LA VALLÉE DE LA ROMANCHE.
Source Gallica : Revue L’Allobroge, revue scientifique et littéraire des Alpes françaises et de la Savoie
Date d’édition : 1842
Sur le même sujet :
– Mémoire d’un Touriste
– Le canton du Bourg-d’Oisans en 1857
LA VALLÉE DE LA ROMANCHE
par Eugène LACROIX.
La vallée de la Romanche est l’une des plus sauvages et des plus pittoresques des Alpes françaises ; elle présente à l’observateur des merveilles qui frappent son imagination d’étonnement et le mettent en extase : ici ce sont des sites variés ; là, des accidents de la nature, qui s’est montrée partout capricieuse. C’est donc vers cette terre classique que le jeune artiste devra diriger ses pas pour fournir carrière à son talent.
On a souvent fait l’apologie de la Suisse, mais on a souvent aussi exagéré l’exaltation de ses beautés. Si la France n’a pas donné lieu à tant d’hyperboles que la patrie de Guillaume Tell, c’est parce que son sol n’est pas partout couvert de montagnes. Cependant les Pyrénées et les Alpes françaises sont des champs où le visiteur peut, comme dans la république helvétique, jouir des agréments de la nature. Dans la vallée de la Romanche tout impressionne profondément, tout est toujours nouveau. Une excursion au Lautaret offre au poète des images et des pensées bizarres, à l’observateur de la nature des masses de rochers imposantes, des beautés mâles et des sites difficiles à décrire. Avant d’arriver à l’hospice du Lautaret, on rencontre de ces gorges si profondes et si resserrées que le torrent dispute le terrain à la route dans certains endroits ; ailleurs, il a fallu que la main de l’homme se frayât un passage souterrain dans les rochers. C’est au village de la Grave qu’il faut aller pour manger du pain cuit depuis un an. En s’enfonçant dans cette vallée, jadis à peu près ignorée du monde comme celle de Chamouny, le voyageur retrouve les vieilles traditions du pays, les légendes superstitieuses, les coutumes transmises par les générations précédentes, les usages appropriés à la localité, enfin, il peut encore se faire une idée des mœurs locales que l’émancipation du siècle a rendues moins sévères.
Nous allons donc parcourir cette charmante vallée depuis Grenoble jusqu’au col du Lautaret.
En partant de Grenoble, le voyageur rencontre comme prélude de sa course l’antique château de Vizille construit par le connétable de Lesdiguières dans le bourg du même nom. Ce grand manoir est plus célèbre par l’insigne honneur qu’il reçut de servir à l’assemblée des états de la province du Dauphiné en 1788, que par la transformation en ateliers de fabrique qu’il vient de subir dans ces derniers temps. Incendié en 1825, il fut restauré par les soins de la famille Perier qui le possède ; malgré ce désastre, on peut encore apercevoir des traces de son importance primitive.
Le bourg de Vizille est avantageusement situé au pied de la grande montagne de la Chalanche et à l’entrée de la riche vallée de Vaulnaveys. On remarque encore sur une petite éminence à gauche de la route, en arrivant à Vizille, les restes antiques d’une forteresse que les habitants du lieu appellent vulgairement le Château de paille. C’était une station romaine fortifiée nommée Castrum Vizilliœ.
Jusqu’à Séchilienne, la route ne présente encore rien de ravissant ; mais au sortir du village, vous vous approchez du torrent de la Romanche pour ne plus le quitter qu’à l’entrée de la plaine du Bourg-d’Oisans. Le chemin s’engage dans un défilé d’autant plus étroit encore, que les montagnes qui le forment grandissent à mesure que l’on avance et deviennent quelquefois à pic : on pourrait dire que c’est en ce même endroit que commence la scène. — Le pont de Séchilienne vous transporte sur la rive gauche de la Romanche, que vous longez sur une route qui fait contraste avec le chaos et le désordre qui l’environnent, tant elle est douce pour la marche. Le voyageur avance ainsi, nous ne dirons pas au son du tambour, mais, pour être plus poétique et rester dans le vrai, nous dirons qu’il marche avec l’accompagnement de l’effroyable ramage du torrent dont les flots se brisent en écume contre les gros blocs de gneiss granitique que les grandes crues ont roulés dans le lit. Il est impossible au jeune dandy qui traverse pour la première fois ces lieux à physionomie sauvage, de ne pas mêler la peur avec le hardi. Le bruit est tellement étourdissant qu’on a de la peine à s’entendre soi-même ; il faut se faire violence pour pouvoir méditer avec liberté ; tout vous inquiète et vous inspire de l’effroi. On dirait que ces rochers à altitude sévère vous menacent à chaque instant du haut de leur cime aérienne, à peu près comme un arabe qui cherche à terrasser un zouave de la sommité de l’Atlas.
