REQUÊTE AU ROI DAUPHIN

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Débacle, xylogravure sans date.

REQUÊTE PRÉSENTÉE AU ROI DAUPHIN PAR LES HABITANTS
DU BOURG-D’OISANS.

Nota : Dans le troisième article publié sur la série des Lacs de l’Oisans par Raoul Blanchard, je publie un extrait d’une supplique, voici le même texte débusqué dans une archive d’André Glaudas, texte transcrit par Aristide Albert pour son essai descriptif de l’Oisans.
Cette retranscription diffère quelque peu du premier texte que j’ai publié, hormis les lacunes il me semble plus complet.
Le texte retranscrit en français contemporain tout d’abord et sa version originale comme retranscrite dans les archives d’André.

Texte en français contemporain.

Au Roi Dauphin,

Supplient très humblement vos pauvres sujets, habitants et résidents de la ville et paroisse du Bourg-d’Oisans.
Ce lieu est entouré de hautes et grandes montagnes, et il est le chef du mandement et de la châtellenie d’Oisans, qui comprend vingt paroisses. Ces paroisses vous doivent diverses redevances, rentes et devoirs seigneuriaux, comme les autres sujets du Dauphiné, et tout cela est perçu au Bourg-d’Oisans. On y tient aussi la cour, le marché, les foires ; on y lève vos gabelles ; et le passage y est constant.

Cependant, ce lieu ne s’étend guère qu’à deux lieues de longueur et une demi-lieue de largeur, car, comme il a été dit, il est situé entre de si hautes montagnes qu’en descendent de grands torrents et rivières. Parmi eux, la Romanche traverse le milieu de la plaine avec impétuosité, allant jusqu’au pont appelé de la Véna, près du lieu de Livet. Le passage est étroit, d’un côté bordé de précipices et de lieux ruinés, d’où descendent souvent de grands éboulements, horribles et composés de grosses pierres, qui viennent absorber le cours et passage de la Romanche, retenant ainsi toute la plaine du Bourg.

En l’an 1191, le Bourg demeura englouti et inhabité pendant environ trente ans et plus. En 1219, la violence des eaux rompit la digue naturelle qui retenait ces flots, causant tant de désastres qu’il est impossible de les nommer tous : la plaine fut submergée jusqu’à la mer ; la ville fut presque entièrement détruite, le pont emporté, et toutes les écritures noyées et perdues, ce qui est chose pitoyable à raconter. De nouveau, en 1465, survint une retenue semblable qui noya la plus grande partie de la plaine du Bourg : plusieurs maisons et habitations y furent englouties, et ce désastre est encore en bonne mémoire.

Encore une fois, cette année, le dernier jour de juillet, des éboulements sont descendus si abondants que le cours de la Romanche s’est trouvé retenu et resserré, transformant presque toute la plaine en lac. Les suppliants en sont extrêmement affligés et accablés, ayant déjà souffert tant de pertes et supporté tant de dépenses insupportables, qu’ils ne savent plus vers qui se tourner, sinon à abandonner ce lieu. Ils y seront contraints si votre grâce et miséricorde ne leur viennent en aide.

C’est pourquoi, comme il a été dit, vos pauvres sujets vous supplient humblement de prendre en pitié ces choses qui, par leur gravité et leur proximité, ne peuvent être pleinement exprimées. Considérant cela, ils vous demandent au moins de ne les compter que pour huit feux (foyer)* et de ne les imposer en subsides qu’à hauteur de 70 livres tournois par an environ, et de les déclarer quittes et exempts de ces subsides pour 25 ou 30 ans, ou pour le temps qu’il vous plaira, l’année présente non comprise. Toutefois, ils s’engageront à payer chaque année une somme semblable de 70 livres tournois, en plus des réparations qu’ils pourront faire pour les ruines, et resteront comptables envers vos officiers du lieu, qui œuvrent pour l’utilité de tout votre pays.

En agissant ainsi, vous remédierez à tant de maux déjà survenus, vous ferez une juste aumône et préserverez ces suppliants d’abandonner leur terre. Ils demeureront toujours de fidèles sujets, plus enclins encore à prier Dieu pour votre noble prospérité, que Dieu veuille préserver toujours.

(Registre 14, cahier 109, coté « copie ». Le registre du Grésivaudan ayant été déchiré et rongé, on a copié sans se permettre de substituer les mots qui formaient lacune.)

D’après M. Albert, Essai descriptif de l’Oisans.

