Le seuil de l’Aveynat 1/5

La Romanche à sur la plaine du Bourg-d’Oisans, Carte postale GEP, Collection Musée Dauphinois

LE SEUIL DE L’AVEYNAT 1/5
1927 Syndicat de défense de la Plaine de l’Oisans en lutte contre le rehaussement du seuil de la plaine d’Oisans. (Première partie)

Archives :
André Glaudas

Une série de 5 articles consacrés à la plaine d’Oisans et la lutte contre son inondabilité récurrente.
Presque un siècle après sa publication, cet article conserve tout son intérêt et une corrélation avec le nouvel aménagement hydroélectrique de Romanche-Gavet, je vous invite de lire également les trois articles suivants de M. Bernard François, Président de l’association Coutumes et Traditions de l’Oisans :
Bulletin Coutumes et Traditions No 75 : Le barrage de l’Infernet, les détails du projet du barrage d’Édouard Lullin
Bulletin Coutumes et Traditions No 76 et 77 : Abaissement des seuils de la plaine d’Oisans 1/2  et Abaissement des seuils de la plaine d’Oisans 2/2,  (historique complet sur la lutte permanente de la plaine du Bourg-d’Oisans à l’abaissement des seuils de la Romanche.)

Syndicat de Défense de la Plaine de l’Oisans
L’an mil neuf cent vingt-sept, le neuf janvier, à quatorze heures, la Commission administrative du Syndicat supérieur de l’Oisans, régulièrement convoquée, s’est réunie au Bourg-d’Oisans, sous la présidence de M. Bettou Joseph, syndic-directeur.
Étaient présents : MM. Bettou Jh, Pellissier, Vieux M., Glaudat, Dauphin, Mounier-Poutot, Lutel et Rey.

– Barrage du Pont de l’Aveynat –

Le plus grave danger qui menace actuellement la plaine de l’Oisans est l’exhaussement progressif du lit de la Romanche. On ne peut lutter contre ce danger qu’en augmentant la pente du torrent par l’abaissement du seuil qui ferme l’extrémité inférieure de la plaine.
Par l’énoncé de quelques faits historiques et par la description des lieux, on peut démontrer aisément que la solution du problème de l’assainissement de la plaine de l’Oisans se trouve à l’Aveynat.
La plaine du Bourg-d’Oisans se resserre à son extrémité inférieure et ne forme plus, en aval de Rochetaillée, qu’une gorge confinée à droite par les montagnes de la Grande et de la Petite-Vaudaine, à gauche par Cornillon et l’Infernet.
La pente de la Romanche est en moyenne de 0,002 par mètre. Brusquement, au lieu dit l’Aveynat, elle passe de 0,02 par mètre, puis rapidement à 0,04 par mètre.
Pendant de longues années, les torrents de Vaudaine et de l’Infernet ont déversé devant le seuil de l’Aveynat des matériaux en quantité suffisante pour former un barrage accidentel superposé aux seuils rocheux.
Le seuil de l’Aveynat et les éboulis apportés par les deux torrents de Vaudaine et de l’Infernet ont ainsi créé un lac d’une grandeur variable. En 1191, un barrage accidentel s’est formé sur le seuil rocheux de l’Aveynat et le lac prit des proportions considérables, recouvrant toute la plaine de l’Oisans.
Chaque fois la Romanche a eu raison des barrages accidentels formés au lieu dit l’Aveynat. Le barrage formé en 1191 a été partiellement emporté le 19 septembre 1219. Par la brèche ainsi faite, les eaux se précipitèrent en une course impétueuse entraînant tout sur leur passage, des villages entiers furent rasés et Grenoble fut inondé. Le souvenir de cette affreuse catastrophe nous a été conservé par plusieurs relations de l’époque.