On traverse successivement le hameau de Gavet et celui des Clavaux dans lesquels on remarque deux vieilles chapelles qui, pour n’être pas gothiques, sont tout au moins rustiques. Un peu plus loin, le voyageur peut se détourner à gauche pour visiter l’usine de Rioupéroux, où l’on s’occupe de fondre le minerai extrait des différentes mines de fer spathique que renferment les montagnes voisines, pour le couler en gueuses. La coulée a lieu deux fois par jour, le matin et le soir, à 6 heures. C’est une opération intéressante à voir pour la première fois.
Arrivé à la plaine du Bourg-d’Oisans, au lieu dit les Sables, vous jouissez d’un spectacle nouveau : ici la vallée s’élargit ; elle prend une forme elliptique ; au courant rapide et mousseux de la Romanche succède une rivière calme aux eaux limpides et que l’on a peine à reconnaître ; l’agriculture semble défier l’étonnement du visiteur. À côté de vastes prairies fleurit, dans de beaux champs, la pomme de terre, aussi estimée sur la table des gastronomes grenoblois que les haricots de Soissons à Paris.
À gauche de la route, vient déboucher la riante vallée d’Allemont, parsemée de petits villages aux toits couverts d’ardoise, et au milieu de laquelle serpente silencieusement la petite rivière de l’Odole. C’est à l’entrée de cette vallée et à quelque mille mètres de hauteur que sont percées les galeries de l’inépuisable mine d’argent d’Allemont. Une route commode conduit à l’établissement où l’on sépare le précieux métal d’avec les matières étrangères. Une fois qu’il a subi l’épuration du creuset, il est expédié en lingots au-dehors pour être livré au commerce. Le minéralogiste peut faire collection, dans ces contrées, de jolis échantillons d’argent, de nickel, de cobalt, de gneiss, de granit, de mica jaune et blanc. La conchyliologie offre également de superbes ammonites et des bélemnites dans certains rochers calcaires.
Vers le sud de la plaine, qui a plus de deux lieues de longueur, se dessine solennellement le Bourg-d’Oisans, à jamais mémorable par sa position topographique dans un coin de ces montagnes plus élevées et plus riches encore les unes que les autres. Il est abrité au midi par une haute falaise de schiste ardoisier presque complètement à nu et qui permet cependant à quelques pins de prendre racine de chaque côté du rocher, ce qui contribue à rendre le paysage encore plus varié.
La plaine d’Oisans, si fertile aujourd’hui dans sa partie cultivable, était autrefois occupée par un lac immense et profond connu sous le nom de lac Saint-Laurent. Le 15 septembre 1219, la digue se rompit, le lac se convertit en marais, et la capitale du Dauphiné et ses environs furent inondés par le déluge des eaux.
