
Source Gallica : Les Alpes illustrées,
Publication du : 28 oct. 1897,
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Nota : Le mot « bit », bitos au Moyen Âge, ne désigne pas spécifiquement le colporteur, mais l’instituteur itinérant venant de l’Oisans, des Hautes-Alpes et de Savoie, se déplaçant en hiver ou toute la morte-saison, proposant de village en village d’enseigner selon son niveau de compétence, visible au nombre de plumes portées ostensiblement sur son chapeau : une plume pour enseigner la lecture, deux plumes pour la lecture et l’écriture, trois plumes pour la lecture, l’écriture et le calcul.
Selon André Allix, le mot est attesté depuis la moitié du XVIe siècle. Il précise : « Je n’ai pas pu trouver l’origine du terme très connu de “bits” (bitos au Moyen Âge : Allix, 823 bis, p. 411 : “illi qui ducunt sal, videlicet, bitos”, “Ceux qui transportent le sel, c’est-à-dire les bitos [les bits].”, 1343) qui a, presque jusqu’à nos jours, servi à désigner les émigrants hivernaux, surtout les instituteurs nomades, de l’Oisans et même des pays limitrophes ; cf. Ravanat, 613, p. 24. »
Certains dictionnaires de patois, le mot pouvait désigner tout émigrant de l’Oisans partant travailler au loin en hiver.
Cette pratique permettait à l’instituteur de ne pas être une charge pour sa famille pendant la morte-saison, et de gagner un salaire par élève, appelé « écolage ». Il pouvait arriver que ce même service profite aux enfants de toute une communauté, organisant une « classe » et mutualisant l’enseignement pour un tarif négocié collectivement plutôt qu’individuel.
Bien que peu documentées, ces classes communautaires sont mentionnées dans quelques archives.
Les classes étaient constituées au début de l’hiver, quand les travaux des champs finissaient.
À Villar-d’Arêne, un acte de 1760 indique la présence de deux maîtres, Jean Albert et Joseph Gonnet, engagés par la communauté pour six mois, pour enseigner à toute la jeunesse et lui apprendre à « lire, écrire et chiffrer ».
Un autre document précise qu’à Huez, en 1776, des témoignages mentionnent qu’un maître d’école était payé directement par ceux qui l’employaient.
Durant le XIXe, les cours pouvaient même se tenir directement dans les étables pour profiter de la chaleur des bêtes et économiser le chauffage. Une classe pouvait réunir entre douze et quatorze élèves.
Cette pratique disparaîtra après l’instauration par Jules Ferry de l’enseignement primaire gratuit, instauré à la fin du XIXe siècle.
Bourg-d’Oisans.
– Migration des Bits. — Octobre est sur le point de nous tirer sa révérence, le froid commence à nous montrer ses dents aiguës, et les pâtres transhumants viennent d’abandonner les haberts (habitat temporaire d’estive).
Les habitants de l’Oisans, eux aussi, ont regardé la cime de leurs monts. Les voyant se couvrir — comme feraient des vierges — de leur immaculé manteau, ils ont compris qu’il était temps de partir. Et, semblables aux hirondelles, ils émigrent chaque jour vers des pays moins maltraités par les rigueurs de l’hiver.
Où vont-ils ? — Que font-ils ? — Regardez-les passer, amis lecteurs du Dauphiné, du Languedoc, de l’Auvergne ou de la Provence. Quelques-uns ont une voiture ; mais presque tous ont une balle sur le dos et un demi-mètre sous le bras ; ils sont, pendant l’hiver, marchands-colporteurs.
Je ne sais si, au moment des adieux, quelque larme furtive ne mouille pas leur paupière, en quittant à la fois leur compagne et leur famille. Après tout, c’est la séparation !… Ils ont un cœur, ces hommes qui partent pour six longs mois. Pour toujours, peut-être ! Car, pendant ce temps, la Parque n’arrêtera pas son travail dévastateur. Et, ô ironie, prenant sa quenouille, la femme file la laine pour l’absent !
Et l’absent retrouvera-t-il tous les siens ? Ou bien — dans ces pays de pacages, un pâtre veille à tout — trouvera-t-il son troupeau grossi ? Amis qui me lirez, l’avenir vous l’apprendra.
En attendant, messieurs les adorateurs de nos cimes, laissez-moi vous dire que Tairraz, le gérant de l’hôtel de la Bérarde, a émigré aussi, et que la grande déesse de la Meije vous dit à tous : à l’année prochaine, car pour cette année, nenni.