De tout temps, on a reconnu que le débouché de la Romanche devait être libre de toute entrave, afin d’éviter des inondations périodiques. De plus, les habitants de la Basse-Romanche et de Grenoble, comme ceux du Bourg-d’Oisans, ont toujours eu un égal intérêt à ce qu’une forte masse d’eau ne pût s’accumuler derrière un fragile barrage afin d’éviter le retour de grandes catastrophes.
En 1829, un Syndicat unique a été créé pour la défense de la plaine contre la Romanche et ses affluents. Dès son entrée en fonction, ce Syndicat a été obligé de faire exécuter des travaux au lieu dit le Pont de l’Aveynat pour éviter que les apports du torrent de Vaudaine se superposent au seuil fixe rocheux. (Délibération de 1830).
Depuis cette époque, toutes les Commissions syndicales ont, par de nombreuses délibérations, attiré l’attention des pouvoirs publics sur l’importance du libre débouché de la Romanche au lieu dit le Pont de l’Aveynat.
Sur les demandes réitérées des Syndicats, l’Administration des Ponts et Chaussées fit de nombreuses études sur l’importante question de l’écoulement rapide des eaux de la Romanche au moment des hautes eaux et de l’évacuation des galets.

Dans ce but, le lit de la Romanche a été complètement rectifié en 1855.
Malgré cette rectification on n’avait pas encore supprimé la cause des fréquentes inondations de la plaine de l’Oisans, c’est-à-dire la suppression ou tout au moins l’abaissement du seuil de l’Aveynat. Cet abaissement a été demandé à M. le Préfet de l’Isère par le Syndicat inférieur de l’Oisans, suivant délibération en date du 19 novembre 1856.
De nouvelles études ont été alors faites. Dans un rapport datant de 1860, MM. les Ingénieurs du Service hydraulique ont reconnu, d’une manière formelle, qu’il n’y avait qu’un seul moyen d’assainir la plaine, de la rendre à son ancienne fertilité et de la préserver des inondations, c’était l’abaissement du lit de la Romanche au seuil de L’Aveynat. Ce rapport ne faisait donc que confirmer ce que les habitants proclamaient depuis de nombreuses années.

En 1865, M. BRISSAC, ingénieur ordinaire du Service hydraulique, a procédé avec soin au sondage de la Romanche, depuis le seuil de l’Aveynat jusqu’à l’embouchure de la Béalière. Ces sondages ont démontré que le lit de la Romanche se composait d’une couche de sable et gravier d’une épaisseur minimum de 2 mètres, laquelle couche serait probablement entraînée si on abaissait le seuil de l’Aveynat. En conséquence, M. l’ingénieur BRISSAC fit un nouveau rapport sur la question et conclut à un abaissement provisoire d’un mètre du seuil de l’Aveynat, afin de déterminer d’une manière exacte les avantages de l’abaissement dudit seuil.
En 1866, les travaux furent autorisés et exécutés. Un an après on put constater que les conclusions de M. BRISSAC étaient exactes et que la Romanche se chargeait de creuser son lit.
À la demande des Syndicats de l’Oisans et après de nombreuses délibérations demandant aide et assistance aux pouvoirs publics, un nouvel abaissement fut autorisé et les travaux exécutés. La conséquence de ces divers travaux a été de ramener le niveau de la Romanche de la côte 705,30, en 1848, à celle de 702,40 aujourd’hui, soit un abaissement de niveau de 2 m 90. Pour compléter les excellents résultats de l’abaissement du seuil de l’Aveynat, l’Administration des Ponts et Chaussées étudia alors un projet de construction d’épis dans la Romanche. Ce projet fut exécuté et donna immédiatement des résultats probants. À la suite d’une crue, on constata un abaissement du lit de 0 m. 40 jusqu’au lieu dit les Trois-Ponts. Dans la région des Petites-Sables l’abaissement fut encore plus considérable. Tous les graviers furent entraînés et mirent à découvert de nouveaux seuils rocheux jusqu’alors inconnus.

Enfin, le remède était trouvé et les habitants de la commune du Bourg-d’Oisans pouvaient se féliciter d’avoir dépensé des sommes relativement considérables, le résultat étant un assainissement de la plaine de Bourg-d’Oisans.

À suivre… Le barrage d’Édouard Lullin

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