Peuplé de trois mille et quelques cent habitants, le Bourg-d’Oisans est d’une construction assez récente et à laquelle le bon goût ou l’aisance n’a pas toujours présidé : elle date de la fin du siècle dernier, à l’époque de l’incendie qui dévasta tout l’ancien bourg. La nouvelle ville est composée de deux rues principales ; elle est privée de monuments proprement dits. Pas une seule fontaine publique ne décore la place. La maison la plus importante est l’ancien petit séminaire qui a été transféré à La Côte-Saint-André ; les bâtiments sont actuellement occupés par un pensionnat de jeunes gens. L’église paroissiale est un édifice fort simple qui n’a rien de remarquable. C’est une de ces églises dont les voûtes ont probablement l’honneur de retentir à la grand’messe des fêtes et dimanches du Domine salvum privé du regem Ludovicum Philippum. Nous signalerons seulement, comme étant digne d’attirer l’attention des connaisseurs et des amateurs des beaux-arts, le joli petit pont de trois arches à cintres surbaissés jeté sur le torrent de la Rive qui baigne le Bourg-d’Oisans. Ce monument est de bon goût et fait honneur aux talents et à l’habileté de M. Potié, ingénieur ordinaire des ponts et chaussées, qui le fit exécuter il y a deux ans.
L’Oisans a cela de particulier et de distinctif, que les croisées des maisons sont généralement vitrées d’une manière fort économique. Le lecteur qui est étranger à ces montagnes aura de la peine à croire que ce sont des feuilles de papier huilé qui font le vitrage, ce qui laisse entrer difficilement le jour dans les appartements.
Quant au costume national des montagnards, il consiste en une culotte de gros drap marron, des bas qui dessinent la forme du mollet, une large veste à basques courtes. Les anciens ou patriarches du pays portent en général les cheveux longs recouverts d’un chapeau à forme déprimée, avec des rebords plus ou moins larges. L’ajustement des femmes ne se fait remarquer que par un bonnet de mousseline de couleur, pointant en avant de la tête, en forme de pique-bise, entouré d’une dentelle noire. Les jours de fête, elles ont un bonnet de dentelle blanche à forme assez élevée et proéminente sur le devant ; elles portent les cheveux en chignon.
Les indigènes du pays sont assez robustes et bien faits ; ils ont le teint tant soit peu basané ; en général, ils sont bruns, les femmes de taille ordinaire. Les montagnards sont superstitieux, fanatiques même jusqu’à l’excès, attachés aux anciens usages, aux contes des fées et aux légendes de la localité. Aussi sont-ils peu avancés dans l’industrie et la civilisation, et ne faut-il pas s’étonner qu’ils soient processifs et vindicatifs.
Voici à cet égard deux vers tirés de la pastorale de Janin qui nous dispenseront de tout commentaire :
Arabo du paï qu’aborde la Romanchi,
Que tenez la conscienci et l’arma din la manchi.
(Nota : je n’ai pas trouvé la traduction des de Janin, quelques recherches me laissent supposer qu’il doit s’agir d’un texte occitan ou plutôt d’une transcription du dialecte « en langage de Grenoble », qu’il faut comprendre si je la traduis littéralement comme : « Arabes » du pays que borde la Romanche, qui tenez la conscience et l’âme dans la manche, qui voudrait dire « les habitants de la région de la Romanche, sont très malins sans trop de scrupules ». Faisant référence à la réputation plus générale du caractère des Dauphinois très habile en affaire et procédurier.)
À suivre …
Une des promenades les plus agréables que l’on puisse faire tout près du Bourg-d’Oisans, c’est l’ascension à la fameuse mine d’or de la Gardette qui n’en est éloignée que de cinq quarts d’heure. Cette mine, la seule qui ait jamais été exploitée en France avec quelque espoir de succès, est peu élevée, l’accès en est très-facile. On y arrive par un sentier commode et légèrement incliné. La fatigue qu’on peut éprouver est largement compensée par l’agrément du joli bosquet que l’on traverse sous la ramée. Le chant mélodieux du rossignol vient encore ajouter au charme de l’excursion ; et puis vous trouvez çà et là de petites pelouses richement émaillées de fleurs de diverses couleurs.
Malgré que l’exploitation de cette mine soit presque abandonnée aujourd’hui, nous recommandons aux amateurs d’aller la visiter, elle en vaut la peine ; ses puits profonds, ses galeries tortueuses, qui portent un nom particulier, ne laissent pas que d’être fort intéressants. On en extrait de superbes matrices de quartz très-limpide et cristallisé en tous sens.
