Topographie historique du Haut Dauphiné 5/7

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Ailefroide – Glacier Noir – Pic de la Temple, 1938, photo du : Service de restauration des terrains de montagne, Archives Départementales des Hautes Alpes

NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU HAUT-DAUPHINÉ 5/7
par Henry Duhamel

Source : Gallica/BNF

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1832 Sauvetage à La Grave 

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NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU HAUT-DAUPHINÉ
Lien vers : la carte des environs du Bourg-d’Oisans

Dès 1817, les ingénieurs géographes, puis les officiers de l’État-Major, travaillèrent à l’établissement de la nouvelle carte de France, dont les minutes devaient être exécutées primitivement au 10.000e pour être publiées au 50.000e, mais qui, à partir de 1824, furent dressées au 40.000e pour être réduites au 80.000e. Progressivement, un courant longtemps imperceptible de voyageurs commença bientôt à se diriger vers le massif du Pelvoux, du Grand Pelvoux, comme le désigne, d’après la carte de Bourcet, le capitaine DURAND dans son rapport sur ses quatre journées d’observations géodésiques (6-8 août 1830) à ce sommet élevé de 3,937 mètres 59 (!) au-dessus du niveau de la mer.

En 1820, le docteur Guérin d’Avignon publia un volume de Mesures barométriques recueillies, entre autres, dans les environs du Bourg-d’Oisans, du Mont-de-Lans et de Briançon, dans les vallons de la Vénéon, du Valbonais, du Valgaudemart, etc.

Des chasseurs de chamois, devenant guides par occasion, commencèrent, dès 1844, à franchir avec des touristes français et étrangers les hauts cols signalés dans les anciens documents et depuis longtemps abandonnés ou méconnus.

Il est cependant assez difficile de reconnaître avec précision dans les passages actuellement fréquentés ceux désignés dans les mémoires du siècle dernier. Par exemple, lorsqu’on examine les noms de lieux figurant dans le procès-verbal de 1673 de la commune de Saint-Christophe (voir plus haut), si l’on peut sans crainte d’erreur voir, dans le Fond du Lac, le pittoresque et classique replat du Plan du Lac, et, dans le Vallon du moulin, le Vallon actuel de la Selle ou du Diable, il semble qu’on ne doive qu’avec de certaines réserves donner une exacte synonymie moderne aux noms des autres passages.

Aujourd’hui, en effet, presque chaque cime et chaque passage plus ou moins praticable ou pratiqué a reçu une désignation toute spéciale consacrée par les publications alpines et par le monde des touristes et des guides, mais il y a fort peu d’années encore beaucoup de noms mêmes locaux, connus des bergers ou des chasseurs d’un versant de la montagne, étaient ignorés des habitants du versant opposé. Avec le temps, et surtout grâce à la fréquence des relations entre vallées voisines, une complète uniformité et une absolue précision seront facilement obtenues dans la désignation des noms de lieux et principalement des noms des cols. Pour nous, qui avons été témoins de diverses confusions commises à cet égard par des guides cependant fort expérimentés, cette question est peu douteuse. Ainsi, une caravane, désireuse d’aller du refuge de la Selle à la Bérarde par le col du Replat et ne reconnaissant aucunement l’itinéraire qui lui avait été décrit, exprima son étonnement à son guide qui, bien entendu, connaissait à merveille ce district. Ce guide affirma qu’il était dans la bonne direction et plus tard, lorsque les voyageurs reconnurent que le col auquel ils venaient d’accéder était celui de la Gandolière, il leur fut répondu que, depuis le Râteau jusqu’à la tête de la Gandolière, tout cela c’était le Replat.

Une autre fois, parti du Valgaudemar avec deux guides du pays, un touriste voulant atteindre la Bérarde par la voie la plus directe avait proposé de franchir le col du Says. Une variante excellente, connue des guides, fut préférée. Ceux-ci disaient avoir franchi cette variante du col du Says, l’un avec un troupeau de moutons, l’autre avec un chargement déplus de 50 kilos sur le dos. Ce disant, les voyageurs remontaient les pâturages de la Muande Bellone et s’engageaient dans une sorte de vallon escarpé aboutissant à une brèche qui dominait un formidable à pic au pied duquel s’étendait le glacier du Chardon. Après quelques instants d’hésitation, on rejoignit vers l’Est le haut d’un gigantesque couloir de glace puis de neige dont la pente au début dépassait 72°.
Deux heures quinze furent employées à descendre ce passage que je baptisai col de la Muande Bellone. Je compris trop tard que mes guides, car ce touriste était moi-même, s’étaient trompés de direction et, sous le nom de variante du col du Says, avaient voulu franchir le facile col du Chardon. À leurs yeux, depuis le col du Says, jusqu’à celui des Rouies, tous les passages semblaient être le Says.

