Topographie historique du Haut Dauphiné 4/7

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Quart de cercle de Picard, 1668, source Wikipédia

NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU HAUT-DAUPHINÉ 4/7
par Henry Duhamel

Source : Gallica/BNF

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La croix de Cassini

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NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU HAUT-DAUPHINÉ
Lien vers : la carte des environs du Bourg-d’Oisans

Monsieur de Maillebois en Italie pendant les années 1745 et 1746, consacra un chapitre spécial à la description des vallées des Grandes Alpes dans le Dauphiné et la Provence description en grande partie basée sur les renseignements fournis par la Blottière auxquels toutefois furent jointes quelques données nouvelles, en particulier sur la vallée du Vénéon. Nous croyons devoir en donner copie :

« VALLÉE DE SAINT-CHRISTOPHE EN DAUPHINÉ

“Cette vallée a environ trois lieues de longueur depuis la montagne de Muande et les glaciers du Mitan de Bellone jusqu’au hameau de Venos, sur la Veneon.
“La rivière qui l’arrose en partie, descendant à l’ouest de la montagne de la Muande, coule le long du vallon du même nom, se jette dans la Veneon, au-dessus du petit hameau de Chauffran ; de là, la Veneon coule le long de la vallée et va se jeter dans la rivière de Romanche, à une demi-lieue du Bourg-d’Oisans.
« La source de la Veneon descend de l’est de la montagne de la Muande, remonte au nord, au pied de la montagne du grand Pelvoux, passant par les vallons du Conte-Faviel, des Encons et la combe de Berard, au bas du hameau de Chauffran.
« Cette rivière reçoit quelques ruisseaux assez considérables
« 1o Le ruisseau descendant du pied de la montagne d’Oursine et coulant le long du vallon de La Pirade.
« 2o Le ruisseau descendant du pied de la montagne de l’Aiguille du midi, par le vallon de Châtelar, et tombant dans la Veneon, au-dessous du hameau de la Berarde.
« 3o Le ruisseau descendant de la pointe haute du Grand Glacier, coulant le long du vallon de Selle, et allant tomber dans la Veneon, au-dessous du village de Saint-Christophe.
« 4o A la rive droite de la Veneon se trouve le ruisseau descendant de l’ouest de la montagne de Dourrounoure. Il suit le vallon de l’Enchatra, près du hameau de même nom, à une demi-lieue au-dessous de Saint-Christophe, et tombe dans la Veneon.
« 5o Le ruisseau descendant des revers des montagnes de la Tête-blanche et de Journalet, par le vallon de Louvitel, au-dessous du hameau d’Anchère, allant tomber dans la Veneon, près du pont Escofier. Les cols qui l’entourent sont :
« 1o Le col de Sais, allant à Saint-Christophe, descendant du mont Massivier, par la droite du vallon de Conte-Faviel, aux hameaux de la Berarde et des Étages, et au Bourg-d’Oisans, en suivant la rive droite de la Veneon.
« 2o Le col de la Muande, allant à Saint-Christophe par le vallon de la Muande et au Bourg-d’Oisans ; et, par le revers méridional, au village de Riou du Sap, sur la rivière de Severaisse, qui descend au val de Godemar,
« De ce col à Saint-Christophe, deux lieues et demie.
« De ce col au Bourg-d’Oisans, cinq lieues et demie.
« Du Le col de la Muzelle, allant à Saint-Christophe par le vallon du même nom, jusqu’au hameau de Bourgderu, sur la rive droite de la Veneon, et de là à Saint-Christophe en remontant la rivière.
« De ce col à Saint-Christophe, deux lieues un quart.
« De ce col au Bourg-d’Oisans, cinq lieues et demie.
« Du col de la Muzelle au village du val Senêtre, sur la Severaise, au val de Godemar, cinq quarts de lieue.
« La vallée de Saint-Christophe, à l’est, au midi et à l’ouest, est entourée de glaciers (Description des vallées des Grandes Alpes, par le marquis de pezay, rééditée avec un index des appellations anciennes et modernes des cols et passages, par H. Duhamel. (Bibliothèque Alpine militaire.) Grenoble, librairie Drevet, 1894 (page 26). »
Il est bizarre que l’auteur ait, dans cette dernière phrase, paru volontairement omettre les énormes masses glaciaires situées au nord, telles que les glaciers des Étançons, de la Selle, voire même la gigantesque nappe du glacier du Mont-de-Lans, quoique la majeure partie de l’écoulement de celle-ci ne s’opère pas dans le bassin du Vénéon.
D’ailleurs la valeur du travail de Pezay était tenue en telle estime au moment des guerres de la Révolution que, le 20 germinal de l’an II, le général en chef Dumas fit réimprimer à Grenoble, en un volume spécial, pour l’usage des officiers et soldats employés à l’armée des Alpes, cette description des grandes Alpes considérée comme la plus complète.
Celle-ci fut également en honneur des deux côtés de la frontière, car, sous la date de 1793, deux éditions, actuellement rares et recherchées, furent publiées à Turin par les frères Reycends et François Prato, d’origine briançonnaise, et, en 1794, une nouvelle édition fut publiée également à Turin par Gaétan Orgeas. Il est à remarquer que ces volumes, d’un format très portatif, étaient interfoliés de feuillets blancs par les soins de l’éditeur pour recevoir les annotations du lecteur.