Nous ne quitterons pas la plaine d’Oisans sans mentionner une autre richesse qui pourra devenir importante pour la contrée. Du bourg, en continuant la route royale qui se dirige vers Briançon, on traverse la Rive, et un peu plus loin, on passe la Romanche. Là, on quitte la route pour prendre à gauche un chemin qui conduit aux Essolieux. Les Essolieux sont l’ancien château du seigneur du Bourg-d’Oisans (Nota : Jacques de Viennois), il ne reste plus aujourd’hui qu’une grosse maison de campagne entourée de quelques bâtiments à l’usage d’une ferme. On voit encore tourner sur le pavillon d’ardoise de la maison une girouette aux armes du ci-devant châtelain.
M. Potié, dont nous avons eu occasion de parler précédemment, vient d’acheter ce vieux castel ; il a découvert dans ses dépendances une source d’eau minérale froide sulfureuse. Le volume qui en sort est peu considérable, mais en faisant des recherches, ainsi que le propriétaire se le propose, il pourra obtenir une quantité d’eau suffisante pour y construire un établissement thermal. L’eau paraît contenir une forte dose de principe minéralisateur ; elle dépose beaucoup de soufre, qui se solidifie sur les tuyaux de la source. Cette découverte pourra devenir par la suite une richesse de plus pour la contrée et offrir ses bienfaits à l’humanité.
La campagne des Essolieux occupe la position la plus avantageuse de la plaine du Bourg-d’Oisans ; elle se trouve exposée au soleil de midi au pied du versant d’une montagne bien cultivée. Un joli lac occupe la hauteur de cette montagne ; les truites saumonées y sont aussi abondantes que délicieuses. Ce lac donne naissance à une cascade très-considérable dont les eaux viennent se briser aux Essolieux.
Nous avons visité nous-mêmes, chez M. Potié, un médaillier (Nota : présentoir) de pièces anciennes et modernes. Dans le nombre il s’en trouve de fort rares, qui ont certainement un grand prix pour MM. les archéologues. Quelques-unes de ces médailles ont été trouvées au Bourg-d’Oisans ou dans les environs.
Si le visiteur n’est pas encore satisfait de toutes ces merveilles, il peut facilement donner carrière à ses désirs. Longeant la route royale de Grenoble à Briançon, par le Lautaret, commencée sous l’empire, il s’enfonce bientôt dans un défilé bordé de profonds précipices d’un côté et de hautes falaises de l’autre, qui semblent insulter au ciel avec leur tête haute et fière qui se perd dans les nues. La gorge se rétrécit tellement en certains passages, que la Romanche occupe à elle seule tout le fond de la vallée ; c’est alors que le génie humain et la force de la poudre ont dû intervenir pour percer trois galeries souterraines dans le roc, qui donnent ouverture à la route. L’une de ces catacombes ne ressemble pas mal à une grotte ; ses dimensions sont passablement grandes, et de distance à autre, on a pratiqué des fenêtres pour éclairer la route. Ces ouvertures, donnant sur la Romanche, permettent au mugissement des eaux du torrent de se répercuter dans la galerie, après avoir fait vibrer l’air à leur passage dans les ouvertures latérales, ce qui produit un effet magique dans le souterrain.
À ces horreurs de la nature succède un autre ordre de choses : on traverse le hameau du Dauphin sur la rive gauche de la Romanche, puis on arrive bientôt dans la redoutable combe de Maleval. Malheur à l’étranger qui se trouverait de passage dans cet endroit par un temps d’orage, lorsque la tourmente se met en furie. C’est alors qu’il faut entendre les détonations de la foudre, dont l’écho se reproduit au loin à l’extrémité de la vallée, l’éclat effrayant de l’avalanche, le bruit tumultueux des torrents débordés ou des cascades improvisées, les sifflements d’un vent impétueux faisant pleuvoir sur la route une nuée de pierres qui s’entrecroisent et s’entrechoquent dans les airs. C’est aussi là qu’il faut venir voir, par un temps moins infortuné, les reflets de la lune sur l’immense glacier de la Grave.
