
Ingénieur cartographe militaire pratiquant une levée à la planchette. Source : books.openedition.org
NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU HAUT-DAUPHINÉ 2/7
par Henry Duhamel
Source : Gallica/BNF
Sur le même sujet :
– Les routes au XVIIIe siècle en Oisans
1re partie – 2e partie –
NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU HAUT-DAUPHINÉ
Lien vers : la carte des environs du Bourg-d’Oisans
Étant donné l’état plus que latent, pendant les siècles derniers, du sport moderne qui a nom « Alpinisme », l’indication des cols, beaucoup plus que celle des noms de sommets, était jadis susceptible d’inspirer quelque intérêt au lecteur des cartes spéciales aux régions alpines.
Le plus ancien col indiqué dans les documents parvenus jusqu’à nous sur le Haut-Dauphiné central ou massif du Pelvoux, paraît être le col du Haut-Martin, qui semble du reste avoir mis en communication régulière, à l’époque romaine, Valence et Die avec Briançon par le col de l’Eychauda, si on s’en rapporte aux interprétations de la table de Peutinger fournies par les historiens tels que
M. Macé, le regretté professeur de la Faculté de Grenoble. Il est à noter que, sous le nom de col de Bonvoisin ou celui de Haut-Martin ou Alpe-Martin, ce même passage (formé du col du Haut-Martin et du Pas de la Cavale actuels) est resté presque le seul mentionné dans les descriptions du massif du Pelvoux données par La Blottière, Montannel, Bourcet, etc., avec un autre col qui permettait de communiquer à travers les glaciers entre la Vallouise et le Bourg-d’Oisans, le col de la Grande-Sagne, de l’Allefroide, de l’Allée-Froide ou de Valfroide, dont nous examinerons plus loin la synonymie moderne.
La première mention détaillée de ces deux passages est donnée par La Blottière :
« COL DE BONVOISIN (La Blottière, page 110), où l’on pourrait avec précaution faire passer les chevaux au-dessus de Villevalloüise, va à Saint-Bonnet. De Villevallouise à Saint-Bonnet passant aux Granges Entre deux Aigues, 9 heures.
“COL DE LA GRANDE SAGNE, autrement L’ALLEFROIDE (l’indication de ce col est donnée à peu près identiquement dans ces mèmes termes dans les divers mémoires écrits sur le Dauphiné dans le courant du XVIIIe siècle, notamment dans le manuscrit [1709] de la bibliothèque de Grenoble signalé dans les notes sur le canton de l’Argentière, par A. Albert, Grenoble, 1887 [page 165], et sur deux manuscrits de la seconde partie du XVIIIe siècle conservé dans la collection de M. H. Duhamel.), au-dessus des villages de la Pisse et du col de l’Eschauda mauvais pour les gens de pied à cause des glacières qu’il faut traverser, il va tomber au bourg Doysan passant à St-Christophle. « De la Pisse au bourg Doysan, 9 heures »
Cependant, Montannel fait des restrictions au sujet de ce dernier col :
« On dit que l’on pouvait autrefois communiquer par un sentier, en 9 heures de temps, de Ville-Vallouise à Saint-Christophle ; mais ce sentier ne subsiste plus (De Montannel, page 100). »
Ce qu’il confirme ailleurs :
« La route qui va du Bourg d’Oysans dans le vallon de Saint-Christophle finit à la Bérarde ; on dit qu’elle allait autrefois dans la Vallouise. Elle passe par les Gauchoirs, Saint-Christophle et Saumières ; elle est bonne pour les chevaux ; il faut six heures pour aller du Bourg-d’Oysans à la Bérarde (De Montannel, page 520). »
Il est bon toutefois de remarquer que Montannel, généralement précis dans ses descriptions, avertit dans la préface de son mémoire qu’il a eu grand soin d’y mentionner :
« Toutes les routes et toutes les communications, c’est-à-dire toutes celles qu’il est indispensable de connaître pour l’exécution des opérations militaires (De Montannel, page XLVIII.) »
Ainsi se justifie le manque de renseignements, dans son manuscrit, sur des cols relativement plus ou moins fréquentés qui mettaient en relation avec les vallées voisines les habitants de la vallée du Vénéon enserrée dans le fer à cheval de formidables escarpements du versant occidental du massif du Pelvoux. Un procès-verbal de « l’assemblée des manants et habitants » de la commune de Saint-Christophe-en-Oisans mérite d’être cité à cet égard. Il constate, en date du 3 septembre 1673, que :