À dire vrai, la description de la vallée de Saint-Christophe, que nous avons transcrite ci-dessus intégralement, n’est, selon nous, que le résumé fidèle d’un examen de la carte du Haut-Dauphiné de Bourcet ; elle nous dispense, par cela même, de donner de nouveaux détails sur cette dernière autrement que pour exprimer notre sincère admiration à l’adresse des auteurs de cette œuvre cartographique réellement superbe qui est encore restée jusqu’à ce jour, malgré certaines imperfections, un document fructueusement consultable pour toutes les personnes s’intéressant à la topographie des Alpes Dauphinoises.

La carte de Cassini, quoiqu’éditée après celle de Bourcet, ne tint guère compte des excellentes indications qu’on pouvait y puiser*.

Son figuré du terrain très rudimentairement esquissé donne fort médiocrement idée de la configuration générale du massif du Pelvoux et de la position respective de ses vallons principaux. Parmi les quelques noms de lieux qui y sont inscrits, deux seulement méritent d’être cités : la combe des Tancons (vallon des Étançons) désignée sur la carte du Haut-Dauphiné sous le seul nom de vallon de Chateleret, et la combe de la Pirate (vallon de la Pilatte), appelée sur cette même carte de Bourcet vallon de Conte Faviel. Il est à noter à ce propos que, par suite d’une faute de gravure, cette dernière désignation est accompagnée de celle de « vallon des Encons » inscrite au sud de la Bérarde, au lieu d’être gravée au Nord de ce hameau, ce qui a induit Pezay en erreur dans sa description du cours du Vénéon et lui a fait transcrire, en parfait copiste de la carte de Bourcet, qu’en descendant de sa source le Vénéon passait par le vallon des Encons. C’est ainsi que de nos jours encore, bien des publications paraissant résumer de laborieuses explorations ne sont en réalité que le produit d’un démarquage trop souvent inhabile, ou l’interprétation fantaisiste de cartes figurant une région inconnue de l’industrieux géographe en chambre occupée à l’élaboration de ces descriptions fort susceptibles d’induire en erreur nos trop confiants contemporains.

En août 1775, le savant minéralogiste Guettard visitant la Bérarde reconnut que « de là on peut aller par les montagnes au Villard d’Arène » (Histoire du Dauphiné par Béquillet. Paris, 1782-1784 [page 217]). C’est la première mention faite, dans un rapport de voyageur, du col actuel du Clos des Cavales, (le col de Romanche de la carte de Beaurain [voyez ci-dessus page 9] et le col des Estancons du procès-verbal de 1673 de l’assemblée de la commune de Saint-Christophe [voyez ci-dessus page 9]).