La Grave arrive enfin, la végétation disparaît, plus d’arbres, tout devient triste et silencieux, la nature est mélancolique, la voici mourante. On se croirait alors, si on n’apercevait quelques habitations, dans un de ces grands déserts d’Asie, et si le cri du pyrocorax ne se faisait entendre pour égayer le voyageur inquiet. — Le village est situé sur un petit mamelon isolé des montagnes voisines par deux ravins. Il existe aux environs une cascade de plus de 100 mètres de chute ; une autre cascade, dont les eaux sont très-volumineuses, tombe dans une espèce d’entonnoir au hameau de la Frau (Les Fréaux).
L’hiver est tellement long dans ces montagnes et le bois y est partout, si rare, que les habitants sont réduits à manger du pain (poumpo) qu’ils cuisent pour une année. Le combustible dont ils se servent est de la bouse qu’ils ont fait sécher au soleil. Pendant les huit mois d’hiver, les montagnards logent pêle-mêle avec les bestiaux dans des écuries d’autant plus chaudes encore, qu’elles sont voûtées. À défaut de bois et de charbon, c’est le seul moyen qu’ils aient de se préserver du froid.
Le dernier village situé dans le débouché supérieur du défilé de la Romanche, est le Villard d’Arênes, dont la position topographique a cela de particulier, que les habitants sont privés des rayons solaires pendant 100 jours de l’année. Vers la mi-février le soleil reparaît. Une fête est préparée pour célébrer son retour, des bergers annoncent la fête de bon matin au son des fifres, tous les habitants sortent du village et s’en vont dans une prairie voisine, ayant à leur tête un des principaux de l’endroit, appelé le vénérable. Lorsque l’astre du jour répand sa lumière sur le village, le vénérable lui offre une omelette qu’il tient élevée dans ses mains. Ensuite, tandis que les uns dansent, d’autres exécutent des aubades ; on revient au village la joie dans le cœur pour continuer la fête, qui ne se termine que fort tard dans la nuit.
Nous arrêterons notre voyage à l’hospice du Lautaret. Le col du Lautaret, qui communique du Bourg-d’Oisans à Briançon, est élevé de 1950 mètres au-dessus du niveau de la mer. À la cime se trouve un hospice où l’on reçoit les voyageurs fatigués. La route est plantée de distance à autre de piquets assez élevés pour indiquer le chemin aux étrangers pendant l’hiver. Cet établissement, qui est placé sous la tutelle de l’administration, est pourvu d’une petite cloche que l’on sonne tous les soirs, et le jour, quand il neige, pour rappeler les voyageurs égarés.
Non loin du Lautaret, repose depuis la formation de ces montagnes un des plus beaux glaciers qui existent dans les Alpes. Ce monceau de neiges éternelles a plus de 100 mètres de puissance, et au milieu se dresse un pic bruni par le granit micacé et les lichens qui le recouvrent.
De l’hospice du Lautaret, on jouit du spectacle d’un beau panorama. Des montagnes hérissées par d’âpres rochers couronnés de neige, de tortueuses vallées, des torrents, des précipices profonds, des cascades, des glaciers, des forêts de sapins ou de mélèzes au loin, viennent tour à tour se dérouler devant vos yeux. La saison la plus favorable pour y faire une excursion est le mois d’août. Alors la neige a disparu de la vallée, la verdure a pris sa place ; les plantes alpestres émaillent la verdure. On entend le son de la clochette des troupeaux qui paissent sur la montagne et le chant du lagopède qui rappelle. Par une belle soirée, le chalumeau du berger vient doucement frapper votre oreille, le calme règne sur la terre, la nuit est étincelante d’étoiles ; l’homme, d’abord pensif, devient rêveur et se croit dans un autre monde, en présence de ces œuvres sublimes de la création. Grand et présomptueux à ses propres yeux quand il est au milieu d’une belle cité, cet imposant spectacle de la nature le fait rentrer en lui-même et lui donne à comprendre qu’il est aussi petit sur cette terre qu’un grain de sable sur les bords de la mer. Tout lui révèle un Créateur tout-puissant et tout bon qu’il ne peut s’empêcher d’adorer.
Eugène LACROIX.