Pour revenir à notre question de synonymie, il est donc prudent, croyons-nous, d’attribuer comme correspondant à une désignation ancienne le nom d’un col principal actuellement, sous la réserve qu’à une époque plus ou moins éloignée un col voisin a fort bien put être franchi à sa place. Ainsi, le col des Estancons parait bien être celui du Clos des Cavales, mais je me souviens avoir, certain jour, en causant avec mon compagnon de route, dépassé de quelques mètres, par inadvertance, la bifurcation de la piste d’accès de ce col et avoir préféré continuer la grimpade aisée du Col de la Grande Ruine sur le versant des Étançons plutôt que de rétrograder d’une cinquantaine de pas. Combien d’anciens voyageurs ont pu de même façon franchir le Col des Estancons (des Archives de Saint-Christophe) ou de Romanche (suivant la carte de Beaurain) en passant par l’une ou l’autre des brèches aboutissant au bassin glaciaire du Clos des Cavales. Il en est de même du Col du Says actuel qui est en général le passage le plus recommandable entre la Bérarde et le Valgaudemar, mais qu’on a pu éviter, jadis comme, aujourd’hui, pour prendre par exemple le col du Chardon. Ajoutons au point de vue étymologique que le nom de Says appartient aux pâturages du versant du Valgaudemar ; l’appellation de Garansaud, donnée par le procès-verbal de 1673, et de col de Garanjon, de la carte de Beaurain, est celle que, sur cette carte et sur une autre fort belle carte manuscrite (à l’échelle du 75.000e environ) du XVIIIe siècle recueilli dans ma collection, on trouve attribuée au Vénéon lui-même, dont le nom de Garanjon a été ainsi naturellement donné au col situé à sa source.

Le col de la Melliande ne semble pouvoir guère être que le col de la Muande, appelé col de la Aléande sur la carte de Bourcet ; le col de Chalance a pu cependant être franchi sous ce nom.

Le col de la Grande Sagne, de l’Allefroide ou de Vallée-froide connu sous cette appellation sur le versant de Val-louise, correspond, à n’en pas douter, au col de la Temple du document de 1673 et au col de Teple de la carte de Beaurain.

Le vallon de la Tempe, figuré sur la carte de Bourcet, et la combe de la Temple, mentionnée sur le plan cadastral de Saint-Christophe, permettent de supposer que, sur le versant de la Bérarde, on accédait à ce passage en gravissant les pentes de cette montagne de la Temple. D’autre part, les premières traversées accomplies depuis 1844 par les voyageurs conduits par les guides Rodier de la Bérarde ont dû contribuer fortement à faire complètement dominer l’appellation actuelle de col de la Temple ; mais rien ne prouve que le col actuel de Coste-Rouge n’ait été fréquenté jadis principalement pas les voyageurs venant de Vallouise, surtout lorsque l’état des neiges facilitait l’accès de sa brèche d’un accès particulièrement engageant sur ce versant.

Le col de Vallon-Gassand peut être considéré comme synonyme du col de la Haute-Pisse qui fait très aisément communiquer la combe de la Mariande avec le Valjouffrey et est mentionné sur les anciennes cartes. Les chalets de Gassaudia, appelés sur la carte de Cassini Gassaudoure et placés à l’entrée de la combe de la Mariande sur la carte de l’État-Major, paraissent avoir avec le col de Vallon-Gassand une commune origine de nom.

Sur le plan cadastral de Saint-Christophe, dont l’achèvement sur le terrain remonte à 1830, de nombreux noms de sommets sont inscrits. On peut y relever aussi l’appellation locale de quantité de torrents et de glaciers même d’importance assez secondaire. Parmi les légendes les plus intéressantes de ce plan, citons tout d’abord le Bec des Peignes sous laquelle est désigné d’une façon très heureusement suggestive, au fond du vallon de Châtelleret, le grand pic dominant la colossale arête dentelée de la Meije, Meidje ou Aiguille du Midi, ce gnomon gigantesque situé exactement au sud de La Grave, qui a dû à sa situation sur une voie fréquentée d’imposer cette dénomination définitive à ce sommet fameux infiniment moins accessible aux regards du voyageur sur son versant du Vénéon.

Les Écrins, appelés pointe des Verges par Bourcet, figurent sur le plan avec la rubrique Tête des trois Bœufs. Les
Bœufs Rouges, les Aiguilles du Plat et d’Olan, Jandri, Roche-Mantel, etc., sont inscrits chacun avec leur orthographe actuellement adoptée. Il serait trop long de passer ici en revue tous les noms de lieux que nous avons d’ailleurs inscrits sur notre carte du massif du Pelvoux. Parmi les légendes curieuses, signalons encore l’Hêtre (l’Etret) et le sommet de Lara Nord à la place de la Tête de Lauranoure. Il est enfin à remarquer qu’aucune indication de col ne se trouve sur ce plan.

À suivre… 

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