Source : Archives de Mme Louise Pudda
Bulletin Paroissial de La Meije, revue Mensuelle du Canton de La Grave-Le Villar d’Arène.
Édition : Février 1957
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Le Centenaire de la route du Col du Lautaret
Une courte cérémonie a marqué le centenaire, le 5 janvier, au Col même. Pourquoi cette date ? Il semble qu’un jour de mai et de juin eut mieux fait l’affaire. Quoi qu’il en soit, autour de M. Grillet, sous-préfet de Briançon étaient groupés MM. Mistral, Sénateur de l’Isère ; P. Benard, député des Hautes-Alpes ; les généraux Touchon et Valette D’Osia ; B. Bois, président du Conseil général des Hautes-Alpes ; Ruynat, maire de Villar d’Arène ; E. Juge, maire de La Grave ; J. Robert, adjoint au maire de Monêtier ; Boucoiran, directeur général du Tourisme ; Herzog, président national du C.A.F. ; Cassoux, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées ; Dr Garraud, président de l’Association de la route des grandes Alpes ; P. Gravier, président de l’Office départemental du Tourisme ; capitaine Honnorat, commandant la Section de gendarmerie de Briançon, etc…
Devant la maison des Ponts et Chaussées qui est l’ancien hospice du Lautaret, le micro de la Radiodiffusion française se dresse.
Le premier, M. Pierre Gravier, prend la parole et déclare que c’est, pour lui, un agréable devoir d’inaugurer, au nom de l’Office du Tourisme, la plaque commémorative indiquant aux touristes qui visitent nos Alpes que la route du Lautaret existe depuis 100 ans.
M. Benjamin Bois prend ensuite la parole et prononce le discours suivant que nous sommes heureux de publier in-extenso pour les lecteurs de la « Meije » :
« C’eût été pour les organisateurs des fêtes du Cinquantenaire du Concours de Ski de Montgenèvre un fâcheux oubli que de ne pas en même temps célébrer si peu que ce soit le Centenaire de la Route Internationale de Lyon à Milan. L’Office du Tourisme, et on ne peut que l’en féliciter et l’en remercier, a voulu que sur le point culminant de cette route N° 91, au Col du Lautaret, soit inaugurée une plaque commémorative.
C’est en 1856 en effet que les derniers grands ouvrages d’art, notamment le tunnel des Ardoisières, ont été achevés et on peut considérer que nous fêtons réellement le Centenaire de cette voie devenue de Grenoble à Turin la route la plus directe.
Il n’est pas dans notre intention de retracer l’historique de cette « petite route ». C’est en somme l’ancienne voie romaine – une des anciennes voies romaines du moins, car la grande route passait par la Durance – celle suivie par Annibal notamment.
Il est incontestable que la station romaine de Brandes, près des ruines de laquelle s’est installée une de nos plus célèbres stations de sports d’hiver, en l’occurrence l’Alpe d’Huez, il est incontestable que Brandes était reliée à Brigantium par Melossedum (Mont de Lans), Duraticum (Villar d’Arène), et Stabatio (Monétier-les-Bains). Les vestiges de cette voie sont tels que seules les circonstances ont empêché à la veille de la dernière guerre la réalisation du grand rêve des Maurice Paillon du C.A.F., et des Ministres Dauphinois Léon Perrier et Paganon de la fameuse route du Balcon de l’Oisans, qui eut été la reconstitution même de Brandes au Lautaret, ou à défaut à La Grave de la fameuse voie romaine.
Notre rôle se bornera et nous nous en excusons à rappeler ici que ce sont nos ancêtres de l’Oisans, descendants des fameux Uceni, qui, après les Verusi, les Nementuri et d’autres encore, méritèrent par leur courage et leur résistance aux Légions Romaines de partager avec les Brigantie, les Carturiges et les Gahtae l’honneur de figurer sur le trophée des Alpes élevé à Suze par l’Empereur Auguste.
Ce sont nos ancêtres qui n’ont cessé de réclamer dans les districts de Bourg d’Oisans et de La Grave l’achèvement de cette route de troisième classe de Grenoble à Savone par le Lautaret.
La construction en avait été ordonnée par le décret du 9 ventose an 12 et le plan avait été levé par Monsieur Dos, Inspecteur des Ponts et Chaussées en 1807. Quittant à Vizille la grande route qui devait rejoindre Gap par La Mure et remontant la Vallée de la Romanche, cette « petite route » a eu dans son exécution les retards que font concevoir les événements même de ces années mémorables de l’Empire.
Notre devoir est de saluer en passant la mémoire des grands ingénieurs dont le nom restera attaché aux travaux – notamment :
- Monsieur Hesse, Ingénieur Ordinaire en 1810 ;
- Monsieur Polonceau qui fit construire entre Villar d’Arène et La Grave vers 1810 le barrage qui fut emporté en 1848 et en 1856 ;
- Monsieur Surrell, des Eaux et Forêts, dont le souvenir fit que son buste fut en 1912 érigé sur le tunnel de Serre-du-Coin vers La Grave.
Les éléments nous manquent pour pouvoir citer comme nous le voudrions tous les ouvriers de ce grand œuvre, tous ceux depuis les entrepreneurs – dont un Monsieur Colomb fut victime dans le tunnel d’un accident qui retarda les travaux en 1848-1849, jusqu’aux ouvriers anonymes.
Nous n’aurions garde d’oublier dans ce tribut de reconnaissance tous les ingénieurs des Ponts et Chaussées et leurs équipes qui, même à une époque où il n’était pas question d’ouvrir la route par des chasse-neige, ont eu à cœur de tenir ouverte cette voie dont l’intérêt n’est plus à démontrer. »

