend un peu vers l’Olle et traverse le ruisseau.
Les champs cultivés du Rivier disparaissent, la gorge se rétrécit considérablement ; on prend la direction de l’est et l’on se trouve entre deux immenses montagnes, l’une à gauche, le massif des Sept-Laux, l’autre à droite, les pics du signal de Vaujany ou montagnes du Rissou, dont les flancs supportent la belle forêt de Burge. L’Olle roule tumultueusement ses eaux à travers des rochers énormes qui encombrent son lit et de magnifiques sapins balancent leurs pesants rameaux sur les bords humides du torrent.

Ce lieu est triste, mais son aspect ne manque pas de grandeur. On franchit le ruisseau des Sept-Laux qui tombe de roc en roc en formant mille cascatelles et l’on entre dans le défilé de Maupas (mauvais passage).
La route modifiera l’état du chemin qui est mauvais, surprendra le voyageur par de beaux travaux, sans changer l’aspect de ce sauvage, triste, mais grandiose paysage.
Voici ce que dit l’auteur de la petite brochure les Guides de l’Oisans, sur ce curieux passage de Maupas : « Là où le passage est le plus étroit, on a jeté sur le torrent quelques poutres qui forment, avec des branches d’arbres jetées dessus, la passerelle de Conchatan, elle sert uniquement aux pâtres de la montagne.
« Ce pont plus que primitif lancé sur l’abîme où semble se perdre l’Eau-d’Olle, la fissure profonde que les eaux ont creusée, de grands arbres qui penchent sur ce chaos, où semblent se mêler et se confondre les rochers, les eaux, l’aridité la plus triste et la végétation la plus puissante, le travail de l’homme et la nature abrupte, les restes gigantesques d’une immense avalanche, le bruit étourdissant du torrent qui disparaît dans l’abîme et sous l’avalanche, le chemin qui serpente sur le flanc de la montagne et veut fuir ces horreurs, tout donne à ce lieu un aspect saisissant.
Les cimes des montagnes noires et abruptes qui ferment l’horizon forment le cadre du tableau et s’harmonisent avec tous les détails.
« Après avoir franchi Maupas on se trouve dans un clapier qui rappelle en petit celui de Saint-Christophe, mais il est moins aride ; j’engage fortement tous les artistes à parcourir la gorge de Maupas. « Cependant les montagnes s’éloignent, à droite Conchatan s’abaisse sensiblement et laisse bientôt apercevoir les montagnes de la Cachette, à gauche les Hustaches et Roche-Reynaud forment un vaste col qui donne accès aux Sept-Laux. « Après avoir franchi le clapier de Maupas, on se trouve dans une plaine où l’Olle plus tranquille roule doucement ses eaux sur un lit uni au milieu du gazon et de petits cailloux aux couleurs variées ; la vie humaine est très souvent semblable aux torrents de nos montagnes, des jours doux et paisibles sont suivis immédiatement de jours de ruine et de tracas. »

L’abbé J. BAYLE.

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