De son côté, le fameux auteur de l’Histoire des Plantes du Dauphiné, Dominique Villars, a transmis de très intéressantes observations sur son voyage de septembre 1786, à la Bérarde, notamment sur le Carrelet et le « Glacier de Jubernay (glacier actuel de La Pilatte) dans lequel se jette celui de Bavargeat [actuellement glacier du Says] [Annuaire du C. A. F., 1886, page 65o]. »

Barthélémy Chaix, sous-préfet de Briançon de 1800 à 1815 et son préfet des Hautes-Alpes, de 1802 à 1808, le baron de Ladoucette ont enfin, dans leurs ouvrages, consacré quelques lignes aux questions traitées par La Blottière, Montannel, Bourcet, Pezay, ainsi que par Grosley, Brunet de l’Argentière et d’autres auteurs de manuscrits du XVIIIe siècle rappelant presque textuellement les textes cités ci-dessus.

« De notoriété publique, écrit Chaix (Chaix. Préoccupations statistiques du département des Hautes-Alpes [page 81]), un prêtre de la Pisse partait tous les dimanches des chalets de l’Allée-Freyde pour se rendre à la Berarde en Oisans, passant au pras de Madame Carle, le point dit Grande-Sagne sur les cartes, pour y dire sa messe et s’en revenir dans la même journée, tandis que personne aujourd’hui ne le soupçonne. »

Personnellement, j’ai obtenu la confirmation de ce fait en interrogeant des vieillards de la Bérarde et, aux Claux de
Vallouise, M. P. Guillemin a pu découvrir que ce prêtre s’appelait Hanné [Annuaire du C. A. F., 1886. page 13].

Quant à Ladoucette, celui-ci déclare dans son Histoire des Hautes-Alpes :
« Outre que les glaciers vont en s’étendant, il s’en forme de temps en temps de nouveaux ; ils occupent le passage qui menait de Vallouise à la Bérarde en Oysans, et le chemin qui allait de Saint-Christophe au Casset (Édition de 1834, page 9 ; édition de 1848, page 8). »

Là encore, allusion est faite au passage désigné dans les anciens auteurs sous le nom de col de la Grande Sagne, de l’Allefroide ou de la Temple et au col de Romanche, des Estancons ou du Clot-des-Cavales. Bien entendu, on devait atteindre ce dernier, depuis le Casset, en franchissant préalablement le col muletier d’Arsine cité dans la plupart des mémoires du siècle dernier comme le col de l’Eychauda ou de Vallouise.

À suivre…

* Nota : La critique de Duhamel sur la carte de(s) Cassini face à la carte de Bourcet ne me semble pas du tout légitime, tant les deux approches cartographiques au XVIIIe siècle avaient des objectifs différents.
– La carte militaire de Pierre Joseph de Bourcet, réalisée vers 1749-1755 à l’échelle 1/14 400, visait un objectif stratégique précis : cartographier avec exactitude les passages alpins pour faciliter les opérations militaires. Levée à la planchette avec une triangulation rigoureuse, elle se concentrait sur un territoire limité, mais avec un niveau de détail remarquable, ce qui en fait un chef-d’œuvre incontestable de la cartographie.
– La carte de Cassini, première cartographie géométrique complète du royaume à l’échelle 1/86 400, poursuivait un objectif différent : offrir une représentation uniforme de l’ensemble du territoire français pour des finalités civiles et administratives. Sa moindre précision et l’absence de prise en compte du relief des Alpes s’expliquent moins par sa médiocrité que par sa vocation généraliste et l’ampleur du projet, qui commença vers 1670 avec l’abbé Jean Picard et la mesure de l’arc de méridien, un projet qui traversa la Révolution française, non sans difficulté et s’acheva en 1815 avec la publication des dernières feuilles. Un autre chef d’œuvre cartographique incontestable. 

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