« La dite communauté de Saint-Xphle est située dans le dit mandement d’Oisans dans l’élection de Grenoble, lequel mandement et paroisse de Saint-Xphle est cadastrée depuis si longtemps dont n’est mémoire d’homme. Cette communauté se confronte commençant au fond du lac tendant au col de vallon Gassand et de là au col de la Melliande, et au col Garansaud jusques au col de la Temple et jusques au col des Estancons, jusques au vallon du moulin ainsi que l’eau pend vers la dite paroisse et que la dite communauté est composée de trois quarts de feu (l’édit royal de 1706 reconnait à l’ensemble du Mandement d’Oisans 56 feux 1/2, 1/12, 1/96.) sur le pied desquels elle est tirée et comprise au péréquaire dudit mandement d’Oisans et composée du nombre de 460 setérées ainsi que justifient les livres des cadastres, registres et plans parcellaires qui sont aux archives (la matrice cadastrale attribue à la commune de Saint-Christophe-en-Oisans [la plus grande de France après Arles], une étendue de 24.281 hectares répartis en : terres labourables 149 hectares, prés 67 hectares, bois taillis 220 hectares, pâtures et terres vaines 13-039 hectares, rochers nus 10.227 hectares, chemins et édifices publics 24 hectares, cours d’eau et lacs 555 hect.) »
Le peu d’intérêt que pouvait présenter au point de vue militaire l’accès redouté de cette région hérissée de murailles et d’aiguilles colossales encadrant d’énormes masses glaciaires explique l’absence d’indication des grands cols du massif du Pelvoux (entre les bassins de la Romanche et de la Durance), même sur la carte de Bourcet, alors que sur la carte du Diocèse de Grenoble, éditée en 1741 et dédiée à Monseigneur Jean de Caulet, évêque et prince de Grenoble, de BEAURAIN mentionne des passages, tels que : le Col de Romanche (Col du Clos des Cavales) et le Col du Teple (Col de la Temple). On ne saurait supposer que ces omissions plus ou moins voulues résultaient d’un désir d’éviter la propagation de renseignements pouvant être utilisés à l’occasion par un ennemi envahissant le territoire, car la carte du Haut-Dauphiné levée sous la direction de Bourcet « ne devait être communiquée à personne, pas même aux militaires les plus respectables ; les minutes étaient envoyées à Versailles sans qu’il en dût rester vestiges entre les mains de Bourcet ou de ses aides (Principes de la guerre de montagnes, par M. de Bourcet,
édités par les soins de M. le lieutenant-colonel Arvers, page 251.) »
On peut voir par la reproduction ci-jointe d’une carte (cette carte est orientée de telle sorte que le Nord se trouve
dans la direction de l’angle gauche du bas de la feuille, et par conséquent l’Ouest vers l’angle droit du bas, le Sud vers l’angle
droit du haut et l’Est vers l’angle gauche du haut.) manuscrite de la première partie du XVIIIe siècle, consacrée spécialement aux environs du Bourg-d’Oisans, à quel point était négligé le massif du Pelvoux. Seules, des communications entre la Vallouise et les hautes vallées du Drac y figurent, tandis qu’on s’est borné à tracer un filet de cours d’eau pour donner au moins une idée de l’existence du grand bassin central parcouru par le Vénéon. Au contraire, une importance proportionnellement considérable est donnée aux communications entre l’Oisans et la Maurienne, en étendant même celles-ci, sur la pièce originale, jusqu’au Petit Mont-Cenis et à la Combe Tarine de l’Isère, de Conflans (Albertville) à Moûtiers.
Sur sa jolie carte manuscrite (au 72.000e) conservée au dépôt des fortifications, aussi bien que sur une primitive esquisse faite avant les rectifications de frontières du traité d’Utrecht, en 1713, et où la mention « Montagne de Malavalle », au Sud de La Grave, est remplacée par la note « Montagnes où les neges ne fondes jamais », La Blottière, ne figure que le Col de Lallefroide et le Col de Bonvoisin décrit dans ses mémoires, alors que de nombreux détails sont fournis sur les grands passages ouverts à l’ouest du massif du Pelvoux et de la Vallouise même.
Il est aussi à remarquer que la carte de La Blottière ne s’étend guère vers l’ouest au-delà du méridien de La Grave, et que l’auteur inconnu de la carte accompagnant la présente notice semble avoir pris à tâche de compléter, pour la région comprise entre le Lautaret et Grenoble, le premier monument cartographique qui ait été sérieusement élaboré sur le Haut-Dauphiné.
À propos de la Vallouise, La Blottière écrivait :
« La rivière qui l’arrose se nomme la Pisse qui prend sa source près les Glacières de la Montagne de Lallefroide, en vue de Villars d’Arayne (La Blottière, page 109). »
À suivre…
