Notes sur l’hôpital de la Grave 1697-1723 – 3/4

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Pont de bois vers le hameau du Chazelet avec vue sur la Meije, Archives Départementales des Hautes Alpes

NOTES SUR L’HÔPITAL DE LA GRAVE 1697-1723 — 3/4

Sources : Archives Andrée Glodas (1re partie), complétées sur Gallica : Bulletin de la Société dauphinoise d’ethnologie et d’anthropologie, édition le 1913.

Notes sommaires sur l’hôpital de La Grave 1697-1723
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Il est un autre article de dépense qui se répète jusqu’à dix fois dans la même page sous la rubrique : port de malades. Souvent, on n’indique pas où ces malades sont transportés.
En 1704 : port d’une femme du bourg, malade, à quatre hommes et deux monteurs, 4 livres
; en 1705 : port de quatre malades au Mont de Lent et un à Loches. La même année : port de six malades au Mont de Lent et de trois au Villar (Villard-d’Arène certainement). En 1707 : à des muletiers pour porter trois malades au Bourg-d’Oysans, 18 sols 6 deniers, etc., etc.
C’est de 1700 à 1710 que ces transports de malades
; des soldats malades certainement, remplissent les pages du Journal de l’hôpital.

On se bat en Italie. Les hôpitaux de Briançon.
D’Embrun regorgent de malades et de blessés. Celui de La Grave ne peut en recevoir et on dirige les moins fatigués sur l’hôpital de Grenoble. Le Mont de Lent est un lieu d’étape probablement. Les habitants de cette communauté, des communautés de Mizoën, Clavans, Le Freney, Besse, etc., viendront prendre ces malades pour les acheminer sur le Bourg-d’Oisans. (Voir l’addenda page 47.)

Cette conjecture n’est pas sans valeur. On trouve dans l’ouvrage du Dr Chabrand un ordre de l’intendant qui vient la confirmer : ordre de fournir dix-huit bêtes de somme pour aller à Pignerol quérir des malades et les porter à Grenoble.
Le directeur de l’hôpital et les consuls de la communauté de La Grave virent leurs dépenses augmenter par le transport des soldats. En 1706, l’hôpital reçut 130 livres données par «
M. l’Intendant pour les dépenses que l’hôpital a fait (?) pendant l’année».

Un autre article de dépenses est plus difficile à interpréter. Au mois de mai 1700, on lit : pour porter cinq petits enfants au Mont de Lent, 1 livre. Portait-on ces enfants en nourrice au Mont de Lent ou dans un autre village? C’est bien plutôt un enlèvement d’enfants, un des nombreux moyens de persécution contre les protestants.
Dans les montagnes dauphinoises, la Réforme avait fait de nombreux adeptes. Pendant trente ans, catholiques et protestants avaient lutté, les armes à la main, pour leur religion.
Enfin l’Édit de Nantes semblait mettre fin à ces guerres fratricides.

Mgr Le Camus, visitant l’Oisans en 1683, trouve «cent familles huguenotes à Mizoën». Il n’y a, écrit-il, «que le curé et son clerc de catholiques». A Clavans, il signale soixante familles catholiques et le même nombre de familles protestantes; à Besse, quatre-vingt-douze familles catholiques et cent familles protestantes; à Auris, quatre familles d’hérétiques.
Louis XIV ne voulait qu’une seule religion en France. On vit, après 1685, tous les pouvoirs, administration, justice, armée, se liguer contre les réformés.
«
Le Dauphiné, entre toutes les provinces de France, a été spécialement persécuté, ce qu’il dut à sa position de pays frontière, aux souvenirs relativement récents, peut-être même aux rancunes, non encore éteintes, des guerres de religion et surtout à la mâle énergie qui caractérise les habitants des montagnes 1 Arch. de l’Isère, Visites pastorales.

Entre leur religion et leur pays, les réformés de l Oisans préfèrent garder leurs croyances, malgré les peines sévères qu’ils encouraient en quittant la France, les galères pour les hommes et la réclusion pour les femmes, ils passèrent la frontière, abandonnant leurs familles et leur fortune. On évalue à 50.000 le nombre des émigrés dauphinois.