*Un « feu » = un foyer, c’est-à-dire une famille (dans le sens large du terme : grands-parents, parents, enfants, frère, sœur, mais aussi oncle(s), tante(s), cousins, etc.).
Plus un village avait de « feux », plus il devait payer de subsides au seigneur ou au prince.
Ici, les habitants du Bourg-d’Oisans demandent une réduction fiscale exceptionnelle et ne veulent pas être comptés à leur nombre réel de foyers, mais seulement comme s’ils n’étaient que huit feux. Et qu’en conséquence, ils demandent que leurs impôts annuels (subsides) soient plafonnés à 70 livres tournois à cause des catastrophes, que leurs pertes sont telles, qu’ils ne peuvent plus payer les impôts normaux, donc ils sollicitent une imposition symbolique et allégée, pour 25 ou 30 ans.


Texte retranscrit avec sa graphie originale.

REQUÊTE PRÉSENTÉE AU ROI DAUPHIN PAR LES HABITANTS
DU BOURG-D’OISANS.

https://freneydoisans.com/freneytique/le-lac-de-loisans-suite-3-4/
Au Roi Dauphin,

Supplient très humblement ses pouvres subjectz et manans et habitants de la ville et parroche du Bourg-d’Oysans ; … icellui lieu soit entre fortes grandes, et aultes montagnes et est chief du mandement et chastellenie d’Oyans, … vingt parroches, esquelles vous sont deubs plusieurs censes, rentes et devoirs seigneuriaux outre les … esquelles contribuent comme les aultres subjectz delphinaulx, et le tout ce reçoit audit Bourg-d’Oysans, y … et prisons se tiennent la court, marché et foyres, si lèvent vos gabelles et si est le passage jusques … n’a toutes fois ledit lieu en plain fort deux lieues en longueur, et demy en largeur a cause … que ledit lieu est comme dessus, situé entre tant et si grandes et aultes montagnes y descendent grandes … et rivières à merveilles et entre aultres passé au long et par le milieu dudit plain une impétueuse … la Romanche, droyt jusques à ung pont appelle de la Véna près le lieu de Livet ; et de la passe … et estroit passage au droict duquel dung cousté, et aultre à deux abismes et lieux ruynoux … descendent souventes fois grandes ruynes, tant en horribles et grosses pierres que aultre … le cours et passage de ladite Romanche se trouve absorbé, et res tainne tout ledit plain du Bourg … L’an mil cent quatre vingt onze en tant que ledit Bourg demoura pery environ 30 ans et plus … L’an 1219 l’impétuosité desdites eaulx rompit ladicte closture, dont s’ensuyvit tant de maulx que plus ne pourrait on nommer … la mars delà jusques à la mer mesmement en ceste ville qui fust presquë perie le pont destruit et toutes escriptures noyeés et perdues qui est chose pitèable à raconter. De rechief advint ladicte restanacion l’an 1465 qui noya la pluspart du plain du Bourg, plusieurs habitacions maisons illec estant en feurent périés comme de ce est encore bonne mémoÿre, encore et de rechief, est advenu ceste année et le dernier jour de juillet que les ruynes sont tellement descendues que le cours de ladite Romanche est estaing et sarré et la pluspart dudit plain mis en lac dont lesdits supplians sont si très tant molestez et travailliéz actendu les grandes pertes que ja y ont faictes et insupportables deppences qui leur a convenu faire que plus ne scevent ou recourir si ce n’est habandonner le lieu ; ce qu’ils seront contraints faire si vostre grace et miséricorde ne leur est su et impartie. Pourquoi vous supplient comme dessus lesdits supplians vos pouvres subjectz qu’il vous plaise en pitié considérer les choses dessus dictes que de peret et proxeïté ne se peuvent exprimer ; et en icelle considérant, vous voulliez mander par le moins lesdits supplians qui ne seront comptés que pour huict feux ne cottiser en vos subsides que en la somme de 70 livres tournois par an ou environ estre et demourer quittes et exempts desdits subsides, pour le temps de 25 ou 30 ans ou tel qu’il vous plaira l’année présente non comprise en convertissant toutesfois par eux semblable somme de 70 livres tournois outre les réparations qu’ils pourront faire et de ruïnes et pour, et demourant comptables envers vos officiers du lieu qui faisant faire l’utilité de tout vostre pays et obvierez à si grans maulx que ja en sont tant de fois survenus, ferez bien juste aulmoñe et iceux supplians préserverez d’abandonner ledit lieu, et tousjours demoureront de bons subjectz et seront plus enclins prier Dieu pour vostre noble prospérité, laquelle Dieu veuille préserver a tousjours.
(Le registre 14, cahier 109, coté cop. Grésivaudan ayant été déchiré et rongé, on a copié sans se permettre de substituer les mots qui forment lacune.)
D’après M. Albert, Essai descriptif de l’Oisans.

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