«Le 29 avril 1686, dit le réfugié Jean Giraud, il partit de Mizoën, Besse et Clavans, en deux bandes, deux cent quarante personnes et vingt-huit mulets chargés de bardes ou petits enfants, pour se retirer de France en Suisse. Les curés desdits villages, étant surveillants et voyant quelques jours auparavant de l’extraordinaire, soit pour vente de bestiaux ou meubles à vil prix aux étrangers, et ayant même appris qu’il était venu huit ou dix personnes de Suisse pour aider à leurs parents à leur sortie…, envoyèrent’ secrètement a Saint-Jean-de-Maurienne de les arrêter…, ce qui fut fait. On sonna le tocsin audit Saint-Jean-de-Maurienne, où tout fut enveloppé et dans le malheur. Et les ayant gardés avec leurs hardes pendant huit jours, jusqu’à ce qu’ils eussent nouvelles de leur prince de quelle manière il en devait agir, ils eurent ordre de livrer le tout en diverses troupes sur les limitrophes de France, à l’ordre de M. l’Intendant de la province de Dauphiné ou à Messieurs du Parlement; ce qui fut fait entre Chapareillan et Montmeillan, et tous traduits aux prisons à Grenoble, les hommes au cachot et les femmes en une prison particulière, et les jeunes enfants, hors ceux de la mamelle, à l’hôpital. Qui n’a vu cette séparation des pères et mères avec leurs enfants : ce fut un deuil et cris que les plus endurcis papistes ne pouvaient s’empêcher à jeter des larmes… Les puissances (les membres du Parlement) donnèrent un arrêt, au bout d’un mois et demi environ, que les hommes seraient relâchés, les femmes mises à l’hôpital encore pour quelque temps, et à l’égard des six hommes qui étaient venus hors de France pour les quérir, Paul Coing, Daniel Bouillet, de La Grave, et Ogier, de Besse, tous trois condamnés aux galères pour leur vie, et Pierre-Bernard Camus, Masson et Etienne Heustachy, tous trois de Besse, seraient pendus et leurs têtes mises sur des poteaux, avec grandes amendes à ceux qui les auraient.

« Le 26 juin, jour de mercredi, le pauvre Etienne Heustachy, figé de 23 années, fut défait et sa tête exposée sur un poteau sur le pavé, hors le faubourg Trois-Cloîtres, et les
deux autres deux, conduits par les archers et le grand prévôt à Mizoën où ledit Masson fut exécuté et sa tête mise sur un poteau à vingt pas au-delà de mon jardin allant à Besse, ledit Masson âgé de 24 années. Et Pierre-Bernard Camus, âgé d’environ 38 années, fut défait en Besse, où étaient encore sa femme et sa famille, et sa tête a été mise sur un poteau en entrant dans ledit village, et son corps fut traîné au-dessous dudit village, jeté dans le précipice, pour n’avoir pas voulu entendre à la religion romaine.

« On laissa ensuite sur le pavé à Grenoble le pauvre Heustachy vingt-quatre heures, qu’on croyait de le jeter sans l’enterrer, parce qu’il n’avait voulu rien faire des marques de la religion romaine. Ainsi, au contraire, il fit sa prière tout haut au bas de la potence, le lui ayant été permis. Le bon Dieu console les pauvres affligés, et le tout fait à cause de notre religion! Et les pauvres femmes, parties sont mortes à l’hôpital, et celles qui se sont retirées chez elles y sont mortes quelques temps après, toutes d’une même maladie (1685) ayant mangé d’un même pain.* »

Mgr Le Camus, dans une lettre à son clergé (28 avril 1687), se fit remarquer par sa bonté. Il recommanda de ne pas employer à l’égard des nouveaux convertis, d’autres armes que celles de la persuasion et de la douceur. Dénoncé à Borne, il fut approuvé par le pape Innocent XI. Ses collègues de Gap et de Valence, François de Berger de Malissolles et Daniel de Cosnac (Daniel de Cosnac, évêque de Valence et de Die de 1654 il 1687, joua un rôle très actif à l’Assemblée générale du clergé de France de 1682. Il se vante.), l’intendant Bouchu exécutèrent les ordres du roi dans toute leur rigueur.

* Texte complet retranscrit dans l’article : 1686 le Journal de Jean Giraud.

À suivre…

 

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